mercredi 18 avril 2012

Mourir, partir, revenir, c'est le jeu des hirondelles...



Zeina Abirached est une jeune dessinatrice graphiste libanaise.
Son œuvre est douceur et nostalgie de son enfance, dans un pays en temps de guerre.



Née à Beyrouth en 1981, elle est venue poursuivre ses études en France il y a quelques années, à l'École nationale des arts décoratifs de Paris.
Dès sa petite enfance, elle n'a connu que la guerre au Liban, "aux premières loges" durant les bombardements de Beyrouth.

Avec son frère et ses parents, elle habitait 38 rue Youssef Semaani, juste sur la ligne verte, la ligne de démarcation qui séparait la ville en deux. Son monde a longtemps été réduit à une rue ou deux (les rues étaient barrées, et protégées des snippers, par des sacs de sable), resserré à un cercle de voisins. De forts liens de solidarité et de convivialité se sont créés entre les gens.

Elle en parle très bien ICI, dans un reportage à l'occasion du festival d'Angoulême 2010



38, rue Youssef Semaani est un livre-objet qui représente cet immeuble, et ses habitants, que l'on sort de son étui et dont on déplie les étages un par un...


Mourir partir revenir. Le jeu des hirondelles, quant à lui, est un vrai roman graphique.
Cette BD raconte une nuit dans l'entrée de l'appartement 38 rue Youssef Semaani, seul endroit de l'immeuble relativement à l'abri des tirs d'obus, où tous les habitants se regroupent en cas de danger. L'attente, de la fin des tirs et du retour des parents de Zeina, bloqués quelques rues plus loin est l'occasion de présenter chacun des voisins présents.
Une galerie de portraits truculents et de vies attachantes...




Dans Je me souviens (un livre plus petit), Zeina Abirached se remémore certains moments marquants de son enfance et de son adolescence à Beyrouth...



Tout n'est que douceur et douce nostalgie, autant dans les dessins que dans les textes.
Le noir et blanc et la rondeur des traits, les origines de l'auteur et le caractère autobiographique de l'œuvre font inévitablement penser à Marjane Satrapi. Et c'est d'ailleurs ce pourquoi j'ai été attirée par le travail de Zeina Abirached.
Mais c'est le seul point commun entre les deux.
Et il vaut mieux éviter de comparer le travail des deux femmes, car même si le but est peut-être le même (dénoncer la guerre, dénoncer un régime intégriste), les moyens sont différents et à ce jeu, la plus jeune risque de ne pas sortir gagnante.

Les BD de Marjane sont beaucoup plus "politiques", plus percutantes, plus denses en informations.
Chez Zeina, tout est plus tranquille. Tout est centré sur le cocon familial agrandi (par les voisins) dans l'immeuble de son enfance, une bulle protectrice opposée au monde extérieur hostile où la guerre fait rage.

Zeina Abirached mise plus sur le graphisme. Son style se rapproche d'ailleurs de la calligraphie. Elle aime truffer ses représentations intérieures de petits détails (cf les vêtements) alors que les extérieurs (=la guerre) sont plus vagues. Un signe qui montre l'importance qu'elle accorde à son petit univers sécurisant, isolé de la dure réalité.


Rien ne semble grave, raconté par Zeina Abirached, et pourtant... lors de cette terrible nuit de bombardements, la famille de Zeina doit fuir.
Elle aura tenu coûte que coûte, dans son immeuble, dans son appartement, où, comme dit la grand-mère de Zeina, filmée lors de ce reportage télé pour Antenne 2 dans les rues de Beyrouth en 1984, "on est quand même, peut-être, plus ou moins, en sécurité, ici."

Cette petite phrase veut tout dire. Pourquoi les gens, malgré le danger, sont restés. Attachés à leur maison, attachés à ce qui était devenu la normalité de leur quotidien, coûte que coûte...

Contraints d'abandonner leur appartement
sur lequel une bombe est tombée...

MOURIR PARTIR REVENIR
C'EST LE JEU DES HIRONDELLES




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