vendredi 12 avril 2013

Chick lit en numérique, une copie à revoir...

J'ai lu mon premier livre numérique - qui l'eût cru - et en plus, c'était de la chick lit !
Bon, j'ai un peu triché car il n'était pas en version numérique, ce fameux livre numérique, mais en papier.
Il n'est pas encore né celui qui arrivera à me faire lire un livre sur une tablette ! Il ne faut jamais dire fontaine, je sais... mais je suis pour l'instant définitivement réfractaire à ce support.
C'est donc en grande partie parce que les éditions La Boudonnaye m'ont proposé une version papier que j'ai accepté de recevoir le roman de la jeune parisienne, Astrid El Chami, Je suis comme vous, unique, auréolé depuis l'automne dernier d'un prix des lecteurs, dans le cadre du prix du livre numérique 2012, organisé par Yoobox, et du second prix du jury.

La couverture a été réalisée par la sœur de l'auteure,

Ce premier roman de l'auteure est à classer dans la littérature chick lit, de la pure lecture de détente, celle qui met en scène la vie des petites poulettes avec des problèmes de nanas, plus ou moins passionnants, selon les goûts. Vous l'avez deviné, la chick lit n'est pas un genre qui m'attire des masses.
Cependant, rassurée par la caution de ce prix du public, j'ai dit oui pour lire ce livre et donner mon avis. Rassurée, je l'ai été aussi par pas mal de bonnes critiques que j'ai pu trouver sur le net.

Je suis comme vous, unique est l'histoire d'Emma, une Parisienne de vingt-cinq ans, qui après avoir tenté de percer dans le journalisme décroche ce qui lui semble être enfin THE job de ses rêves, celui dans lequel elle pourra évoluer : vendeuse aux Galeries Lafeyette pour une marque de fringues.
Elle va vite déchanter... les ventes de la marque ne décollent pas et Emma n'est pas prête de voir tomber l'once d'une prime dans son escarcelle.
S'ensuivent le récit de ses expériences professionnelles mais aussi amoureuses (la jeune femme est en couple depuis 4 ans au début et elle va se retrouver célibataire), comme dans tout bon livre de chik lit qui se respecte.
Le petit truc en plus d'Astrid El Chami, c'est la forte part autobiographique qui a inspiré son texte, notamment tout ce qui concerne le cancer de sa mère. Cette maladie l'a profondément marquée et elle ne pouvait que faire partie de son livre.
Ses débuts dans le journalisme, son job aux Galeries, jusqu'aux prénoms de sa sœur et de ses amies, tout est vrai là aussi, je ne crois pas vous dire de bêtise. Bizarrement, elle a changé son prénom à elle, alors qu'elle rédige bien son texte à la première personne. Bon, c'est comme ça.

Parlons tout de suite des choses qui fâchent, et qui fâchent bien et gardons les bonnes impressions pour la fin.


Le style d'Astrid El Chami est presque exclusivement parlé et dans le genre, c'est plutôt pas mal. C'est frais, pêchu, souvent drôle, sincère et sensible, incontestablement.
Bref, c'est vivant.
Mais... et là, c'est un énorme MAIS, j'ai relevé un nombre incalculable de fautes et lourdeurs en tout genre, disséminées de la page 32 jusqu'à la page 180, sur les 183 que compte le livre. Et je me suis amusée à les répertorier parce que du coup, c'est devenu comme un jeu : 6 coquilles, 8 fautes d'accord ou d'orthographe, ça commence à faire beaucoup mais passons.
Plus grave à mes yeux, 6 grossières erreurs de vocabulaire et des tournures de phrases qui ne sont pas grammaticalement correctes. Des types d'erreurs qui sont imputables à l'auteure uniquement, il me semble, et qui me laissent un peu dubitative quant au travail de relecture du manuscrit que je suppose devoir être fourni par tout auteur qui se respecte ... mais bon, je rêve peut-être...
Et je ne vous parle pas des expressions françaises qui m'ont semblé mal employées ou inventées. L'éditeur m'a expliqué que l'auteure a son style bien à elle - ce dont j'ai bien eu conscience - et que son désir était de conserver cette particularité-là. Je mets donc de l'eau dans mon vin de ce côté et je m'incline, même si j'ai eu l'impression que le français n'était pas écrit correctement.
Exemple p. 97 : « Qu'en pensez-vous ? Laissons encore tourner la cuisson avant de se faire une opinion... Mais ma curiosité lui joue des tours et l'homme réservé n'a d'autre choix que de se plier devant mes exigences, je veux savoir ce qui se cache sous cette carapace. » 

Exemple p. 150 : Les toutes premières phrase de la deuxième suite possible à la première partie, quand l'auteure vient d'être publiée :
« Putain de merde, alléluia, je suis en pleine extase ! Excusez mon vulgaire langage, mais vous savez quoi !? Je peux enfin retirer cet euro qui serait mes deux petits abricots en guise de pression et par la même occase, je clame le coming out du string ! »

En tout, c'est tout de même une bonne trentaine d'erreurs qui sont indiscutables. Et des fautes, j'en trouve encore en relisant certains passages pour préparer cette chronique... et je ne rêve pas... juste, je jette l'éponge...

