vendredi 2 novembre 2012

Deux sœurs, deux destins romanesques en BD


Leela Corman est une dessinatrice américaine de 36 ans, illustratrice de presse mais aussi, détail non négligeable pour le coup, professeur de danses orientales.
Dessous est sa première bande-dessinée éditée. Elle nous plonge dans un quartier d'immigrés juifs du New-York du début du XXème siècle, dans les pas de deux sœurs jumelles.
Le destin de deux femmes qui vont avoir des trajectoires différentes mais qui vont toutes deux s'affirmer en tant que femmes libres et indépendantes.

De temps en temps, quand j'y pense, je vais jeter un œil aux conseils BD vidéos de Pénélope Bagieu. Bien m'en a pris cette fois-ci puisque j'ai découvert ce bel ouvrage.
Bel ouvrage, à la splendide couverture, et belle histoire, très touchante.


Voici ce que nous dit le résumé au dos de la couverture :
"Dessous décrit la vie tumultueuse de deux sœurs jumelles, Esther et Fanya, issues de la communauté juive du Lower East Side new-yorkais du début du XXème siècle. Leur mère tient un atelier de confection et trompe sans vergogne son mari, un homme effacé. Peu enclines à reprendre le commerce maternel, les deux sœurs s'éloignent du giron familial dès l'adolescence. Fanya est embauchée par une sage-femme avorteuse qui fera son éducation scolaire et politique. Esther, fascinée par les danseuses d'un théâtre burlesque local, prend des cours de danse tout en travaillant comme bonne à tout faire dans la maison close attenante au théâtre. Les chemins des deux sœurs, pourtant très liées l'un à l'autre, vont progressivement diverger."

Elles vont s'éloigner l'une de l'autre, pour finir par se retrouver à la fin, mais l'une s'en sortira mieux que l'autre.



Un récit tour à tour drôle ou triste, qui ne peut laisser indifférente, dans une réalité quotidienne assez dure avec en trame de fond l'émancipation de la femme.
Une peinture, une photographie de ce coin de New-York défavorisé, au début du siècle dernier, et, à l'intérieur de l'histoire, un flashback sur l'histoire du père des jumelles, avant qu'il n'émigre aux États-Unis, qui offre au lecteur une étonnante lumière sur ce personnage complètement effacé dans le récit jusqu'alors.

Graphiquement, j'ai beaucoup aimé les traits des corps gracieux et le style un peu Art déco, bien que certaines planches soient nettement plus esthétiques que les autres. Les visages (yeux, bouches, nez) sont souvent hypertrophiés mais c'est un style très expressif qui me plaît.
Par contre, j'ai toujours un peu de mal avec ces vilains nez dont les Juifs sont systématiquement affublés. Est-ce une réalité à ce point ? J'ai du mal à le croire.
Même si cela n'enlève rien à la beauté des personnages, notamment Esther, qui deviendra une danseuse et comédienne enviée et courtisée, c'est une exagération du trait que je trouve stigmatisante et qui m'a gênée.


Mis à part ce détail, comme le dit Pénélope Bagieu dans sa chronique, et bien que la BD soit longue, une fois arrivé à la fin, on est trop triste de quitter ces deux personnages forts que l'on a connus enfants.
Tout comme j'aurais aimé que Persepolis de Marjane Satrapi dure encore plus longtemps, j'aurais aimé ici aussi en avoir encore plus !
Je sais que c'est une bande-dessinée que je relirai avec grand plaisir.



Pour en savoir plus :
Une critique très réfléchie de l'ouvrage, ici
La chronique de Pénélope, très bien faite, ici
La présentation du livre sur le site de l'éditeur "çà et là", ici
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