lundi 21 mai 2012

Partir, un point c'est tout

Verónica Vega est une artiste cubaine multiple.
Danseuse, dessinatrice, peintre, elle a toujours été également attirée par l'écriture. C'est poussée par les nécessités d'une vie difficile à Cuba qu'elle a exercé alternativement ces différentes disciplines.
Quand le besoin de manger se faisait vital, elle s'est mis à créer de l'artisanat à destination des touristes, pour "assurer" un revenu.
Le matériel de dessin devenant trop cher, elle s'est lancée sérieusement dans l'écriture, qui nécessite il est vrai moins de matière première "de production".

Partir, un point c'est tout est donc le récit fortement biographique de Vero, son double. Initialement, elle aurait dû l'écrire en collaboration avec deux amis cubains, un poète vivant à Cuba et une écrivaine vivant à Munich, mais ça a traîné en longueur et elle a finalement repris le projet à son compte.
L'auteur déroule sa vie quotidienne à Alamar (en banlieue de La Havane) avec son fils, sa mère, son ami, et le groupe d'artistes dont ils font partie. Tous se soutiennent mutuellement et ont choisi de rester à Cuba, plus ou moins forcés, même si "y'a rien d'autre à faire ici" et que "partir, un point c'est tout" (p. 118) semble la seule solution pour grand nombre de Cubains.


Quatrième de couverture : "Aux antipodes des cartes postales qui nous montrent une Havane exotique et plaisante, Verónica Vega offre un portrait vivant et complexe de Cuba en forme d'autobiographie collective du groupe d'artistes qu'elle fréquente. Rien ne semble inventé : ni les gens, ni les multiples références au monde cubain des arts et de la culture, ni les détails du tableau de la vie quotidienne où surgissent quelques reliquats de l'influence soviétique en même temps que la prégnance et l'attirance pour les États-Unis, perçus comme un eldorado accessible seulement à un quota de citoyens cubains limité chaque année."

Et là, il faut que je vous dise que si j'ai lu ce livre, c'est que j'ai été emballée par les critiques élogieuses que j'ai pu en lire sur le net.
Or, j'ai été déçue (encore une fois, décidément, en ce moment...).

Je suis restée complètement hermétique à l'écriture de Verónica Vega. Je n'ai pas du tout compris sa poésie.
Ma lecture a été très laborieuse. D'une manière générale, j'ai eu souvent beaucoup de mal à comprendre ses idées. J'avais beau relire les lignes en me concentrant, je n'y comprenais pas plus.
Le récit est assez décousu et ressemble surtout à une suite de pensées notées au gré du vent, ou une collecte de bribes de dialogues entre artistes qui ne sont pas aisément compréhensibles (impression d'arriver comme un cheveu dans la soupe au milieu d'une conversation) ou encore des bouts de conversations téléphoniques passées et des échanges de mails (écrits en italique) inserrés au milieu des pensées de la narratrice.

J'ai eu du mal à cerner les personnages, ne serait-ce même qu'à comprendre qui était qui (il n'y a aucune présentation) et qui faisait quoi et leurs liens avec la narratrice. On doit - presque - tout deviner, ou déduire et oui, ça demande un certain effort. C'est fatigant au bout d'un moment quand tout le livre est comme ça.
Régulièrement, passez-moi l'expression, on saute du coq à l'âne, d'une ligne à l'autre, et on a vraiment du mal à voir le rapport entre les deux, ce qui rend le récit bien difficile à suivre.
Je ne compte même plus le nombre de fois où je me suis dit "mais qu'est-ce qu'elle raconte là ? Elle parle de quoi ?"

Et puis c'est souvent très cérébral, très abstrait et j'ai beaucoup de mal avec ce genre de littérature.

Extrait p. 66 : "La ligne qui interrompt au loin le trait d'asphalte est un si vieux souvenir. De mes premières attentes, recroquevillée sur un banc oublié, à un arrêt de bus oublié, tout contre le froid de la nuit, tout contre les corps de mes sœurs. Maman veillait sur notre sommeil et guettait les lumières sur cette perpendiculaire vide. Et ce goût, le même qu'à l'époque, pire que la sensation de la nuit à la campagne, tandis que tu traverses une route vide, cette tristesse, comme s'il n'allait pas y avoir de lendemains, et quand bien même il y en aurait eu, peu importe... ou non, pire encore.

J'ai cependant lu le livre jusqu'au bout, par principe, et espérant tout de même finir par trouver un truc palpitant qui relèverait mon intérêt.
Et bien, chou blanc. Je suis désolée de le dire, mais il ne se passe pas grand-chose dans ce récit, à part le voyage du groupe d'artiste en Europe pour une exposition, avec les embûches administratives par lesquelles il faut passer au préalable pour obtenir son visa de sortie du territoire.

Quant au témoignage sur la dureté de la vie cubaine, ce livre n'est pas assez concret pour constituer un témoignage probant.

Comme je n'ai pas envie de vous laisser sur une note négative, je vous invite à lire la chronique de Stéphanie sur Paris-ci la Culture, chez qui j'ai découvert le livre. Sa chronique est belle et m'a donné envie de lire ce récit. Malheureusement, je n'en ai pas vraiment eu la même lecture.
Je pense qu'il faut déjà avoir de bonnes notions sur la vie économique, sociale et même artistique à Cuba pour l'apprécier à sa juste valeur car il y a beaucoup de non-dits, des choses suggérées qui ne sont pas instantanément compréhensibles pour tout un chacun. Et quand je ne saisis pas tout instantanément, la magie des mots n'opère pas chez moi.
Mais peut-être que pour vous, ça sera différent...


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