De Romain Gary, je n'avais encore rien lu (vous ai-je déjà dit que j'avais beaucoup de retard à rattrapper ?) et j'ai donc décidé de m'attaquer à l'un de ses grands succès, La vie devant soi.
Un petit coup d'œil à sa biographie et j'ai vite compris que le bonhomme était loin d'avoir eu la vie de monsieur tout le monde.
Né en à Vilnius en Lituanie en 1914, son vrai nom est Romain (ou Roman ?) Kacew. Il s'installe à Nice en 1924 avec sa mère.
Une carrière militaire dans l'aviation, suivie d'une autre diplomatique à travers le monde puis la consécration littéraire, dont un prix Goncourt en 1956, et même quelques films.
Et surprise, à Los Angeles, il rencontre et épouse en secondes noces la belle actrice aux cheveux courts Jean Seberg, dont il aura un fils (oui, je ne le savais pas) !
La vie devant soi (1975) est l'un de ses romans qu'il a écrit sous le pseudonyme d'Émile Ajar, sur la fin de sa carrière (il se suicide en 1980). Il a été récompensé par le prix Goncourt, une deuxième fois donc, chose inédite puisque le Goncourt n'est attribuable qu'une seule fois à une même personne. La supercherie n'a été découverte qu'après sa mort.
La vie devant soi, c'est l'histoire de Momo, un garçon arabe d'une dizaines d'années, enfant de prostituée, élevé à Belleville au début des années 70 par Madame Rosa, une vieille dame juive, elle-même ancienne prostituée et déportée d'Auschwitz, qui s'est reconvertie. Elle prend en pension des enfants de prostituées, des enfants qu'elles ne peuvent pas garder auprès d'elles sous peine de se les voir retirer et confier à l'Assistance publique. On appelle ce genre de pension un "clandé".
Momo est le plus âgé de ses petits pensionnaires et son préféré.
Ils vivent dans un immeuble, au sixième étage sans ascenseur, et l'épreuve quotidienne des escaliers est de plus en plus redoutable pour la vieille dame en surcharge pondérale, dont la santé physique et mentale décline de jour en jour.
Elle devient de plus en plus gâteuse et sa plus grande peur est d'être envoyée à l'hôpital où les médecins te forcent à vivre.
"L'angoisse de madame Rosa est de mourir dans les conditions auxquelles elle a échappé à Auschwitz, d'être obligée de vivre de force, à l'hôpital, transformée en légume. Elle qui a connu les camps d'extermination craint que la mort ne soit plus mal administrée par les bourreaux en blouse blanche que par les brutes casquées qui ne respectaient aucune loi."
(source).
Momo lui promet que lui vivant, cela n'arrivera pas.
Pour continuer à vivre, ils peuvent compter sur l'aide des gens du quartier, dont Madame Lola, une voisine, en fait un travesti sénégalais, qui s'occupe d'eux comme si c'était leur mère.
Momo cherche aussi, plus ou moins consciemment à "se caser" auprès des putes du quartier qui ont toutes un petit faible pour lui et lui refile des billets. Il aimerait bien devenir leur proxynète (ce n'est pas une faute d'orthographe, c'est Momo qui parle).