vendredi 17 octobre 2014

Le nouveau livre d'Emmanuel Carrère... Youpi !


Quand j'ai appris sur le blog de L'irrégulière qu'Emmanuel Carrère avait publié un nouveau livre, je m'en suis voulue d'avoir zappé l'événement (non, je ne vis pas dans une grotte mais je ne suis pas vraiment l'actualité littéraire).
J'ai fait l'impasse sur Limonov, son ouvrage précédent, a priori peu emballée par le sujet.
Alors cette fois-ci, quand j'ai vu qu'il était question des origines du christianisme, abordées d'un point de vue historique (celui qui est susceptible de m'attirer), il y avait de grandes chances que je sois intéressée.


Je ne me hasarderai pas à vous faire un résumé de ce gros bouquin car L'irrégulière (clic) en parle très bien (moi, elle m'a vraiment donné envie de le lire).
Bien sûr j'ai pris plein de notes tout au long de ma lecture, sur les passages qui me plaisaient, m'interpelaient, mais aussi pour m'y retrouver au fil des pages de ce pavé de 630 pages.

 4 post-it, mon record !

Je n'ai juste pas le courage de tenter la synthèse de la somme d'informations contenues là-dedans, et encore moins celle des pensées d'un auteur qui écrit comme il respire !

Sachez juste que le livre comporte plusieurs parties, dont une première très personnelle sur l'expérience chrétienne d'Emmanuel Carrère qui a été très très croyant à une période de sa vie, durant 3 années, à la limite du fondamentalisme nous dit-il. Messe tous les jours, lecture quotidienne de la Bible, prises de notes et commentaires dans des cahiers, vie quasi ascétique. Quand il fait les choses, il ne fait pas semblant.
C'est la partie que j'ai préférée, parce qu'il parle beaucoup de lui, pendant 150 pages, et qu'il excelle dans l'art de se livrer sans retenue, avec cette grande sincérité, cette autodérision et ce manque d'humilité assumée qui le caractérisent.
J'aime également quand il fait des retours sur ses précédents ouvrages, quand il analyse a posteriori ses humeurs d'avant. Ça me fait comme une impression "d'être dans les coulisses" et je trouve cela passionnant.

Après, on entre dans le vif du sujet, si je puis dire et c'est parti pour pas loin de 500 pages où il faut bien suivre ! 
Le sujet est complexe et l'auteur a travaillé, cela se sent. Il a lu, étudié, les Évangiles (avec une nouvelle approche d'agnostique alors qu'avant, il les avait étudiés d'un point de vu croyant), les exégètes et j'en passe. S'est focalisé sur la vie de Paul (sans qui tout le monde aurait certainement oublié le Juif rustique et obscur qu'était Jésus (dit-il p.364) et de Luc, et en a restitué un ensemble incroyablement vivant, mêlant fait avérés et suppositions mais en prenant soin, toujours, de signaler au lecteur quand supposition il y a.
Emmanuel Carrère enquête, s'interroge, pense, émet des hypothèses et ne nous épargne rien de sa démarche intellectuelle.
Il part du principe que pour étudier les sources du christianisme, tout le monde utilise les mêmes textes, qui sont connus et limités (des témoins les plus directs aux moins indirects) et que lui aussi, en fournissant le travail conséquent, est en droit se lancer à y aller de sa petite hypothèse.
Autant vous dire qu'à la base, je n'ai aucune culture chrétienne. Je ne suis jamais allée au catéchisme, jamais allée à la messe non plus. Mes quelques connaissances sur le sujet, je les ai acquises par moi-même, par envie. Je me souviens également avoir suivi un cours sur l'histoire du christianisme (ou de la Bible ?) lors de ma première année d'études d'histoire.
J'ai donc abordé ce livre avec un esprit très curieux et ma curiosité a été largement satisfaite.
J'ai été captivée. Notamment quand l'auteur nous fait des petits cours sur les aspects sociaux et religieux de l'Empire romain à cette époque du premier siècle après JC.

Je ne vous cache pas néanmoins que j'ai un peu peiné sur la fin. C'est long (à la limite d'un travail de thèse ?) et certainement un peu brouillon par endroits, comme j'ai pu le lire deci delà. Oui, on peut se mélanger facilement les pinceaux entre les apôtres, les évangélistes, et tous les nombreux personnages cités, ce qu'ont pu faire les uns et les autres, sans parler des théories de tel ou tel auteur sur le sujet. Et ceci d'autant plus que l'on n'est pas familier avec la thématique chrétienne.
Ça demande de la concentration (faut pas louper un épisode) mais comme le style n'est pas érudit, avec quelques efforts, on met les pieds dans l'époque et on est embarqué !
J'ai volontairement pris le parti de limiter ma prise de notes car mon objectif n'était pas de faire un commentaire ordonné de ce livre. Non, je voulais avant tout rester concentrée sur le plaisir que je prenais à ressentir l'écriture d'Emmanuel Carrère. Plus que le fond, sur lequel je suis très mal placée pour donner mon avis, c'est ce qui a primé pour moi.
Quand je lis Emmanuel Carrère, j'ai une légère tendance à jubiler. C'est ainsi.
Il a l'art de rendre n'importe quel sujet intéressant à mes yeux (d'ailleurs, il va bien falloir que je lise Limonov...) grâce à cette manière inégalable de s'impliquer dans son sujet, de faire partager au lecteur le cheminement de ses pensées.

J'ai beaucoup aimé Le Royaume car c'est un livre d'Emmanuel Carrère et que c'est bon de lire un livre d'Emmanuel Carrère. Un point c'est tout et c'est un argument suffisant pour moi.

Je ne le conseillerais pas à tout le monde pour autant. Il est indispensable d'être intéressé par le sujet et d'avoir déjà goûté, et apprécié, le style très personnel de l'auteur, sous peine d'être désarçonné.
Si vous n'adhérez pas, passez votre chemin !


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