mercredi 23 mai 2012

Si on m'avait dit qu'un jour je lirais une biographie de people, en plus, celle d'un rappeur...

... j'aurais dit non merci, ce n'est pas ma tasse de thé !

Et si je n’avais pas entendu le médiatique libraire Gérard Collard parler de cette bio de Joeystarr en termes plus qu’élogieux, il est clair qu’il ne me serait jamais venu à l’esprit que je puisse trouver un quelconque intérêt à cette lecture.



D’une, les biographies des gens médiatiques ne m’intéressent pas du tout, je n’en avais jamais lu une seule jusqu’à ce jour, et de deux, je n’ai pas d’affection particulière pour le personnage en question, dont l’univers musical est bien loin de tout ce que j’ai pu déjà écouter et apprécier dans ma vie.
Seulement... il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, paraît-il.

Lors d’une récente émission télé, le samedi soir sur France 2, au fil de la conversation, Gérard Collard, libraire du Val-de-Marne et chroniqueur de son état, et accessoirement candidat à l’Académie française (c’est le défi à la mode du moment ?), en arrive à parler de cette biographie de Joeystarr, Mauvaise réputation, écrite avec Philippe Manœuvre, l’encyclopédie du rock.
Je le cite : "un des livres les plus forts que j'ai lus de ma vie" (oui, j'ai bien entendu).
Qu’un libraire puisse porter aux nues de la sorte un livre qui, à priori, me semblerait être un simple témoignage people supplémentaire m'a laissée carrément dubitative d'un côté, mais de l'autre, comment ne pas apporter un soupçon de crédit à l'avis d'un professionnel du livre ?

C'est donc très intriguée par ces quelques mots que j'ai été victime d’une envie d’achat compulsif ce soir-là ! J'imagine ne pas avoir été la seule.

Mettons les choses au clair de suite : Mauvaise réputation n’est pas l’un des meilleurs livres que j’ai lus dans ma vie, de loin s'en faut.
Et je me pose d’ailleurs des questions quant à la santé de Gérard Collard... avait-il fumé avant l’enregistrement de l’émission ? Si non, est-il pote avec Manoeuvre ou Joeystarr lui-même ce qui expliquerait le petit coup de pouce en passant pour relancer les ventes ? Si encore non, je me dis que c’est quand même un peu triste s’il n’a jamais rien lu de plus extraordinaire...

Une fois ce point réglé, laissez-moi vous dire que je me suis tout de même faite bel et bien embarquer dans cette autobiographie qui s’est révélée une lecture très intéressante et très instructive.
On balaye évidemment la vie, personnelle et professionnelle, de Didier Morville, de son vrai nom, depuis son enfance dans la banlieue de Saint-Denis avec son père jusqu’à la fin de NTM et ses débuts en solo. Moi qui ni connais pour ainsi dire strictement rien en rap, hip-hop, qui écoutait Céline Dion pendant les années de gloire de NTM (on ne se moque pas, svp), j’ai évidemment appris plein de choses sur une certaine musique de mon adolescence qui m’est passée complètement à côté.

Plus que les mémoires d’un bad boy beuglant dans un micro et défrayant la chronique, Mauvaise réputation est le récit du groupe qui a popularisé le rap en France au début des années 90.
J’ai lu avec grand intérêt toute cette partie qui retrace les débuts du groupe, avec l’enregistrement du premier album mais surtout les premières scènes, sur lesquelles Joeystarr mettait le feu, là où on ne l’attendait pas (du rap français, face aux maîtres US ???). J’ai aimé les descriptions de ces ambiances de spectacles chaudes et houleuses, la façon dont le gars raconte les souvenirs qu'il en a, comment il explique que lui, son "kif", c'était la scène, le lieu où il explosait,  et comment il a porté le groupe pour qu'il se fasse une place petit à petit, volant la vedette aux stars de la soirée alors qu'il n'était qu'une première partie.

Et forcément, j’ai écouté (un peu) NTM et les solos de Joeystarr dont le livre parlait, en bonne documentaliste que j’aurais pu être ! Je me suis rendue compte que je n’étais pas aussi inculte que cela en rap et que certains titres étaient effectivement des hits qui, s’ils ne m’avaient pas marquée profondément, faisaient partie de ce que l’on peut appeler la mémoire collective musicale. J’ai également découvert avec intérêt la vie de Didier avant NTM et la musique : son enfance pas très rose, élevé par un père pas très aimant (euphémisme) à la main plutôt leste, ses longs mois d’armée en Allemagne (et oui, souviens-toi, le service militaire était obligatoire à l’époque) où il en a fait un peu voir de toutes les couleurs à ses supérieurs.
J’ai découvert qu’il avait été danseur hip-hop et graffeur dans le métro avant de prendre le micro. D'ailleurs le signe NTM était d'abord un tag.
Joeystarr évoque aussi ses relations personnelles avec les femmes, avec Kool Chen, rencontré à l’âge de 16 ans, et ses divers déboires avec la justice. C’est certes nettement moins intéressant, culturellement parlant, mais ça se lit très bien dans la continuité du récit.

Mauvaise réputation est, pour conclure, un livre qui m’a agréablement surprise, et que je n’ai jamais eu envie de lâcher. Un bon livre détente !
Preuve qu'il n'est pas nécessaire d'être fan de Joeystarr pour l'apprécier, à moins d'être vraiment allergique au bonhomme...

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