vendredi 12 juillet 2013

"Pourquoi j'ai tué Pierre", une autobiothérapie en BD


Olivier Ka, écrivain jeunesse et scénariste de bande dessinée a été victime enfant d'une agression à caractère sexuel. Il a mis son histoire par écrit, par tranches de vie depuis sa petite enfance jusqu'à l'âge adulte, pour exorciser le traumatisme, pour pouvoir "tuer Pierre". Son ami Alfred l'a mise en image.
C'est sa psychanalyse, son autobiothérapie (source).

Olivier n'a pas été victime d'agressions sexuelles répétées pendant des années. À l'âge de 12 ans, il a "juste" été traumatisé, lors d'une colonie de vacances, par une journée et une nuit auprès de Pierre, le directeur du centre, également curé et ami de la famille, qu'il fréquentait depuis plusieurs années. 
Un homme qui ressemblait à un gros nounours, à un nain de jardin tout barbu. 
Un curé oui, mais un curé de gauche, super cool, drôle, qui chante et joue de la guitare et qui n'a jamais cherché à imposer ses convictions religieuses autour de lui. Notamment aux parents d'Olivier, deux babas cools, anti cathos, anars, adeptes de l'amour libre.
Pierre qui était comme un oncle pour Olivier, un homme qu'il admirait...


Mais un homme qui avait une idée derrière la tête... qui a amadoué l'enfant en lui offrant certaines faveurs, comme le privilège de promener le chien Baloo.

Les planches qui racontent la scène de l'agression proprement dite sont terrifiantes. Pas par ce qu'elles montrent car Olivier Ka et Alfred ont pris soin d'adoucir, visuellement, l'épisode en esquissant les corps plus qu'en les dessinant. On montre une main dans la nuit du dortoir, énorme, qui tapote, inlassablement, sur l'épaule de l'enfant pour lui faire comprendre que c'est le moment de...
On ressent en même temps que le petit Olivier le calvaire psychologique qu'il a subi. On tremble de peur avec lui. Heureusement, pour lui, il a résisté, certes en silence, mais il a résisté.
Franchement, ces pages m'ont fait un gros effet beurk, horrible à imaginer...


J'ai également trouvé terrible la scène précédente, celle où Pierre va retrouver Olivier, qui est assis sur une dune. Le moment où l'homme explique à l'enfant qu'il a des problèmes pour dormir et qu'il lui demande de lui faire des caresses sur le ventre pour l'apaiser, au nom de l'amitié qui les unit. L'homme est en maillot de bain et c'est la première fois que l'enfant le voit autant dénudé.
Lu qui a été élevé d'une manière très libertaire, qui a eu l'habitude de voir des corps d'adultes nus depuis tout petit est mal à l'aise face à cet adulte qui s'impose, et qui se rapproche, tout doucement, tel le chat guettant sa proie...


Le lendemain de l'agression, lors d'une discussion amenée par Pierre, Olivier lui fait comprendre qu'entre un enfant et un adulte, ça ne peut pas marcher. Pierre lui fait jurer de garder le secret.
Ce qu'il fera pendant plusieurs années.
Il crache finalement le morceau à sa mère, vers l'âge de 16, 17 ans.
Sa réaction est sidérante...


Un livre, un témoignage qui montre qu'il n'y a pas de "petite" agression.
Une bande dessinée vraiment réalisée à quatre mains, même si elle raconte uniquement l'histoire personnelle d'un des deux auteurs. Le dessinateur Fred s'est fortement impliqué dans la genèse de l'album puisque c'est lui qui a proposé à Olivier de mettre son texte en images.

J'ai apprécié ce mariage du récit et du texte, mais j'ai été un peu gênée par les deux épisodes dont je vous ai parlés. Je les ai trouvés durs à lire et j'ai eu un peu la désagréable sensation d'être mise en position de voyeuse.
Par contre, j'ai été bluffée, et je pèse mes mots, par la fin de cette bande dessinée. Je me garderai donc bien de vous en parler.

À noter : la bande dessinée a été adaptée tout récemment au théâtre par la Compagnie Transhumance (clic). Un grand défi !

À lire ici une très intéressante analyse du livre et le blog d'Olivier Ka est  (clic).


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