mardi 23 juillet 2013

"On s'embrasse pas ?" de Michel Monnereau


Après quinze années d'errance à travers le monde, Bernard, désenchanté, revient s'échouer dans ce qu'il lui reste de famille.

Quinze ans à bourlinguer aux quatre coins du monde, parce que "plutôt laisser pourrir mes dents en liberté qu'arborer des implants dans un loft avec vues sur congés payés et marché bio" (p. 12). Pour "le plaisir de se retrouver un soir dans une ville inconnue, sans autre projet que l'heure à venir, sans autre toit que les étoiles et sans argent d'avance tandis que les hommes rentrent chez eux continuer leur histoire sans surprise." (p. 33) Mais quinze ans sans quasiment jamais donner de nouvelles à ses parents et à sa sœur... sa dernière carte postale remonte à dix ans...
Et puis subitement, après avoir fait le tour de la question, la lassitude et l'envie de revenir sur ses terres... un "impérieux besoin de revenir"...


Alors des gens qu'on retrouve, d'autres qui ne sont plus... 
Un retour surprise qui se révèle douloureux pour la mère...
"M'aimait-elle enfin un peu ou me haïssait-elle d'être venu briser sa gangue de souvenirs, me superposer au disparu qu'elle imaginait ? Sans doute, après l'avoir longtemps espéré, mon retour lui paraissait-il inadmissible ? Étais-je inadmissible ?" (p. 47)
Un retour qui vient bouleverser lentement mais sûrement la petite vie bien tranquille de sa famille. Le vent de nouveauté qu'il souffle sur ceux qu'il retrouve fait tâche dans leur quotidien hermétique à toute fantaisie.


Ce livre est le second roman de l'auteur. Michel Monnereau a tout d'abord travaillé dans la publicité puis a touché à diverses forme d'écriture (journaliste, parolier, etc.). Il a écrit beaucoup de poésie et s'essaye au roman depuis 2006, avec beaucoup de lucidité, d'humour et de causticité.

Je retiendrai beaucoup de belles phrases, de celles qu'on a envie de partager tellement elles disent vrai... et de si jolies images... Lisez-les, elles sont vraiment savoureuses...
Extrait p. 74, la description du beau-frère :
   "Seuls des cernes accusés sous ses petits yeux ronds trahissaient la rudesse de son boulot aussi sûrement que sa feuille de paie. Il mangeait beaucoup et parlait peu, gardant ses mots comme ses habits du dimanche pour les grandes occasions."

Extrait p. 84, lors d'une discussion nocturne entre Bernard et sa mère... 
   "Dehors, rôdait autour de la maison une nuit nue que ne défigurait aucun lampadaire. [...] Je retrouvais avec plaisir la densité des heures nocturnes dont se privent les couche-tôt. Dans ces heures-là, la voix change et révèle l'être secret."

Extrait p. 96 :
"Je savais aujourd'hui qu'on ne s'échappe pas, où qu'on aille, et qu'on regagne un jour son point de départ, des cicatrices à l'âme en plus et la fièvre en moins. Toutes disproportions gardées, on reste soi-même."

Et pour l'humour, je vous laisse juge !

Extrait p. 107, Bernard rend visite à un ancien copain :
   "Grand salon, le confort, quelque chose à lui. Raymond scrutait mon visage dans l'attente d'un signe d'admiration qui ne vint pas.
     - Ma femme.
     Le possessif me fit sursauter. Il avait même une femme à lui, la réussite était totale.
     Je me retournais sur le contraire de ce que j'attendais : une superbe brune souriante s'avançait vers moi en me tendant une main manucurée. Raymond avait gagné à la loterie de la vie. 
[...]
     Son regard, à convertir à la chair un moine sexuellement réfractaire, me fit manquer la réponse."

Un roman à lire avec plaisir si vous le croisez sur votre chemin !



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