mercredi 29 janvier 2014

"Le diable, tout le temps", noirissime premier roman de Donald Ray Pollock


Donald Ray Pollock est un écrivain "tardif".
Il a travaillé pendant plus de trente ans en tant qu'ouvrier dans une usine de papier avant d'entrer à l'Université pour devenir écrivain.
Il situe son premier roman, Le diable, tout le temps, sur ses terres, en Ohio.

De nombreux personnages, dont les vies s'entrecroisent sur deux décennies au sortir de la Seconde guerre mondiale, peuplent son histoire.
Des personnages tous plus noirs les uns que les autres.
Des personnages au destin foutu d'avance, gagnés peu à peu par la folie, meurtrière ou suicidaire, victimes impuissantes ou consentantes du mal qui les entourent.
Des tordus, des vraiment fous, des malchanceux, tous sont paumés et finissent mal...

Willard, un vétéran du Pacifique, traumatisé, prêt à tout pour sauver sa femme victime d'un cancer, sombre dans la folie, traumatisant par là même son jeune fils, Arvin.
Un couple malsain formé par un prédicateur mangeur d'insectes pour impressionner les foules et un invalide musicien, homosexuel et pédophile. Le premier croyant pouvoir ressusciter les morts tue sa femme, sous les instances de son complice, jaloux.
Une fille paumée, petite soeur d'un sherif véreux, se marie avec un photographe qui l'entraîne, dans ses délires morbides et meurtriers, à sillonner les routes des États voisins à la recherche de "modèles" auto-stoppeurs...
Et j'en passe...

Quelques exceptions à ce catalogue d'âmes perdues, comme Emma, la grand-mère d'Arvin, son oncle Earskell, Hank, un commis d'épicerie, apportent quelques touches lumineuses et rarissimes au récit.

Beaucoup implorent Dieu mais aucun ne le trouvent. Le diable est partout.

Dans ce livre, la plupart des actes décrits ne sont qu'immoralité, bassesse, violence mais l'auteur réussit le miracle d'accrocher le lecteur dès la première page jusqu'à la dernière.
Des chapitres courts, une écriture limpide et des personnages que l'on suit sans broncher, dans leur descente aux enfers.
On est captivé.

Un roman qui ne m'a pas retourné les tripes, et cela aurait pu être le cas avec autant de noirceur et d'actes immondes.
J'ai simplement lu, sans pouvoir m'arrêter.
Magie de l'écriture, de la lecture...
Que dire de plus ?

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