mercredi 28 mars 2012

Femmes et fille en Iran (découvrir Goli Taraghi)

Me promenant entre les rayonnages de ma nouvelle médiathèque, mon regard a immédiatement été attiré par cette couverture...



A la lecture de la quatrième de couverture, j'ai été séduite par le sujet : 3 portraits de femmes, des domestiques au service de la famille de l'auteure, pendant la Révolution islamique en Iran.
J'ai évidemment repensé à Persepolis de Marjane Satrapi, qui m'avait permis d'aborder cette période historique de l'Iran et ses répercutions sur la société.
J'ai tout de suite eu envie de lire ce livre, espérant retrouver cette même ambiance

Et je n'ai pas été déçue. La même manière façon de raconter la société iranienne par le biais de petites histoires personnelles, d'anecdotes. Le tout, comme chez Marjane, pimenté de touches d'humour.
"Un ton très particulier,  ironique et désabusé" a écrit Timour Muhidine dans Le Monde diplomatique de février 2005.


Le portrait le plus réussi, à mon avis, est le deuxième, celui de Delbar. Engagée par l'auteure en tant que nounou de son jeune fils, avant la Révolution de 1979, elle la retrouve une vingtaine d'années après. Goli Taraghi vient de se faire arrêter par les pasradan (les gardiens de la révolution islamique), paramilitaires chargés de veiller au respect de l'ordre moral, alors qu'elle participait à une fête lors d'un de ses séjours au pays (elle s'exile en France dès 1979).
C'est dans ces conditions qu'elle retrouve Delbar.
Les pages qui lui sont consacrées témoignent formidablement de l'incroyable répression subie par les Iraniens.

Extrait : "Je sais que c'est une erreur d'aller à la réception de monsieur M. dans ces circonstances. Les difficultés on recommencé. Il faut de nouveau porter un foulard jusqu'aux yeux, des bas noirs opaques, un long manteau vague. Ils donnent de nouveau des coups de rasoir dans les jambes des femmes sans bas, rasent le crâne des jeunes gens aux cheveux trop longs, ou les fouettent sur la place publique, devant tout le monde. Malgré cela personne ne les redoute assez pour changer de comportement comme ils le voudraient. Se réunir pour discuter, bavarder, boire et manger est la seule façon de survivre."
Extrait : "Il faut patienter en attendant de voir le directeur du comité, d'être jugées et que le juge religieux prenne une décision à notre sujet. Ma situation est pire que celle des autres. Je suis en voyage et je vais perdre ma place de retour. Les vols sont complets jusqu'à la fin du mois. Il faut que je m'en sorte par n'importe quel moyen. Mon seul espoir est qu'en échange des coups de fouet, ils prennent mon argent et me libèrent. Trente coups de fouet équivalent à cent cinquante mille tomans - ou davantage. Ça dépend de la situation et de l'état de l'accusé, et du pétrin dans lequel il s'est mis. Si la décision est prise par ces fanatiques, mon compte est bon ! C'est le fouet, la prison et une amende en espèces qui nous attendent. Je ne connais pas les autres châtiments. C'est la première fois qu'on m'arrête."

Quel régal que ce petit livre ! Trop court, bien trop court. Une chouette découverte que cette auteure !


Goli Taraghi est une écrivaine iranienne.
Les biographies en français et les articles la concernant ne courent pas le web (même pas un article sur wikipedia, mais Shy'm a le sien, je suis rassurée). Dommage.
Elle est née en 1939. Son père, avocat et homme de lettres lui donne le goût de l'écriture. Il l'envoie étudier la philosophie aux Etats-Unis pendant ses années lycée. Elle rentre ensuite au pays, où elle continue à étudier la philo à l'université de Téhéran et commence à publier ses premiers écrits, tournant autour du mythe. Elle enseigne ensuite à l'université des Beaux-Arts un cours sur la connaissances des mythes et des allégories (la symbologie). Elle choisit l'exil en France en 1979 suite à la révolution islamique.
"Goli Taraghi est l’une des écrivaines iraniennes les plus lues et les plus connues, ainsi que l’une des nouvellistes les plus importantes de la littérature persane. […] Bien qu’elle réside en France depuis presque trente ans, elle continue toujours à écrire en persan. Elle maintient ainsi un contact étroit avec son pays et sa langue natale."(source

Et cerise sur le gâteau... tournant et retournant le livre dans tous les sens pour trouver la référence de l'illustration de couverture, je découvre avec plaisir qu'elle est de Marjane Satrapi. Plaisir supplémentaire !

Depuis, je me suis procurée La Maison de Shemiran, précédent livre de l'auteure, qui raconte son enfance dans une grande maison du quartier nord de Téhéran.
NB : il n'est écrit nulle part que ce roman est autobiographique mais je le suppose fortement.


On a cette fois-ci ici, plus qu'une description de la société iranienne, une grande galerie de personnages drôles et attachants d'oncles, de tantes, de cousins, de domestique et d'amies d'enfance. Un livre très imagé que l'on dévore sans compter son temps.
Là aussi, le rapport avec les dessins de Marjane Satrapi est flagrant.
C'est d'ailleurs à elle que l'on doit aussi la couverture de ce roman.
Ne sont-elles pas magnifiques toutes les deux ?

Malheureusement, il semblerait que ces deux ouvrages soient quasiment les seuls de l'auteure qui aient été traduits et édités en France. Dommage, encore une fois.

Si vous aimez l'univers de Marjane Satrapi, alors foncez ! Vous ne serez pas déçus par Goli Taraghi !

Et si vous avez déjà lu d'autres auteurs iraniens, dites-le moi, je suis preneuse !

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