lundi 25 février 2013

"Une femme sans qualités", de Virginie Mouzat


Virginie Mouzat, journaliste de mode influente, signe en 2009 son premier roman.
L'histoire d'une femme, en mal avec son corps. Une histoire que l'on devine, et qui est, en partie autobiographique. Une de celle qu'on aurait du mal à inventer de toute pièce.
Ce roman sent le vécu.
Cette femme a 30 ans et vient de rencontrer un homme. Pour continuer ou non cette histoire, elle ressent le besoin de lui écrire une longue lettre (c'est le livre que nous lisons), dans laquelle elle se raconte. Après, ce sera à lui de choisir s'il veut rester ou pas.
Elle lui explique tout ce qu'il n'a pas su deviner, tout ce vide qui est en elle depuis tant d'années. Tout ce qu'il n'a pas pu deviner car ce vide, elle le masque habilement sous l'apparence d'une femme belle et sexy, "le genre de fille qu'on voit de loin dans la rue et dont on se dit, c'est une bombe" (p. 9). Depuis toujours, elle joue à être et la carapace de son corps fait barrage à ceux qui tenteraient de l'atteindre.
Personne ne voit sa vraie nature, celle d'une femme sans qualités, ou plutôt, sans les qualités d'une femme...

Le "drame" de cette femme, qui n'en est pas vraiment un pour elle, s'est la stérilité. A 17 ans, n'étant toujours pas formée, elle consulte un médecin qui lui apprend qu'elle ne possède pas d'ovaires.

Une révélation qui confirme ce que la jeune fille ressentait depuis toujours au fond d'elle : elle est différente des autres; elle n'appartient pas au monde des femmes.

Extrait bas de la p. 21 :"Ce n'était pas un choc, c'était la reconnaissance qu'autre chose m'attendait. Je savais que c'était mon heure, mon tour. Je ne comprenais rien, non pardon, j'avais déjà tout compris. Je n'avais qu'une envie, crier à la face de ce médecin sans délicatesse que je le savais déjà, qu'une prescience confuse m'avait déjà avertie de tout ça."
[...] je venais d'apprendre un heureux événement, mon heureux événement, celui qui ouvrait toutes les portes, sans me rendre compte qu'elles étaient désormais de l'autre côté du miroir et que moi je devais emprunter un chemin solitaire, sans ovaires et munie d'un utérus de la taille de celui d'une fillette de douze ans. Ça avait le goût du défi. Quelque chose allait commencer. Et au même moment quelque-chose prenait fin : la possibilité d'être mère moi-même. Jamais ça ne m'arriverait et ç'a été d'emblée un soulagement immense. L'heureux événement, c'est que je pouvais rompre avec la race des femmes, avec les enceintes et les autres, et à travers elles avec la maternité.

Une bonne nouvelle donc ?
Dans le but de lui donner tout de même l'apparence d'une "vraie" femme, un traitement hormonal est mis en place. Et ça marche. La jeune femme acquiert les attributs physique de la féminité.
"C'est alors qu'il fallut que je fasse comme elles et qu'elles sont devenues les autres". (p.18)
Personne ne perçoit sa différence, personne ne sait que son corps ne sert à rien mais elle ressent un sentiment enivrant de tout-puissance (p.23) lié à sa singularité.
"J'avais le sentiment d'abriter un mensonge. Celui qui faisait croire à tout le monde que j'étais comme les autres alors que je savais qu'il n'en était rien. Mon corps faisait de la résistance. J'avais signé un pacte avec lui. Je savais que je ne voulais pas m'affilier à la race des femmes. Je les regardais, je mesurais l'étroitesse de leur condition, alors que la mienne me semblait garantir un destin hors normes. J'écartais les jambes, des hommes venaient en moi, mais je savais que je ne faisais pas comme les autres. Je ne jouissais pas comme elles. Je me réservais, je ne me donnais pas. J'observais ceux qui croyaient me posséder. J'étais libre. En tout cas, je le croyais."(p.32)

Ça a duré des années. Jusqu'à ce qu'elle soit atteinte d'un cancer de l'utérus, vers la trentaine. Une maladie de femme qu'elle ne comprend pas, elle qui n'est pas une femme. Une maladie dont on la guérit mais le mal est fait. Elle perd goût à la vie. Elle veut disparaître. Elle se sent de plus en plus vide et elle est de plus en plus seule.

Une lettre qui se lit d'une traite, sans presque reprendre son souffle.
Un livre plutôt bien écrit avec des belles phrases jetées à droite et à gauche. Quelques-unes plus crues aussi qui  ne m'ont pas paru tellement nécessaires et m'ont semblé plutôt venir salir le beau texte.
Une histoire où se mêlent la rencontre avec le nouvel homme, alors qu'elle ne va pas très bien et ne pense qu'à "se dissoudre" et la quête d'une maison dans une île, un lieu pour être tranquille, pour pouvoir disparaître en paix. Une surprise en cours de lecture quand on apprend l'existence d'un troisième personnage dont on ne soupçonnait pas l'existence avant.

Une jolie lecture, intéressante, mais dont je ne retiendrai pas grand-chose, mise à part toute cette histoire de grand vide ressenti par la narratrice et dont elle nous parle en long, en large et en travers. C'est d'ailleurs le reproche que l'on peut faire à cette histoire : l'auteure/narratrice semble se complaire dans son mal-être, un mal que l'on a d'ailleurs parfois un peu de difficulté à cerner, et ce n'est pas faute d'en entendre parler. Pourquoi en arrive-t-elle à ce point à vouloir se "dissoudre", donc disparaître, alors qu'elle semble satisfaite d'être hors normes, d'être au-dessus des autres (c'est ce qu'elle dit) ? Est-ce tout à mettre sur le dos de ce cancer qui lui est tombé dessus, mais qui a été guéri ?
J'ai attendu en vain des explications claires mais elles ne sont pas venues. Ce n'était peut-être pas le propos me direz-vous.
Et si ce livre n'était finalement, entre les nombreuses lignes de "blabla" plantif, et tout simplement que l'histoire d'une femme, profondément déprimée malgré les apparences, qui reprend peu à peu goût à la vie grâce à une rencontre ?

Pour en savoir un peu plus sur Virginie Mouzat, personnalité intrigante, lire ici un portrait sur liberation.fr

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