vendredi 29 août 2014

Le dîner cinglant d'Herman Koch


Ce roman est dérangeant.
Dérangeant car l'ambiguïté de l'âme humaine s'y révèle petit à petit. Insidieusement.

Quatrième de couverture :
"Deux frères se donnent rendez-vous avec leur épouse dans un restaurant branché d'Amsterdam. Hors-d'œuvre : le maître d'hôtel s'affaire. Plat principal : on parle de tout, des films à l'affiche, des vacances. Dessert : piques et banalités. On évite soigneusement le véritable enjeu de ce dîner à huis clos : leurs fils respectifs ont commis un acte d'une violence inouïe. Jusqu'au couperet de l'addition..."


Serge Lohman, l'aîné, est un politicien très en vue, futur candidat au poste de premier ministre des Pays-Bas.
Son cadet, Paul, qui est le narrateur, a accepté à contre-cœur l'invitation de ce frère que tout le monde connaît et reconnaît. Il le trouve faux, n'aime pas son côté "près du peuple" fabriqué et m'as-tu vu. Il fait une opposition systématique avec sa propre vie de famille, tellement plus discrète, sincèrement plus heureuse.
C'est ce qu'il dit et au départ, le lecteur adhère à son point de vue de narrateur, se place de son côté.
On ne sait pas grand chose de Paul. Tout juste peut-on supposer qu'il nourrit à l'encontre de son frère une sorte de jalousie à force de vivre dans son ombre. Et peu à peu, sa vie, certains événements de son passé personnel et familial, proche et moins proche, sont dévoilés au fil du dîner et l'on découvre un homme loin d'être angélique, à la famille pas aussi idéale qu'on aurait pu le penser...
Tout finit par se savoir, et les personnes les plus noires ne sont pas forcément celles que l'on pense.

Extrait p. 271 :
   "Serge aussi paraissait prendre conscience du danger imminent. Il s'est penché loin au-dessus de la table. « Babette [sa femme], s'il te plaît, a-t-il dit doucement. Arrêtons cet incident. Nous en discuterons une autre fois. »
     Dans toutes les disputes domestiques - comme dans tous les combats et toutes les guerres -, on peut désigner un moment où les deux, ou l'une des deux parties, peuvent faire machine arrière pour éviter que la situation ne dégénère encore plus. Ce moment était venu. Je me suis demandé ce que je souhaitais, au fond. En tant que membres de la famille et convives, il nous incombait de calmer les tensions, de prononcer des paroles de réconciliation pour susciter un rapprochement des parties.
      Mais en avais-je envie, honnêtement ? En avions-nous envie ? J'ai regardé Claire [sa femme] et, au même moment, Claire m'a regardé. Autour de sa bouche, il se passait quelque chose que des non-initiés n'auraient pas pris pour un sourire, mais qui en était pourtant bien un. Cela se résumait à un frémissement invisible à l'œil nu près des commissures des lèvres. Je reconnaissais ce frémissement invisible comme aucun autre. Et je savais ce que cela signifiait : Claire n'avait elle non plus aucune envie d'intervenir. Encore moins que moi. Nous n'allions rien entreprendre pour séparer les belligérants. Au contraire, nous allions tout faire pour laisser le conflit s'envenimer. Car tel était notre bon plaisir."

Ce roman insinue le malaise et la violence morale progressivement. Il montre le mal qui peut résider en chacun de nous.
La fin est glaçante.

Un roman qui ne peut laisser de marbre et dont je me souviendrai.
J'ai hâte de lire Villa avec piscine, son nouveau roman édité chez 10/18.

Herman Koch est un auteur néerlandais, également très connu aux Pays-Bas pour ses émissions de télé satiriques et ses chroniques dans différents journaux. Le dîner n'est pas son premier roman mais c'est celui qui lui a apporté la consécration internationale.

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