vendredi 3 octobre 2014

"Wave", survivre à l'inimaginable et raconter l'impossible


"Le matin du 26 décembre 2004, un tsunami frappe l'Océan indien. Sonali Deraniyagala, en vacances au Sri Lanka, son pays natal, en réchappe miraculeusement. Mais, de sa famille, elle est la seule. La vague lui a pris ses parents, son mari et ses deux petits garçons.
Wave raconte l'histoire de ce jour, où elle a tout perdu, et de tous ceux qui ont suivi. Les mois, les années lorsque l'insupportable déchirement du souvenir succède aux premiers moments d'horreur."

Ce témoignage m'a rappelé celui d'Anne-Marie Revol, qui a confié dans Nos étoiles ont filé (clic), un drame un peu similaire. Le décès brutal de ses deux petites filles mortes dans un incendie de maison.
Alors forcément, j'ai fait une comparaison entre mes deux ressentis de lecture...

Je me souviens avoir été bouleversée par le récit criant de douleur d'Anne-Marie Revol et face à celui de Sonali Deraniyagala, je n'ai rien ressenti de tel.
Pourtant, ce qu'elle raconte est aussi terrible (la perte de tous ses enfants), et même plus, si tant est qu'on puisse graduer le degré de souffrance, puisqu'elle a aussi perdu son mari et ses parents en même temps.
Mais voilà, d'un point de vue littéraire, son récit ne m'a pas touchée.
Pourtant, Sonali décrit toutes les phases de deuil qu'elle a chronologiquement traversées, et plutôt bien, depuis de 26 décembre 2004 jusqu'à 2012. Comment elle passe au fil des mois et des années du souvenir impossible et impensable, de l'envie de mourir, de la culpabilisation (elle s'en veut de ne pas avoir cherché ses enfants, persuadée qu'ils étaient morts dès le départ, elle s'en veut de ne pas hurler de douleur, de ne pas se rouler par terre) à la mémoire réchauffante de ce qui fut sa vie d'avant.
Oui, elle décrit parfaitement bien comment elle laisse les souvenirs revenir peu à peu, en allant trouver l'apaisement dans les lieux qui ont porté sa vie de famille heureuse : leur maison de Londres et celle de ses parents à Colombo, au Sri Lanka.

Extrait p. 55 : dans les six premiers mois
   "Je refermai le livre de ma mémoire désespérément. Tout allait me manquer. J'étais terrifiée, tout me terrifiait parce que tout ce que je connaissais appartenait à cette vie-là. J'aurais voulu que ce qui leur faisait plaisir soit détruit. J'étais prise de panique à la vue d'une fleur. Malli l'aurait mise dans mes cheveux. Je ne tolérais plus un carré d'herbe car c'est là que Vik aurait voulu marcher."

Extrait p. 154 : 4 ans après
    "Maman. Parfois, j'ai du mal à croire que j'ai été leur maman. Je me rappelle leur naissance, je me souviens de la façon dont je rassurais Malli quand il sortait la tête de derrière les arbres. [...]
       Je sais que c'était moi, bien sûr, mais cela reste confus, opaque et j'en suis même étonnée. C'est étrange. Pour une simple raison : s'ils sont morts, pourquoi suis-je encore vivante ? Je suis leur mère. Au supplice, torturée, chaque nuit, je rêve qu'ils me reviennent. Je suis aussi mutilée que les premières semaines quand je ne pouvais dormir parce qu'ils n'étaient pas à mes côtés. Mes réactions ne sont pas à la hauteur de l'horreur de leur mort. Rien ne peut l'être. Je m'imagine partir me noyer dans l'immensité de l'océan, à Yala. Cette fois, je le ferai correctement, sans m'accrocher aux branches."

Son récit est rempli d'anecdotes familiales qui lui reviennent, qui la déstabilisent, la font s'effondrer dans un premier temps puis, au fil des années, l'aident à ramener à la vie ceux qu'elle a aimés.
Mais je me suis ennuyée. C'est le mot. J'ai eu hâte de terminer ce livre.
Je ne suis pas arrivée à entrer en communion avec la douleur de cette femme alors que j'avais reçu celle d'Anne-Marie Revol de plein fouet.

Je pense que Sonali Deraniyagala a voulu écrire son histoire de manière plus "détachée", avec le recul des années. Le récit d'Anne-Marie Revol a été écrit moins de temps après le drame, plus sur le vif. Le lecteur est donc poussé plus facilement vers l'empathie.

Au dos du livre, l'éditeur écrit : "La matière de ce livre, c'est la peine impalpable, indescriptible de la narratrice."
Effectivement, il doit être impossible de rendre l'exacte mesure de la dévastation intérieure qui l'a submergée et l'auteure a donc préféré faire une sorte de recueil de ses souvenirs, évoquer la façon dont ils lui sont revenus et le bien-être réparateur qu'elle est parvenue à en tirer en apprenant à les dompter au fil des années, au lieu de s'appesantir sur la douleur immédiate.
Sa façon à elle de parler de sa peine indescriptible, d'une manière subtile, je le reconnais, mais trop monotone pour moi.

Il y a des rencontres littéraires qui ne se font pas parfois.

Ce livre m'a été proposé par Babelio et envoyé par l'éditeur, Kero.


Rendez-vous sur Hellocoton !