C'est la première fois que je lis un livre bourré d'erreurs à ce point. Je me suis même sincèrement demandée si l'éditeur ne m'avait pas envoyé une version non corrigée ou si, moins sincèrement, je n'avais pas été piégée par Surprise, surprise. Lol. Ce n'est pas du tout le cas.
Mais qui a relu le manuscrit alors ??? Une correctrice professionnelle reconnue - renseignement pris auprès de l'éditeur - qui a d'ailleurs fourni un gros pavé de corrections parce qu'il y en avait besoin mais qui a dû travailler dans l'urgence, d'où ces oublis apparemment.

Le livre est publié depuis plusieurs mois, a déjà été chroniqué plusieurs fois, et je suis la première à avoir signalé toutes ces erreurs ??? Un prix lui a même été attribué, je l'ai déjà dit.
Avouez qu'il y a de quoi se poser des questions ici aussi sur l'attention avec laquelle ce livre a été lu, par tous ceux qui l'ont reçu gratuitement, comme moi, pour en faire la publicité (parce que c'est bien cela que nous sommes censés faire) ou bien par ceux qui l'ont lu dans le cadre du prix littéraire en question...
J'ai même lu dans une critique sur le net, faite par une personne qui se targue d'être "une incurable correctrice qui ne peut pas s'en empêcher" qu'elle n'avait pas trouvé de faute !
Je crois qu'un gros "J'hallucine !" m'est permis.

Je suis tout de même heureuse de vous annoncer que suite à mes remarques, et à la liste des erreurs que j'ai fournie à l'éditeur, le livre va repartir en correction.
Je suis flattée aussi qu'on ait pu penser ne serait-ce qu'un instant que je sois "du métier". Non non, pas du tout, même pas prof de français, c'est juste que j'aime râler. ;-)
Je sais, on ne dirait, pas comme ça, vu les fautes que je laisse encore régulièrement ici, que j'ai une âme de correctrice ! Je m'en excuse encore parce que franchement, j'ai honte quand je les vois après coup, mais personne ne me relit avant publication, moi.

Permettez que je vous serve quelques-unes de ces savoureuses erreurs de vocabulaire qui m'ont beaucoup fait rigoler ... pas pour le plaisir de se moquer, mais parce que c'est vraiment drôle !

p. 66 : "Et alors ? Ma révolte est légitime. De toute façon, je raréfie d'avantage mes quelques parutions puisque je ne suis bien que seule." (pour "apparitions")
p. 133 : "Célibataire et un enfant à sa charge, il ne faut surtout pas se fier à son jeune âge, car tout mal autrui a affaire à ses crocs." (pour "malotru")
p. 173 : "Voilà ce qu'il en est... D'après les analyses, nous avons découvert une forte substitution d'infection rubéole." (pour suspicion")

Astrid El Chami nous avait prévenus dès le départ, dans son "Intro", p. 11, je cite : "Alors si vous êtes une mordue de Maupassant, cette lecture n'est pas pour vous. Je ne fais pas de la grande littérature, je fais MA littérature".
Je ne suis pas une mordue de Maupassant, ni de la grande littérature en général, bien loin de là, mais tout de même, il y a un minimum syndical dans l'écriture d'un livre en français correct. Le style parlé n'est en aucun cas une excuse. Il y a des choses qui passent à l'oral mais qui à l'écrit écorchent les oreilles.

Oui, c'est vraiment bête de laisser passer de telles bourdes, d'autant plus que l'ensemble est réellement plaisant à lire, que les situations de la vie quotidienne, professionnelle ou amoureuse, qui peuvent être celles de pleins d'autres jeunes femmes, sont très bien rendues.
Oui, je n'ai aucun doute dans le fait que beaucoup de nanas, parisiennes, citadines ou pas, peuvent se reconnaître dans ce livre.

Extrait p. 24 : Emma, fraîche vendeuse aux Galeries interroge Josette, un pilier de la maison :
" Quelque chose m'intrigue... les Galeries sont encore en promo et on l'était déjà y'a trois semaines. C'est comme ça toutes les semaines ?
- Pfff... Ma pauvre, habitue-toi, c'est comme ça depuis des années. Savent plus quoi inventer pour attirer du monde, toujours pas compris que ça ne marchait plus. Ne cherche pas à comprendre...
- D'accord, mais là, ils intitulent les promos "3 J". Mais pourquoi "3 J" si ça dure quinze jours alors ?
- Je ne sais pas moi... Parce qu'ils sont cons ! Mais tu n'as rien d'autre à faire que de poser ce genre de questions ?""

