samedi 2 octobre 2010

'La cabane', arnaque éditoriale

Par où commencer pour vous expliquer ma grande déception à la lecture du livre La cabane de W. Paul Young... et déception n'est pas un moindre terme.

Appréciez la force "raccoleuse" du sous-titre et celle du bandeau rouge (ça porte ce nom ?).
Dis comme ça, ce livre semble vraiment être LE livre à lire absolument,
sous peine de louper LA révélation de sa vie.
J'avoue que je me suis faite attrapée !



Posons tout d'abord le sujet.
Quatre ans après le meurtre de sa fille cadette par un tueur en série, Mack se trouve invité par un mystérieux mot, signé semble-t-il de la main de Dieu, à se rendre sur les lieux du crime, la fameuse cabane.
Et alors là... mesdames, messieurs... je ne devrais pas vous dire ce qu'il y trouve, pour préserver le suspens, mais je le fais quand même car avec tout le bien que je vais vous en dire ensuite, ça m'étonnerait que vous vous précipitiez pour acheter ce livre !
Se trouvent donc dans cette cabane, ni plus ni moins que Dieu, Jésus et le Saint Esprit personnifiés !
Et tout le livre se résume donc à une suite d'échanges, de dialogues entre Mack et cette trinité.



Je savais, à peu près, où je mettais les pieds en achetant ce livre. Je m'attendais à lire un roman emprunt de spiritualité. Certes, cela me change de mes habituelles lectures et j'ai beau être une fille sacrément matérialiste, un peu de réflexion sur le monde, sur pourquoi et comment Dieu ne me déplait pas de temps en temps.
Sauf que là... c'est l'arnaque sur toute la ligne !
Je n'ai pas pour habitude de dézinguer à tout va mais cette fois-ci... Grrrrr !

J'en veux surtout à l'éditeur - Guy Trédaniel, spécialisé en "bien-être", ésotérisme et spiritualité -, qui nous alpague à grands coups de mensonges laissant entrevoir une lecture révélatrice, avec un grand R et qui nous vend son livre en le prétendant "novateur et libérateur".
Je cite pour exemple la quatrième de couverture : "Dans ce monde où règnent d'indicibles souffrances, où donc est Dieu ? Les réponses qui seront données à Mack vous ébahiront et... de la douleur, vous passerez à un fantastique message d'espoir".
Je cite également : "D’un excellent polar on glisse à un captivant récit : l’itinéraire merveilleux et fascinant de Mack. Le lecteur s’identifie totalement à ce personnage en quête de sa vérité, humaine et spirituelle, qui est aussi la nôtre. Parfois cocasses, toujours surprenantes, souvent inattendues, ses rencontres nous conduisent à une révélation éblouissante : chacun a sa « cabane » où il peut se trouver et comprendre l’incompréhensible.
La Cabane de W. Paul Young : un livre qui, mieux qu’aucun autre, apporte des réponses à nos questions les plus intimes, nous aide à surmonter nos peines les plus secrètes. Un récit à la lecture aisée et agréable, haletant jusqu’au dénouement. Chaque lecteur en ressort plus fort, mieux armé pour affronter ce monde hostile, décidé à vivre et à aimer pleinement." (sur La Cabane - Le livre, le site de l'éditeur consacré au livre)


J'ai tout d'abord été surprise et gênée dès le début de la lecture par les "Dieu" à toutes les pages.
J'ai cherché le polar et le "captivant récit". En vain. Il n'y a aucun suspens et le récit est plat, plat, plat. Et pourtant, c'est bien écrit, bien que ce ne soit pas de la grande littérature, comme j'ai pu le lire ici et . C'est d'ailleurs un des deux seuls points positifs que je trouve à ce livre. J'ai même trouvé de très belles phrases imagées dans la première partie, relatant l'avant-cabane. Comme quoi, bien écrire ne suffit pas à produire un récit passionnant.
Quant à l'essentiel du livre, les dialogues entre Mack et les triplettes divines (pardonnez-moi, je suis une vilaine mécréante)... que du déjà entendu, du bon sens et des poncifs, mais certainement pas "une révélation éblouissante". Autant j'avais apprécié les belles phrases descriptives de la première partie du livre autant là, la lecture était rébarbative, certainement pas "agréable", très laborieuse parfois tellement elle m'a demandé d'efforts de concentration pour essayer de suivre le cheminement de certaines idées développées et même d'en comprendre le sens parfois. Cette lecture n'est certainement pas "haletante" comme le prétend l'éditeur. Au secours ! quand j'entends parler de polar ou thriller spirituel !
Et quand je lis ici que ce livre permet de répondre "avec clarté et simplicité à cette vieille question : Si Dieu est tout-puissant et plein d'amour pourquoi y a-t-il tant de souffrance, de douleur et de mal sur la Terre ? "... hum, hum, ça va les chevilles ?!
Et le clou du spectacle, si je puis dire, c'est la fin. Je devrais d'ailleurs dire la "non fin" puisque le récit s'arrête brusquement d'une manière que je n'avais encore jamais vue. Un roman sans fin, ce n'est pas un roman. Désolée.

On peut penser que le récit est basé sur une histoire vécue - oui, ça existe vraiment les personnes qui ont des "illuminations" et qui rencontrent Dieu - quand on lit l'avant-propos et finalement, tout à la fin, "la genèse du récit", partie que j'ai trouvée personnellement la plus intéressante du livre, nous apprend que l'auteur a inventé l'histoire de toutes pièces, en se basant tout de même sur ses propres "échanges" avec Dieu, dans le but premier d'expliquer à ses enfants pourquoi la souffrance, pourquoi l'injustice et où se trouve Dieu dans tout ça. 
A sa grande surprise, cette histoire, dont aucun éditeur ne voulait au départ, a commencé à circuler par le bouche-à-oreille et conquérir toujours de plus en plus de coeurs. Le fait est que maintenant, W. Paul Young croit dur comme fer à la puissance de l'impact universel de son livre. Cet homme est vraiment "inspiré", sans aucun doute mais une fois encore, je suis gênée par certaines phrases ou déclarations trop grandioses, comme on en trouve à la toute fin du du livre :
L'auteur s'adresse aux lecteurs : "Le processus de guérison qu'il [le livre] a engendré ne saurait être que l'oeuvre d'un Être plus grand que nous tous - pour Sa plus grande gloire.
La troisième partie [de l'histoire de la genèse de ce livre] vous concerne donc beaucoup plus qu'elle ne nous concerne. Nous ignorons jusqu'où elle ira et nous nous contentons de la regarder se déployer en poursuivant le plus merveilleux périple de notre vie."

On peut comprendre que ce livre soit un best-seller aux États-Unis. Selon une journaliste britannique, son succès tient « à  l’appétit sans limite des Américains pour l’auto-édification spirituelle : plus c’est horriblement sucré, mieux c’est ». Il semble répondre à un nouveau besoin de spiritualité sans Église, libérée de toute orthodoxie.
En tous cas, la mayonnaise ne prend pas en France. Je serais tout de même curieuse d'avoir l'avis de personnes qui ont aimé ce livre et qui y ont trouvé tout ce qui est promis.
Je suis quasiment persuadée qu'il faut être très croyant pour pouvoir l'apprécier, même si l'auteur s'en défend en arguant que son récit peut toucher n'importe-quelle personne en quête d'explications ou d'aide spirituelles face aux épreuves que la vie peut nous infliger. J'attends qu'on me montre le contraire.
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