lundi 26 novembre 2012

"Tu ne jugeras point", mais un bon polar belge tu liras !

Sans le faire exprès, j'ai lu un polar belge, et c'était très bien.


En flânant dans les rayonnages de ma médiathèque, je suis tombée sur ce Tu ne jugeras point d'Armel Job.
Un rapide coup d'œil au dos de la couverture et j'apprends qu'il est sujet d'une disparition d'enfant dans son landau, d'une enquête, et d'une mère que le juge semble de plus en plus soupçonner, la procédure avançant.
Croyez-moi ou pas, je n'ai pas eu conscience d'emprunter un roman policier sur le coup.
Peut-être la faute au petit commentaire dessous le résumé : "le portrait d'un personnage fascinant, ce moment mystérieux où se jouent l'innocence et la culpabilité."
Je m'attendais donc à lire une sorte de portrait de femme.
Loupé !
C'est une enquête policière, en bonne et due forme, avec des rebondissements à chaque fin de chapitre.

Le récit n'est pas centré sur la mère, bien que ce soit l'un des personnages principaux, évidemment, mais présente une galerie de protagonistes mêlés à l'affaire.
Et j'ai eu la joie de me laisser prendre à l'histoire de la même manière que quand j'étais adolescente et que je dévorais les Agatha Christie.
Oui, c'est exactement ce à quoi j'ai pensé. C'est aussi bien qu'un bon Hercule Poirot !
À la différence que l'on n'est pas amené à soupçonner successivement les uns et les autres.  Ce n'est pas le cas ici. Le suspens ne réside pas là et on comprend vite que, malgré le contexte ambiant d'affolement médiatique (un enfant qui disparaît, encore une affaire de pédophile !), il y a une histoire de famille qui se cache là-dessous.
On sent que beaucoup de gens mentent, les témoins, la famille et on a envie de savoir pourquoi !
Les inspecteurs Harzee et Viruik mènent l'enquête, chapeautés par le solitaire juge Conrad, qui doit gérer en même temps que cette lourde affaire de disparition, la fin de vie de sa mère.
Tous trois sentent bien que la mère, Denise, est une femme pleine de contradictions. Son témoignage semble bourré de contradictions mais elle a réponse à tout.

Extrait p. 147 :
   "Dommage que Harzee n'ait pas été là ! Il aurait constaté comment, en deux temps trois mouvements, elle venait de réduire à néant ses objections. La cagoule devenue la cagoule d'Antoine retombait sur le trottoir avec une absolue évidence. Les témoignages d'Angela et de Virginie se rejoignaient en un accord parfait. Et, comme à chaque occasion où le juge l'avait confrontée à une contradiction, elle le considérait de l'air humble d'un élève qui attend pour voir si sa réponse satisfait l'examinateur, s'il ne s'est pas trompé de chapitre, s'il ne faut pas en chercher une autre."

Si j'avais connu l'auteur avant, cet Armel Job, qui n'est pas une femme mais un homme, écrivain belge de langue française, j'aurais su qu'il n'en était pas à sa première intrigue policière.
Fait intéressant, cet homme, spécialiste de la religion catholique, a enseigné pendant 23 ans le latin et le grec au séminaire de Bastogne (Belgique), dont il est devenu directeur en 1993.

Le style n'a rien de particulièrement remarquable mais c'est tout de même bien écrit. Sujet, verbe, complément. Simple et efficace. Point.
De toutes manières, ce que je demande à un roman policier, par-dessus tout, c'est de me tenir en haleine, et de ce côté-là, le contrat est réussi. Zéro temps mort, je ne me suis jamais ennuyée !
Un petit coup de moins bien sur la fin, car une petite phrase une trentaine de pages avant la fin m'a mis la puce à l'oreille et m'a fait deviner en partie ce qui était arrivé à ce pauvre petit bonhomme.
Petite déception contrebalancée par le dernier petit chapitre, très finement écrit, même si, encore une fois, "on s'en doutait un peu".

Ce livre a reçu le Prix Simenon 2010.


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