lundi 6 septembre 2010

Les autres

Quand on lit beaucoup, comme moi depuis quelques semaines (j'ai du retard à rattraper), il arrive que notre enthousiasme se retrouve un peu nuancé par certains ouvrages. 
J'ai eu un peu de mal à lire Les autres d'Alice Ferney, et c'est pour cette raison que je voulais vous en parler.




J'avoue que je suis allée jusqu'au bout des 373 pages du livre de poche, en partie parce que je l'avais acheté. L'aurais-je emprunté à la bibliothèque, je crois que je me serais arrêtée avant.

Pourtant, la trame de base m'a bien accrochée, et c'est d'ailleurs elle qui m'a donnée l'impulsion d'achat pour ce livre.
Une famille se trouve réunit lors d'une soirée d'anniversaire. Un jeu de société est offert en cadeau à l'un des deux fils : des questions-réponses personnelles qui vont permettre aux différents protagonistes de découvrir des facettes jusqu'alors inconnues de leur personnalité et "des secrets de famille jusqu'ici soigneusement occultés par la honte, la déception ou la souffrance."

Je ne m'attarderai pas sur le fond, dont le thème principal est l'interrogation sur la perception que les autres se font de nous, à travers nos comportements et nos mots. Cette perception est-elle identique à l'image que nous croyons envoyer aux autres ?
Ce livre fait la part belle aux personnages, dont chaque caractère est scrupuleusement analysé.
Je préfère vous parler de la forme, originale mais parfois laborieuse.


J'ai tout d'abord été surprise par la structure du livre. Celui-ci est découpé en 3 parties, qui racontent toutes la même histoire en se complétant ou se chevauchant,  mais avec une forme différente.
La première, Les choses pensées, présente à la suite les unes des autres les pensées de chacun des personnages, plus ou moins chronologiquement selon le déroulement de la soirée d'anniversaire. Nous sommes dans la tête des personnages.
La deuxième, Les choses dites, est uniquement constituée des dialogues entre les personnages, à la manière d'un texte de théâtre.
La troisième, Les choses rapportées, expose enfin l'histoire d'un point de vu extérieur, comme il est coutume dans la plupart des romans.

Un exemple d'une même situation - pendant la phase d'explication des règles du jeu de société -, vue sous les trois angles différents, pour le personnage de Fleur :
Une de ses pensées, dans la première partie : "J'ai aussitôt pensé : Mais je ne veux pas jouer à ça ! Vous êtes fous ! C'est vraiment un truc à semer la zizanie entre des amis ! J'ai répété l'avertissement : Personnes susceptibles s'abstenir. C'est pourtant explicite ! Ils se croient capables de tout dire et de tout entendre.[...] Je ne déposerai pas un mot dans ce piège. Je resterai silencieuse."
Sa réplique au sein d'un long dialogue, dans la deuxième partie, : "- Je ne comprends déjà plus rien ! gémit Fleur."
Ce qui a été exposé dans la narration de la troisième partie : "Fleur passa dans sa chevelure ses doigts écartés et sembla s'ébrouer sous le regard de son amant : la jolie fiancée ne voulait pas jouer à ce jeu.[...] Mais elle sourit à Théo et n'osa pas formule son refus, faisant mine de ne rien comprendre à ce qu'on attendrait d'elle.[...] Elle dit : Je ne comprends déjà plus rien ! Et cela signifiait qu'elle avait au contraire très bien deviné : Nous allons nous dire des vacheries,[...]"

La première partie est assez plaisante à lire et l'originalité de sa forme y est pour beaucoup. Les dialogues de la seconde s'enchaînent également bien, permettant ainsi de mieux comprendre certains points abordés dans la première (c'est le principe de cette structure). Quant à la troisième partie, elle apporte le ciment de la narration qui relit l'enchaînement des dialogues et des événements de la soirée entre eux, mais je suis de l'avis de plusieurs critiques que j'ai pu lire sur le net : elle est trop longue et il y a beaucoup de redites. De là mon envie d'arrêter ma lecture avant la fin.

Quant à l'écriture d'Alice Ferney, elle est assez aisée à saisir, à part certaines phrases un peu alambiquées, lourdes à lire, et dont certaines m'ont semblé incompréhensible et à la limite du bon français. Aurais-je été abrutie par la lecture unique de Téléstar ces dernières années ??? Peut-être ne suis-je pas une lectrice assez intellectuelle ?
Un exemple : "Sommes-nous seulement ce que les autres font de nous en étant avec nous ce qu'ils sont que nous faisons d'eux?"

J'ai trouvé dans ce livre beaucoup de réflexions à teneur philosophique, m'obligeant à lire avec grande attention et grande réflexion, ce qui est loin d'être un mal. Je vous livre certaines phrases que j'ai trouvées très vraies. 
"Et moi comment tu me trouves ? veut dire : Dis-moi que tu me trouves bien. Mais oui, il ne faut pas en douter, nos questions ne sont que des espoirs de réponses. Nos questions sont nos désirs."
"D'ordinaire on se connaît d'abord et surtout du dedans. On ne saurait jamais se voir d'où les autres nous regardent. J'observe Niels qui palabre et agite ses bras, lui ne se voit pas. S'il veut se voir, il se regarde et donc s'interrompt. Même dans les miroirs, si nous voulons nous y surprendre, nous nous contemplons en train de nous contempler, ce qui n'est pas vivre."

Au cours de cette lecture, j'ai été frappée par l'impression de me trouver au centre d'une pièce de théâtre, même en faisant abstraction de la deuxième partie uniquement "parlée". La règle des trois unités est respectée : la soirée d'anniversaire, pour le temps, le salon de la maison de famille, pour le lieu, et le jeu de société pour l'action.
Un bon metteur en scène pourrait en faire une très bonne adaptation, c'est à n'en pas douter. 

Pour conclure, malgré les longueurs, ce livre vaut la lecture, rien que pour l'originalité de sa structure.

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