lundi 22 avril 2013

"Max", la leçon d'histoire de Sarah Cohen-Scali


Ahhhh... plus d'une fois j'ai été attirée par cette couverture rouge, intrigante et provocante, à force de la voir sur différents blogs !
Le contexte historique, que l'on devine tout de suite, m'attirait aussi mais le fait que ce soit un roman classé jeunesse a un peu refroidi mes ardeurs.
Je me suis tout de même décidée, poussée par l'envie d'en savoir plus sur l'inquiétant programme "Lebensborn"...

Max est né le 20 avril 1936, jour de l'anniversaire d'Hitler, dans un foyer d'un nouveau genre, à Steinhöring en Bavière, destiné à accueillir les nouveaux-nés du programme Lebensborn initié par Himmler. Des femmes sélectionnées pour leur physique sont priées de s'accoupler avec des officiers nazis, toutes et tous considérés comme étant de purs et dignes représentants de la race aryenne, afin de donner naissance à des enfants du futur. Une jeunesse destinée à l'adoption, pour peupler non seulement l'Allemagne mais aussi les territoires occupés, une fois la question juive réglée. Les foyers/maternités du Lebensborn sont donc, en quelque sorte, le pendant des camps de concentration.

C'est Max lui-même, un pur produit fabriqué, qui nous raconte son histoire, à la première personne, en commençant par sa naissance dans ce foyer pionnier. Il est le premier bébé né du Lebensborn, l'échantillon type, le prototype, parfait, irréprochable. Baptisé par Hitler en personne, lors d'une visite officielle au foyer, il reçoit le prénom de Konrad, alors que sa mère biologique préférait Max, et le nom, inventé de toutes pièces, de von Kebnersol.
Au bout de quelque années, il quitte cet endroit et va jouer un rôle dans le vol des enfants polonais.

Extrait p. 146 :
  "C'est ça, la fameuse "Opération Machin-chose", dont je suis l'un des acteurs essentiels : le vol de l'élite des enfants polonais pour les germaniser, pour en faire des enfants allemands aussi parfaits que ceux qui comme moi, sont issus du Lebensborn.
   Une idée de notre Reichsführer Himmler : "Par tous les moyens, il nous faut germaniser les enfants étrangers de bonne race, a-t-il décrété, même si nous devons les voler. Il nous faut absorber ce que la progéniture de l'ennemi peut avoir de bon."
    C'est une opération de grande envergure. L'armée de la jeunesse allemande va ainsi voir ses rangs doubler, tripler, quadrupler, elle sera inégalable en nombre. Les Frauen des différents Heime [foyers] ne suffisent plus. Les Norvégiennes et les Danoises fraîchement réquisitionnées non plus, ou alors il faudrait que chacune d'elles mette au monde entre vingt et quarante enfants, ce qui est impossible. Alors qu'en prenant des enfants qui existent déjà, les perspectives sont sans limite. Quelle idée de génie ! C'est un peu comme une transfusion sanguine. On donne du sang neuf à l'Allemagne et on affaiblit l'ennemi."

Il rejoint ensuite le foyer de Kalish, une sorte d'école où sont accueillis les enfants volés pour en faire de bons petits Allemands. "Baptisé par le Führer en personne" s'extasie la directrice du foyer ! Max en tire son surnom, BPFP, lui qui a toujours été fier d'être sans famille officielle (sa mère est la patrie et son père est le führer) et sans attaches sentimentales. Il se lie cependant peu à peu avec Lukas, un enfant Polonais en qui il trouve un frère. Ensemble, ils intègrent quelques temps après la prestigieuse Napola de Postdam, une école destinée à former la future élite nazie. À la fin de la guerre, ils échouent à Berlin, ville dévastée par les bombardements.
Le résumé que je viens de vous faire est très sommaire. Plus de 400 pages d'histoire(s) défilent sous nos yeux, riches en anecdotes et en faits certes romancés mais tous appuyés sur une réalité ayant existé.

Ce livre est classé en littérature jeunesse, dans la belle collection Scripto de Gallimard jeunesse. À partir de 15 ans, mais certainement pas avant.
Le niveau littéraire est  très accessible mais le propos demande un certain niveau de connaissances préalables sur cette période historique. Quasi indispensable pour pouvoir prendre toute l'ampleur de cet aspect de la politique de l'Allemagne nazie qui n'est pas encore super connu du grand public. Il me semble donc important d'accompagner nos ados dans cette lecture. Moi-même, je n'en avais que vaguement entendu parler et avec cette lecture, j'ai beaucoup appris.
Et c'est d'ailleurs peut-être un reproche que l'on peut faire au récit de Sarah Cohen-Scali. À mon goût, son roman fait un peu trop office d'exposé par moment. Le doute n'est pas permis, l'auteure a travaillé son sujet et n'a pas lésiné sur la documentation. Ça se sent bien mais du coup, ça casse un peu l'intérêt romanesque. Une des raisons qui ont fait que ma lecture n'a pas été aussi palpitante qu'elle aurait pu l'être.
L'autre raison à cette moindre appréciation tient tout simplement au point de vue de la narration.
Faire parler le gamin, et avant lui, le tout petit enfant, le bébé et le foetus, avec une entière conscience et analyses des situations, on peut dire que c'est très fort, que c'est super original, mais j'ai été parfois gênée par ce point de vue pas naturel du tout. J'étais donc plus à l'aise quand Max grandit, que ses capacités d'analyse se développent. Ses pensées m'ont alors semblé plus logiques par rapport à son âge.
Quoi qu'on en pense, on peut dire que le Max de Sarah Cohen-Scali dérange.

À part ces quelques réticences, j'ai aimé cette longue leçon d'histoire. 460 pages de lecture, et le livre ne m'est jamais tombé des mains. Je me répète, même si le sujet est romancé, le récit est riche en nombreux enseignements et renseignements historiques.
Et j'ai apprécié de voir l'évolution de Max. De sa naissance à sa petite enfance, il complètement conditionné par une pensée unique et ne réfléchit et n'agit que par et pour cette pensée unique. Il est d'une froideur assez terrifiante mais sa rencontre avec Bibiana, une Polonaise et surtout celle avec Lukas (comme d'habitude, je n'en dis pas plus et je vous laisse découvrir le contexte), vont perturber cette vie toute tracée. Perturber, au point de la bouleverser ? Je ne sais pas si on peut le dire et je vous laisse laisserai en juger par vous-même.

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