vendredi 7 mars 2014

"Ainsi soit Benoîte Groult", la rencontre passionnante d'une dessinatrice et d'une romancière féministe


J'avoue être complètement passée à côté de la sortie du nouveau Catel à la fin de l'année dernière... J'ai donc découvert cette BD récemment, sur le rayonnage d'une librairie. Intriguée, je l'ai feuilletée rapidement et n'ai pas hésité une seule seconde à l'acheter.
Allez savoir pourquoi, elle m'a fait penser à Persepolis de Marjane Satrapi (grande claque graphique et littéraire pour moi il y a 2 ans !) 

Catel, qui signe ici les dessins et le scénario toute seule (sans José-Louis Bocquet), mêle habilement des épisodes purement biographiques de la vie de Benoîte Groult et d'autres où la dessinatrice se met elle-même en scène lors des entretiens que la dame lui a accordés. 



Le titre, Ainsi soit Benoîte Groult, fait référence à l'un des best-sellers de l'écrivaine, Ainsi soit-elle, un essai féministe paru en 1975.
La première rencontre entre les deux femmes date de 2008, lorsque le journal Libération a demandé à Catel de réaliser une double page sur la grande dame.


C'est aussi l'époque où la dessinatrice travaille sur Olympe de Gouges. Point commun entre les deux femmes puisque que Benoîte Groult a publié et commenté en 1986 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, sans réelle audience à l'époque. Le succès de la bande dessinée de Catel & Bocquet récemment a remis au goût du jour le travail de l'écrivaine.


Le coup de foudre amical a été immédiat et réciproque.
Benoîte n'aime pas la bande dessinée et a du mal à en démordre. Elle s'est arrêtée à Bécassine et aux Pieds Nickelés. Alors quand elle comprend que Catel veut la mettre en bulles et en images... Celle-ci finit par la convaincre que la BD est bel et bien de la littérature, que cet art a évolué et que ce qu'elle lui propose est beaucoup plus malléable que la bande dessinée classique, offrant de belles pages à la narration...


Cette bio-graphique (comme la qualifie Catel elle-même) est donc une sorte récit confession d'une femme engagée et libre, sur son enfance, la vie de ses parents (sa mère, Nicole Groult, styliste, était la sœur du grand couturier Paul Poiret, et son père, André Groult, un ébéniste et créateur de meubles renommé), ses relations avec eux, avec sa sœur, ses filles, ses amours, son œuvre de romancière, ses combats de féministe.
Mais c'est bien plus que cela. C'est aussi toute la genèse de cette bande dessinée.
Catel se met très fréquemment en scène avec Benoîte en dessinant leurs entretiens et reproduisant leurs dialogues dans différents lieux chers à l'écrivaine. Ses maisons en Bretagne ou à Hyères, son duplex à Paris. Tous ces échanges de 2008 à 2013 qui ont amené à la réalisation de l'ouvrage.
Catel est également présente sur divers événements tels que l'anniversaire des quatre-vingt-dix ans de Benoîte en 2010, une exposition des peintures de sa fille Constance, et autres lieux où elles se sont rencontrées.
À chaque fois, elle remplit son carnet Moleskine de croquis, pour ne rien oublier.
Certains de ses dessins sont d'ailleurs reproduits dans l'ouvrage.


L'ensemble est tout simplement passionnant à lire et quand j'adore, c'est sans retenue.
J'ai non seulement découvert Benoîte Groult, que je ne connaissais que vaguement de nom, et j'ai en même temps eu l'impression d'en apprendre tout autant sur le travail de Catel. Moi qui n'avais lu jusqu'ici que Kiki de Montparnasse et qui m'en contentais, j'ai désormais envie de me plonger très très vite dans Olympe de Gouges !


À lire, absolument !!!

En projet du côté du duo Catel & Boquet (youpiiiii) :
une bio-graphique de Joséphine Baker pour septembre 2015 (clic)
 
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