vendredi 3 mai 2013

"Des louves", un roman décousu de Fabienne Jacob


Voici un roman que je n'ai pas vraiment compris... qui m'a déstabilisée parce que je m'attendais certainement à autre chose.
J'ai admiré, oui, beaucoup admiré la qualité de l'écriture, très évocatrice, très sensible, même sensuelle, et j'ai attendu. Attendu tout le long (et il est court, dommage) qu'il se passe quelque-chose.
Mais rien.
Enfin, si. Des souvenirs surtout.
La narratrice, Adèle, dans une sorte de longue confession, commence à nous expliquer qu'elle a un don, acquis pendant l'enfance. Celui de pouvoir deviner le corps des gens, et donc leur intimité même, rien qu'en les regardant. Peu de personnes lui sont illisibles. Simon, son amant, fait partie des exceptions, et c'est bien cela qui attire Adèle.

Je m'attendais alors à voir se développer la relation un peu énigmatique entre ces deux amants. Loin de là, Fabienne Jacob, l'auteure, enchaîne sur une foule de souvenirs que sa narratrice fait remonter à la surface, notamment ceux de l'enfance, dans le village de sa grand-mère. Pendant plus de la moitié de ce petit livre de 120 pages.
Elle passe ensuite à d'autres souvenirs, ou simplement des sensations actuelles, amenées en vrac... la peur des premières règles, la première fois avec Simon, ses sentiments face aux femmes enceintes, qui "se mettent à tout montrer de leur corps, surtout celles qui avant le planquaient (p. 106), et face aux jeunes accouchées, qui "se mettent à sortir leurs seins de dessous leurs blouses, se mettant à peine à l'écart pour allaiter, telles des louves (d'où le titre, j'imagine mais de là à ce qu'il justifie tout le roman...), leurs seins plein de lait" (p. 107). Face à Maria aussi, la femme qui fait le ménage dans son bureau, etc.

Extrait p. 113 : à propos de Maria...
"[...] Ses cheveux sont roux foncés, mais la racine est plutôt châtaine. Les femmes silencieuses qui se teignent les cheveux, ça existe. Son visage est beaucoup trop grave pour une femme de son âge. Du moins pour l'âge que je lui donne. Cinquante ans. Mais au fond si je dis la vérité je suis sûre qu'elle doit être à peine plus âgée que moi. Plutôt quarante. On ne sait pas comment on fait pour deviner l'âge des gens, mais on devine toujours juste. Les personnes qui ont le visage marqué, on pense qu'elles sont âgées, mais en fait à l'intérieur de nous-mêmes, on sait leur âge véritable. On fait la conversion. Faire plus que son âge. L'âge n'est qu'un stigmate. Une somme d'empreintes. La trace sur le corps de toutes les scènes antérieures auquel il a été exposé [...]"

Des instantanés, des clichés de vies, très précis et agréables à regarder...
Mais cela est-il suffisant pour faire un roman qui se tienne ?

Somme toute, le récit est assez décousu et n'a pas vraiment de sens, mis à part l'évocation des souvenirs d'enfance qui est une partie pas trop mal construite et très jolie.

Je suis bien évidemment sensible aux belles écritures, cependant ce roman me confirme qu'il me faut tout de même un minimum d'action pour que je sois accrochée. Sans compter la ponctuation, que j'ai trouvée bien souvent aléatoire et anarchique. Mais c'est un style, je sais, je sais... Heureusement que la poésie des mots est là. Sauf que pour moi, elle ne fait pas tout.
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À suivre, la semaine prochaine...

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