jeudi 14 août 2014

"Les carnets de Douglas", un très joli conte pour les grands !


"Il était une fois deux pères, deux mères, un enfant et un arbre"...

Oui, Il était une fois, comme dans un conte... Exactement cela... Un conte pour adultes, que l'on situe dans les années 60 et après, dans une province canadienne, avec un début et une véritable fin, une histoire dans laquelle on suit plusieurs personnages, parallèlement ou successivement. Une histoire que l'on aurait envie de lire à voix haute à quelqu'un pour la partager.

Romain Brady, héritier d'une célèbre dynastie, quitte à dix-huit ans cette vie qui ne lui ressemble pas. De son plein gré et sans aucun regret, il laisse une mère, un père et une sœur qui ne se sont jamais préoccupés de sa présence.
Éléna Tavernier, seize ans, fuit une maison pleine de sang et de fracas pour se réfugier à Rivière-aux-Oies. L'apothicaire du petit village la prend sous son aile, lui transmet l'art de soigner par les plantes.
C'est là, au cœur de la forêt dans laquelle Romain a trouvé refuge et élu domicile, que les deux jeunes gens vont se découvrir et s'aimer. Et qu'Éléna donnera à Romain un nouveau nom, pour sa nouvelle vie. Le nom du plus solide et spectaculaire des arbres : Douglas (c'est un sapin).

Les années passent. Une enfant est née dans les bois. Une famille singulière s'improvise, malgré les ragots qui circulent au village et en dépit des blessures, entre cette petite-fille, un médecin au cœur rafistolé et une institutrice au nom imprononçable.
(résumé librement inspiré de la quatrième de couverture)

C'est écrit tout simplement mais très joliment.
Extrait p. 64 :
 "- Et si tu devenais un ruisseau ?
  - Alors je voudrais que tu aies soif.
  - Et l'air ? Si tu étais l'air ?
  - Mmmmm... je voudrais que tu saches respirer.
  Il était comme ça, Douglas, quand il était l'amoureux d'Éléna. Il lui raccommodait l'âme avec des phrases inattendues, pleines de miel, et elle finissait par oublier une fois pour toutes sa vieille rancune de Saint-Lupien. Il avait cette façon bien à lui, gentille et empressée, de lui faire croire à tout ce en quoi elle voulait croire. Même la nuit, quand la forêt devenait intimidante et se couvrait de noir foncé.
  - Tu es mon gouvernail. Reste avec moi, Bouclette.
  Mon gouvernail, ma boussole, mon paratonnerre. C'était tout lui, ça. N'avoir pas parlé durant vingt ans et connaître soudain un dictionnaire entier de mots d'amour. Enrubanner Éléna de formules remplies à ras bord. La soulever d'une phrase, l'installer au sommet du ravissement et ne rien faire pour qu'elle en redescende. La nommer comme on baptise une terre longuement convoitée, finalement conquise. C'était beaucoup plus fort que lui. Parce qu'elle avait le soleil qui lui éclaboussait la figure. Surtout la nuit."

Les chapitres sont extrêmement courts (2 pages en moyenne), c'est du condensé puisqu'il se passe plein de choses mais l'histoire est construite méticuleusement. On suit la vie des personnages sur plusieurs années et l'on sait exactement ce qu'ils deviennent à la fin grâce à un original "Générique (par ordre d'apparition)".

Bref, tout pour plaire ce petit roman québécois, subtilement dosé en délicatesse, poésie, gravité et légèreté. Absolument charmant et réjouissant !

Née en France en 1954, Christine Eddie a grandi en Acadie avant de se poser au Québec où elle vit depuis plus de trente ans. Elle a d’abord publié des nouvelles et un conte pour enfants. Les carnets de Douglas, paru en 2007, est son premier roman. Parapluies, le second roman de Christine Eddie est paru en 2011. 

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