mardi 8 novembre 2011

Leurs étoiles ont filé



Elle m'a donné envie de le lire, et c'est ce que j'ai fait.
Je savais que j'allais l'aimer, puisque j'avais déjà été bouleversée par D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère, où il est également question de la mort et d'enfants.

Je n'ai pas été déçue par mes attentes.

Anne-Marie Revol, journaliste à France 2, et Luc son mari ont confié leurs deux petites filles, Pénélope et Paloma aux parents de celle-ci, tandis qu'ils profitaient d'une semaine en amoureux en Grèce. A leur retour, le matin où Anne-Marie devait prendre le train pour aller récupérer ses petites beautés, un coup de téléphone d'un médecin de l'hôpital leur apprend que toutes deux sont décédées dans l'incendie qui a ravagé leur chambre chez leurs grands-parents.
Ce livre renferme toutes les lettres qu'Anne-Marie a écrites au jour le jour à ses filles (les textes en italique qui viennent plus bas dans mon post en sont des extraits), une façon de continuer à les faire exister. Elle leur raconte ses journées sans elles, le manque incommensurable mais aussi toutes ces petites lueurs qui sont autant de signes que la vie, malgré tout, doit continuer, et continue.

Certaines personnes ne pourront pas lire ce genre de récit, trop douloureux. Comment ne pas s'identifier à cette mère qui perd tout ce qu'elle a de plus cher au monde du jour au lendemain, quand on est soi-même maman ?
C'est impossible, bien sûr.

La peur de trop souffrir en lisant des livres mettant en scène ce qu'il y a de plus horrible pour des parents, vient aussi parce que nous ne pouvons nous empêcher d'être superstitieux.
A la limite de penser que c'est aller tenter le diable que de côtoyer le malheur des autres.

Mon esprit a donc parfois été traversé par l'idée que je devais être complètement maso pour lire ce genre de chose, à pleurer comme une madeleine dans mon lit pendant que mon cher et tendre s'endort de son côté, complètement hermétique à ce que je suis en train de vivre.
Je n'ai pas forcément bien choisi aussi le moment pour cette lecture. Je ne vous raconte même pas les idées noires qui m'ont traversée, les trucs cons auxquels j'ai pensés, quand j'ai emmené mes enfants chez mes parents pour quelques jours durant ces petites vacances de Toussaint... C'est tout dans la tête.

Mardi 25 août
Mes grands mystères,
Questions à la con, auxquelles je n'aurai jamais de réponse mais... que je ne peux m'empêcher de me poser régulièrement :
- Souffre-t-on moins quand on perd son enfant petit ou grand ?
- Vaut-il mieux perdre tous ses enfants ou que certains seulement survivent ?
- Est-il plus supportable d'affronter la mort ou la maladie de son enfant ?
- Aurais-je préféré vous garder vivantes mais défigurées à vie ou mortes et intactes ?

Oui, beaucoup de larmes ont roulé sur mes joues, un trop plein d'émotions qui déboulaient sans prévenir au détour de certaines phrases.
Mais je n'ai pas eu peur de me confronter à ce drame qui est arrivé à une autre, parce que tout ce qu'elle a écrit ne peut qu'être bénéfique. Tout comme elle-même a ressentie un grand soulagement en lisant le témoignage de Jean-Louis Fournier, Où on va, papa ? Deux témoignages puissants qui font partie des livres qui aident à vivre, j'en suis persuadée.
Ça peut paraître prétentieux de ma part de dire cela, moi qui ai juste ici été bien épargnée par les douleurs de la vie mais depuis que je suis mère, je me rends compte que je vois la vie différemment. Je ne peux m'empêcher d'imaginer, de temps en temps, des situations catastrophiques, et j'ai la certitude que je pourrais mourir dans l'instant si la vie de mes enfants en dépendaient. Inversement, si c'était l'un deux qui devait partir, je me demande comment j'arriverais à surmonter ce terrible malheur. Le témoignage d'Anne-Marie Revol nous prouve que c'est possible, qu'on peut arriver à apprivoiser les douleurs les plus immenses.
Ce genre de récit permet également de remettre les petits malheurs quotidiens qui nous arrivent à leur juste valeur.
Quand j'y pense, j'ai honte de me plaindre et de rabrouer quotidiennement mes gamins pour un oui, pour un non, parce qu'ils ne m'obéissent pas au doigt et à l'oeil, de faire un drame pour quelques poux qui se sont invités dans leur chevelure...

Vendredi 14 août

Mes marchandes de sable,

Avec Papa, nous pensons qu'on ne dit jamais trop "Je t'aime" à ses enfants. Jamais.  Dire "Je t'aime" à ses enfants, c'est comme... mettre de l'engrais à un Yucca : ça rend plus fort ! Je crois pouvoir affirmé ce soir, que pas une nuit je n'ai manqué, lorsque nous dormions sous le même toit, de venir vous chuchoter à l'oreille : "Je t'aime, mon bébé... Je t'aime !". Je voulais être bien certaine que vous sachiez combien nous vous chérissions. Nous voulions faire de vous des petites filles équilibrées parce que confiantes de l'amour que leur vouaient leur papa et leur maman. Comment se fait-il que vous soyez mortes toutes seules ? Terrifiées. Abandonnées. Désespérées. Doutant peut-être au moment de vous envoler de l'incommensurable amour que nous vous portions ? Vous étiez tout pour nous, vous savez. Tout. J'ai lamentablement foiré.

Bref, ça fait du bien, même si ça fait un peu mal sur le coup, de lire ce livre !



Un témoignage puissant et sincère,
un livre lumineux et plein de vie,
où l'on trouve de très vraies et très belles pages


Mardi 17 février

Mes raretés,
C'est étrange... Dans le vocabulaire courant, quand on perd son père, sa mère ou ses deux parents,  on dit qu'on est "orphelin". Quand on perd sa femme, on dit qu'on est  " veuf". Ou "veuve", quand c'est son époux. En revanche, quand on perd ses enfants, on ne dit rien. Il n'y a pas de mot pour désigner cet état. Est-ce si épouvantable pour que cela soit innommable ?


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Edit du 09/11/11

Anne-Laure T l'a lu également et en a parlé ici.
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