Extrait p. 32 : la sortie du boulot
"Je suis arrivée à un point où je ne mets même plus mes affaires dans le vestiaire. Tout est à portée de main sous ma caisse. 20 heures, l'hymne des Galeries nous renvoie dans nos appartements. C'est à mes yeux le meilleur moment de la journée. Chacun remballe ses affaires précipitamment et pendant un bref instant, on ressent pour la première fois de la journée une chaleur humaine, une sociabilité. Les escalators sont pleins, ça papote et ça fait le bilan : quelle sale journée, t'as vu cette folle qu'on s'est tapée aujourd'hui ? Ou encore : tu fais quoi ce soir ? J'vais voir mon mec, rejoindre des copains dans un bar, faire un ciné. La vie pour chacun d'entre nous démarre maintenant. Un moment de détente à venir indispensable pour évacuer. Votre cerveau est constamment alimenté de bruit, de musique et de blabla tout au long de la journée. Alors oui, 20 heures, tout le monde a le sourire et pour une fois, il est franc !"

(bon, je viens de me rendre compte qu'il y a encore une faute d'orthographe là-dedans, que je ne vois que maintenant...)

Ça sonne vrai. Notamment toute la partie qui évoque la maladie de la maman d'Emma. Ça sent le vécu, et c'est le vécu. Aucun doute possible.
Extrait p. 60 : Emma vient d'apprendre une bien triste nouvelle...
[...] "Une vision me vient alors : ces moments lorsqu'on regardait aux informations ces femmes arabes pleurer, crier sans plus aucune retenue parce qu'elles avaient perdu un fils ou un mari, on avait toujours maman et moi un petit ton moqueur. Comme si c'était mille fois amplifié. Maintenant, je comprend parfaitement ce que ressentaient ces femmes arabes, car aujourd'hui je suis comme elles. Et vous est-il arrivé de faire un truc absolument aberrant dans un moment grave ? Je pense que bizarrement c'est souvent le cas. Ma sœur par exemple, n'avait qu'une idée en tête après un accident de voiture : retrouver ses barrettes à cheveux, alors qu'elle venait de subir quatre tonneaux pour finalement s'éjecter à cinquante mètres de l'autoroute. Moi, ce soir, au lieu de claquer la porte pour me rendre le plus vite possible à l'hôpital, je décide de brancher mon fer à lisser. J'attends qu'il chauffe, puis je me fais quelques mèches en me regardant pleurer comme une madeleine. Mon inconscient me joue-t-il des tours en me disant d'être belle pour voir maman ? Possible, sauf que désormais c'est fini. Je ne la verrai plus me regarder. Je lâche alors le fer quand je me rends compte de l'absurdité de la situation."

Et l'auteure arrive à mettre rapidement le lecteur dans sa poche en créant un lien de proximité avec lui grâce à des interpellations régulières. Comme si elle était vraiment là, à côté de nous, à nous raconter sa vie, ce qui lui est arrivé dans la journée.
Dans la première partie du livre, on apprend aussi qu'Emma a pour ambition d'écrire un livre sur sa vie, les expériences qu'elle a déjà vécues. Livre dont elle commence d'ailleurs à jeter les premières lignes à ses heures perdues aux Galeries Lafayette mais elle n'en parle pas plus que cela.

J'ai nettement moins aimé la deuxième partie, celle qui expose les deux suites possibles au récit que l'auteure fait de la vingt-cinquième année d'Emma. Celle-ci voit son livre - on y vient - intitulé Je suis comme vous, unique, tout nouvellement publié par une maison d'édition (une petite dans un cas, une plus grande dans l'autre) et explore les conséquences possibles sur sa vie, notamment amoureuse, avec un point commun, qui semble être le graal pour l'auteure : une invitation au Grand journal de Michel Denisot !
Au départ, je trouvais cette idée de suites hypothétiques originale mais à la lecture, j'ai finalement eu le sentiment que c'était de trop, que l'auteure fantasmait complètement son propre rêve de succès et de reconnaissance artistique. J'ai l'impression que cette partie est beaucoup plus romancée et que c'est pour cette raison qu'elle perd en authenticité et que cette suite détonne avec le reste.
Une fois le livre terminé, je me suis dit que l'histoire aurait très bien pu se finir à la fin de la première partie et que le "Voilà et maintenant... Que me réserve la suite ?" aurait pu tout simplement faire l'objet du prochain roman de l'auteure, toujours sur le même principe plus ou moins autobiographique plutôt que d'enchaîner immédiatement avec deux petites fictions.
Cet avis est le mien, je vous le donne, et il n'engage que moi, bien évidemment.

Pour conclure, je dirais qu'il faut prendre ce livre pour ce qu'il est : un agréable moment de lecture, rafraîchissant, qui n'a aucun autre but que de nous divertir. Et ça fonctionne plutôt bien ainsi.
Si vous aimez la chick lit, je vous le recommande donc, mais faites-moi plaisir, attendez que la nouvelle version numérique, re-corrigée, soit disponible. ;-)

Et merci à l'éditeur, avec qui j'ai eu un contact très agréable, et qui a reconnu sans problème qu'il y avait eu une défaillance au niveau de la correction. J'espère ne pas avoir été trop "méchante" car ce n'était pas le but. Et je le répète, ma lecture a été somme toute agréable, si je fais abstraction de ce qui m'a hérissé le poil.

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