lundi 18 mars 2013

"Mille soleils splendides" l'histoire poignante de 2 femmes à Kaboul


Un roman comme cela faisait un moment que je n'en avais pas lu. Une histoire qui m'a transportée à mille lieues du monde des romans français actuels qui étaient mon pain quotidien depuis plusieurs semaines.

Mille soleils splendides nous emmène bien loin... loin à Kaboul, en Afghanistan, pendant l'occupation soviétique, puis sous l'emprise chaotique des moudjahidins et des talibans. Loin dans le temps aussi puisque le récit commence dans les années 60, avec l'enfance d'une des deux héroïnes et se termine 40 ans après.

Impossible pour moi de vous résumer ce livre. Ce serait vous dévoiler la vie de Mariam et Laïla, les deux personnages principaux et donc vous gâcher le plaisir d'une future lecture.
On les suit d'abord séparément, jusqu'à presque la moitié du livre, puis elles se trouvent réunies, car mariées de force au même homme, à l'âge de 14, 15 ans, mais à 18 années d'écart.
Mariam, la plus âgée, la première épousée, est soumise et résignée à sa condition. Tout le contraire de Laïla, la deuxième épouse, qui a grandi dans une famille "libérale". Elle pourrait être la fille de Mariam et elle va bouleverser sa vie.

Une vie très dure pour toutes les deux, entre rêves et amours perdus, décès des proches, résignation, soumission à Rachid, le mari, un homme de plus en plus violent, vie quotidienne très difficile dans un Kaboul ravagé par les tirs et les bombes où les morts se comptent par milliers, mais aussi une vie où l'amour qu'elles ressentiront l'une pour l'autre sera plus fort que tout.

Un roman qui dépeint bien la violence de la vie d'un peuple en proie aux guerres fratricides entre moudjahidins, mais aussi les conditions de vie misérables des femmes, notamment sous le régime opprimant des talibans qui les réduit à une quasi condition d'esclaves.

Extrait p. 275, l'arrivée des talibans :
"Voici les lois que nous allons faire appliquer et auxquelles vous obéirez : 
   Tous les hommes doivent se laisser pousser la barbe. La longueur correcte est d'au moins un poing en dessous du menton. Quiconque refusera de respecter cette règle sera battu.
[...]
   Il est interdit de chanter.
   Il est interdit de danser.
   Il est interdit de parier et de jouer aux cartes, aux échecs et aux cerfs-volants. 
   Il est interdit d'écrire des livres, de regarder des films et de peindre des tableaux.
[...]
   À l'attention des femmes :
  Vous ne quitterez plus votre maison. Il est inconvenant pour une femme de se promener dehors sans but précis. Pour sortir, vous devrez être accompagnée par un mahram, un homme de votre famille. Si vous êtes surprise seule dans la rue, vous serez battue et renvoyée chez vous.
  En aucun cas vous ne dévoilerez votre visage. Vous porterez une burqa à l'extérieur de votre maison. Sinon, vous serez sévèrement battue.
   Il vous est interdit de vous maquiller.
   Il vous est interdit d'arborer des bijoux.
   Vous ne vous afficherez pas avec des vêtements aguichants.
   Vous ne regarderez aucun homme droit dans les yeux.
   Vous ne rirez pas en public. Sinon, vous serez battue.
   Vous ne vous vernirez pas les ongles. Sinon, vous serez amputée d'un doigt.
   Il vous est interdit d'aller à l'école. Toutes les écoles pour filles seront fermées.
   Il vous est interdit de travailler.
   Si vous êtes reconnue coupable d'adultère, vous serez lapidée.
   Écoutez bien et obéissez. Allah-u-akbar."
     
Ma seule réserve concerne certains passages où l'auteur fait référence à des points politiques (on balaie quand même l'histoire du pays sur environ une trentaine d'années) et aux nombreuses oppositions entre les différentes factions de moudjahidins. On s'y perd dans tous ces noms et dans l'enchaînement des évènements et j'avoue avoir zappé quelques lignes.
Ce qui n'est pas du tout gênant pour la compréhension globale de l'histoire et qui ne remet aucunement en cause le côté terriblement (littéralement) passionnant du destin des deux femmes.

Un petit extrait, un des plus réjouissants parmi tout ce qui est arrivé de terrible à Mariam et Laila :
Extrait p. 298 : été 2000, année de sortie du film Titanic
   "La fièvre Titanic s'empara de toute la ville. Les gens introduisaient en fraude des copies piratées au Pakistan, allant jusqu'à les cacher dans leurs sous-vêtements. Pendant le couvre-feu, chacun s'enfermait chez soi, éteignait les lumières et baissait le volume avant de pleurer devant l'histoire de Jack, de Rose et des passagers du paquebot maudit. Mariam et Laïla faisaient de même lorsqu'il y avait de l'électricité. Elles avaient déjà déterré la télé une dizaine de fois au moins et accroché des couvertures aux fenêtres afin de regarder le film avec les enfants.
   Des vendeurs ne tardèrent pas à s'installer avec leurs brouettes sur le lit totalement à sec de la rivière Kaboul, et à proposer des tapis et des rouleaux de tissu au motif du Titanic. Le film donna aussi son nom à un déodorant, du dentifrice, du parfum, des beignets de légumes et des burqas. Un mendiant se fit même appeler "le mendiant du Titanic".
    "Titanic City" était née."

Cette histoire, totalement fictive mais empreinte de tellement de réalité, a été écrite par Khaled Hosseini, en 2007. Il est lui-même Afghan, réfugié aux États-unis à l'âge de 15 ans, en 1980 avec sa famille. Il est devenu médecin et a écrit son premier best-seller, Les cerfs-volants de Kaboul en 2003.

C'est la très belle couverture de l'édition 10/18 que l'on doit à la jeune dessinatrice libanaise Zeina Abirached, que je connaissais déjà, qui m'a poussée à sortir le livre du rayonnage de la librairie.


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