mercredi 10 avril 2013

L'étrange "Premier rôle" d'Alice Massat...

... et même limite effrayant.

Alice Massat, en plus d'être écrivain, est aussi psychanalyste, d'où ce livre légèrement torturé...


L'histoire se passe dans les années 70. Deux petites filles se rencontrent à la maternelle, se côtoient jusqu'à l'âge de 10 ans, avant de se perdre de vue pour se retrouver à l'âge de 20 ans. Entre elles s'instaure une relation ambigüe, entre admiration et jalousie.
L'histoire est racontée par l'une des deux, Raquel, celle qui semble la plus faible psychologiquement, celle qui se met moins en avant, celle qui attire moins la lumière. Elle parle donc de sa "rivale", Thérèse, une gamine qui lui ressemble beaucoup physiquement, sauf qu'elle est bien plus petite, ce qui lui vaut le surnom de "la naine". Cette dernière sait s'imposer. Dans le récit, elle apparaît comme opportuniste, voire mesquine.
Raquel, quant à elle, semble hypnotisée par cette fille, tout en obéissant à une voix intérieure, qu'elle nomme son "dieu", et qui la guide dans ses actes pour qu'elle agisse "bien".

C'est une histoire, ni plus ni moins, de fascination et d'envie entre deux petites filles, qui va les marquer jusqu'à l'âge adulte.

J'ai  bien du mal à vous décrire l'ambiance de ce livre.
Étrange et un peu dérangeant me semblent des qualificatifs assez justes.
Raquel, la narratrice, parle de sa petite enfance et de son enfance, mais d'un point de vue qui semble tellement adulte.
Je crois que les extraits seront plus parlants que mon blabla.

p.  24 : Raquel a donné une boîte de crayons feutres à Thérèse, qui n'en avait pas car ses parents ne sont pas assez riches pour lui en acheter
  "La naine touche l'étui et caresse ses bords, mais elle ne l'ouvre pas. Elle le range dans son propre cartable et fait mine de rester concentrée sur les activités proposées par la blonde [l'institutrice].
   À la récréation, Thérèse ne me suit pas. Elle joue avec plusieurs filles de notre classe. Je suis seule et je me sens carrément légère. J'aime dévisager les autres qui s'amusent.
  L'entité est ici. Elle me suit partout. Elle entre dans ma tête. Elle me parle des fois. Elle dit qu'elle est Un dieu.
  Le dieu répète qu'il est bien satisfait de moi, et de ma gentillesse (il n'a même pas vu que le rouge de Thérèse est carrément usé)."

p. 82 : dans le car, en route pour la colo
" Il y a des garçons. Leurs présences m'intriguent. La peur de leur déplaire. Le besoin d'être belle me tourmente constamment. Nous sommes en vacances, le travail scolaire ne prendra pas mon temps, alors je vais pouvoir me consacrer à cette question essentielle.
   Je surveille une blonde lourdement assoupie, une posture de princesse, le bras derrière la tête. Sa bouche est entrouverte. L'émail de ses incisives scintille dans le noir au gré des orientations que prend notre car. Elle porte des habits assortis imprimés de pétales de fleurs. Elle est la plus jolie des filles que j'ai vues. Est-ce qu'elle le mérite ? Peut-elle devenir moche ? Si je l'observe bien, je deviendrai comme elle ?"

Ce n'est pas un mauvais livre mais c'est loin d'être palpitant.
C'est écrit d'une manière simple, aucun souci pour suivre l'histoire, mais les sous-entendus psychologiques m'ont dépassée... il est vrai que moi et tout ce qui est "psy" quelque-chose, ça fait deux...
Une fois le livre refermé, je me suis dit qu'il y avait certainement plein de conclusions à en tirer, mais quasiment impossible pour moi de voir lesquelles.
Beaucoup de "mais", qui sont révélateurs de mon indécision face à ce livre.
J'ai emprunté ce livre à ma bibliothèque et en lisant la quatrième de couverture et je m'attendais à tout autre chose. Certainement pas à cette ambiance qui met un peu mal à l'aise.
Le résumé met en avant la ressemblance troublante entre les deux petites filles mais le roman, bizarrement, n'exploite pas du tout ce fait et se contente d'y faire référence à 2 ou 3 reprises, sans développer.

Le résumé : "Deux petites filles se rencontrent à l'école maternelle, hypnotisées par leur ressemblance : même visage, même chevelure, même regard... Au fil des mois, se noue entre elles une amitié ou la haine le dispute à l'amour, Thérèse étourdissant Raquel de ses manigances flamboyantes et perverses... Elles grandissent ensemble jusqu'à leurs dix ans. Sous l'emprise d'un Dieu mystérieux, Raquel tente de composer avec sa rivale et de surmonter certains pièges de son existence : des parents qui divorcent, une mère qui démissionne. Jusqu'au jour où retrouvant Thérèse devenue femme et comédienne, elle l'affronte pour un ultime duel intime..."

Ces retrouvailles des deux filles vers l'âge de 20 ans n'ont rien d'explosif.
Raquel est étudiante et Thérèse est actrice. Elle tient le premier rôle et a délaissé son prénom pour prendre celui de sa camarade d'enfance. Raquel est manifestement toujours fascinée et c'est Thérèse qui mène le jeu même si la première est persuadée du contraire. Elle flirte même avec les limites de la folie.
Le duel annoncé n'en est pas un. Thérèse a toujours eu le dessus et c'est tout juste si Raquel arrive à faire entendre le souffle d'une protestation.

Et cette histoire de dieu, de voix intérieure qui habitait Raquel enfant... et dont on n'entend plus parler quand elle est adulte, je ne sais qu'en penser.. À quoi ça a servi ???

Je me demande si les autres romans de l'auteure sont dans le même esprit, mais je n'ai hélas pas envie de pousser la curiosité pour le découvrir.
À se laisser guider par son instinct et à choisir les livres un peu au hasard sur les rayonnages, on ne tombe pas des pépites à tous les coups ! ;-)

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