lundi 24 septembre 2012

Un "Plan social" pas très orthodoxe !


Émile Delcourt est dans la merde.
L'usine de fabrication d'ancres marines, située en banlieue de Valenciennes, dont il est le patron et que l'on se transmet de génération en génération dans la famille, est au bord de la faillite.
À un point tel que même un plan social n'est pas envisageable car trop coûteux.
Pourtant, il suffirait qu'un quart des employés quitte l'entreprise pour qu'elle soit viable.

Ça démarre fort, dès les premières pages.
Ce Delcourt est irrévérencieux, goujat, prêt à tout.
On savoure l'humour grinçant de l'auteur, ses nombreuses piques lancées contre les Parisiens, les consultants,  le département du Nord, etc. Tout le monde en prend pour son grade. 
C'est une lecture jouissive et il y a des passages très drôles qui décapent sec !

Très vite, Delcourt trouve la solution à son problème, un moyen très étonnant et pas très catholique de faire disparaître ce quart de salariés en trop, aidé par un syndicaliste CGT de la boîte, avec qui il s'est trouvé des intérêts communs.

Si comme moi vous ne connaissez pas grand-chose à la vie et au fonctionnement dans les entreprises, si vous êtes hermétiques aux histoires de capitaux et de management, vous allez apprendre quelques notions fondamentales sur le plan social, évidemment, mais aussi sur les consultants en entreprise, sur les syndicats, tout en rigolant (attention, ce n'est pas non plus un cours théorique !).
Vous apprécierez quelques analyses bien senties, sur la relation entre le patron de droite et le délégué syndical communiste, deux personnes dont la vie est très différente mais dont les intérêts convergents au travail sont très justement pointés.
Sur les consultants également, c'est bien vu et ça m'a fait rire de bon cœur :

Extrait p. 19 :
   "Devant les difficultés, Crotale & Chacal [la banque qui a acheté des parts dans l'entreprise de Delcourt] avait exigé le recours aux consultants. On pourrait estimer que les consultants dans le monde moderne jouent le même rôle que les oracles à Rome au temps d'Auguste, mais en réalité la comparaison serait injuste : les oracles parfois obtenaient des résultats, certes peut-être dus au hasards ; les consultants n'en obtiennent jamais. La seule justification de leur existence consistait en leurs tarifs exorbitants ; des prestations aussi coûteuses ne pouvaient être, dans l'idée des cadres supérieurs de Crotale & Chacal, totalement inutiles. Ce ressort psychologique consistant à faire payer très cher lorsque l'on ne vend que de l'inutile était bien compris des leaders de ce marché juteux. Le plus incroyable, c'est que les entreprises en redemandaient ; telle société ruinée par les recommandations d'un cabinet de consultants réputé avait recours trois ans plus tard aux mêmes escrocs pour redresser la barre."

Extrait p. 30 (sur le consultant en week-end) :
"Le week-end, Walfard déambulait comme un aliéné. Sa vie était circonscrite à son travail (si on pouvait appeler ainsi un parasitisme de tous les instants) de 8 heures le matin jusqu'à 11 heures, voire plus, le soir, et les autres jours, dits "de congés", il ne lui restait plus qu'à s'accrocher à son ordinateur portable comme un naufragé à sa coquille. Compulsant ses notes de travail, préparant les turpitudes de la semaine suivante, puis surfant sur Internet, jouant à des jeux vidéos, tchattant avec ses petits copains dans les autres sociétés de consultants pour comparer leurs salaires et préparer la suite de leur brillante carrière de charognard. Quant aux vacances, elles étaient assez réduites, le grand jeu consistant à les annuler au dernier moment pour s'occuper d'un dossier urgent. Il était bien vu de prendre quand même une semaine en été. C'était alors le grand concours annuel dont le gagnant serait celui qui aurait réussi à dépenser le plus de fric pour ces courtes vacances où il faudrait "en profiter" : on justifiait du reste l'aspect carnavalesque des destinations par le souci d'échapper au coup du fil du supérieur hiérarchique (alors qu'on n'attendait que ça) : "A l'île de Blanquilla, tu comprends, il n'y a pas de réseau SFR, je me suis renseigné."

Le roman (écrit gros, 120 pages) est petit et découpé en 4 chapitres mais je vous avoue qu'au dernier, j'ai failli décrocher et je me suis lassée du ressort humour noir sur lequel l'auteur base tout son livre.
C'était marrant au début mais au bout d'un moment, j'ai frôlé l'overdose.

On était assez captivé par la mise en place de ce plan social hors norme mais une fois le problème résolu, une fois le patron débarrassé de ses salariés en trop, tout s'accélère. L'auteur nous balance en quelques pages les suites de l'affaire dans les semaines et mois après et là, c'est moins intéressant.

Le scénario de ce plan social hors norme est assez crédible (quoi que, mais on va pas chipoter), c'est pas mal trouvé, c'est drôle mais le livre n'est cependant pas inoubliable.
Trop court peut-être ? Pas assez développé ?




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