mercredi 31 octobre 2012

Ross Macdonald, une valeur sûre du polar américain

C'est l'histoire d'une fille, qui, il faut bien le dire, s'oblige un peu à lire des romans policiers, parce que ce n'est pas du tout (mais vraiment pas du tout) son genre de prédilection, et qu'elle s'est engagée dans un challenge littéraire...
Et comme la fille est très sensible aux belles couvertures graphiques, elle s'est laissée tenter par un petit polar américain, d'un certain Ross Macdonald, inconnu à son bataillon, dans lequel elle s'est jetée tête baissée, sans rien savoir de plus (détail important)...


Elle a donc commencé à lire Noyade en eau douce et a eu la grande surprise d'être happée direct par l'histoire.
C'est bien écrit, de bons dialogues, que demande le peuple !

Mais, au bout de plusieurs dizaines de pages, elle s'est un peu étonnée de voir des dates avoisinant les 1936, ou bien 1942...
Interrogation... mais en quelle année se déroule l'action ???

Un peu interloquée, la fille était tellement dans l'histoire, qu'elle a continué à suivre l'enquête du détective Lew Archer en Californie, en mettant de côté cette histoire de dates.
Arrête de te poser des questions Céline, et contente-toi d'apprécier ce que tu lis !

Mais vous pensez bien que quand la fille, que vous commencez à connaître, et qui a pour habitude de chercher des réponses à tout ce qui l'intrigue, a de nouveau croisé une date préhistorique, elle a tout de même fini par percuter et par se dire qu'il fallait vraiment qu'elle vérifie quand ce polar avait été écrit.

Pas bien compliqué, il suffisait de lire l'avant-propos de l'éditeur...
1950...

Non, pas possible !
Un des seuls romans policiers qui trouvent grâce à mes yeux est une antiquité (presque) !

Je n'en suis pas revenue sur le coup. Franchement, j'ai eu un choc.
D'où l'intérêt parfois de se lancer à l'aveugle dans un livre, vierge de toute information le concernant lui ou son auteur. Cela permet d'être entièrement focalisé sur l'écriture elle-même, et rien que l'écriture, et d'apprécier ainsi toutes ses qualités.
Si j'avais su dès le départ que ce polar avait été écrit il y a plusieurs décennies, je pense que je n'aurais pas été charmée de la sorte par son intemporalité.

Alors peut-être que ma culture littéraire est limitée (certainement) mais honnêtement, jamais je n'aurais pu penser que ce que je lisais avait plus d'un demi-siècle d'âge... Ça sonne tellement actuel !

L'enquête policière en elle-même, qui se déroule sur 2 ou 3 jours, est classique et n'a rien de particulièrement extraordinaire (il y a une lettre anonyme, un adultère, une riche mère noyée dans une piscine, un jeune loup que tout accuse, etc.) mais elle ne souffre d'aucun temps mort (vraiment aucun) et, je me répète, c'est fichtrement bien écrit.

Ross Macdonald, Kenneth Millar de son vrai nom, est un des plus grands auteurs américains de romans noirs mais pas le plus connu. Le détective Lew Archer est un personnage récurrent dans ses œuvres, qui a été également incarné deux fois au cinéma par Paul Newman (pour l'adaptation de ce titre notamment). Il avait déjà été traduit en français, mais à chaque fois de manière tronquée et approximative. Sur le site de l'éditeur Gallmeister (jeune maison d'édition spécialisée dans la littérature américaine), on trouve un document, ici, qui donne une idée - édifiante - de la différence de qualité entre les anciennes traductions et la nouvelle. Il aurait d'ailleurs été intéressant d'avoir la version originale pour pouvoir comparer mais bon, j'en demande toujours trop.
Je vous confirme que la totalité de cette nouvelle traduction est tout autant jubilatoire que ce court extrait qui nous est proposé.
Et je suppose qu'à la base, le roman a été particulièrement bien écrit.
Pas évident de savoir ce que l'on doit à l'auteur et ce que l'on doit au traducteur.


À lire :
une biographie détaillée de Ross Macdonald sur le site de Gallmeister (clic)
une présentation des enquêtes de Lew Archer toujours sur le site de Gallmeister (clic)

J'ai lu ce livre dans le cadre du challenge littéraire Le crime n'a pas de frontière, chez Delph.
Toutes les participations sont ici (clic).



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