vendredi 29 mars 2013

"Ursula", conte d'une fille destroy


Encore une fille mise en scène par Fred Bernard.
Après Lily love Peacock et Cléo, il clôt avec Ursula ce qu'il nomme sa "trilogie du jeu des filles musicales d'aujourd'hui"... et contrairement à ce que la jolie couverture façon gros nounours pourrait le laisser penser, cette histoire-là n'est pas un livre pour les enfants.

Ursula est une jeune femme rousse aux yeux bleus, très séduisante, d'origine polonaise. Elle vivait dans un orphelinat tenu par des bonnes sœurs et a été adoptée à l'âge de huit ans par des viticulteurs bourguignons aisés.



À l'aise avec son corps, le sexe tatouée (impressionnant !), femme libérée, elle n'a pas suivi le chemin tout tracé qui était le sien mais est devenue serveuse strip-teaseuse dans un bar. Elle goûte à l'alcool, à la drogue et mène une vie borderline.


Beaucoup de poésie dans les images et dans les textes, comme on pouvait déjà en trouver dans la série des Jeanne Picquigny dont Lily Love Peacock fait partie. Fred Bernard fait dialoguer des petites bêtes, de la même manière que dans ses précédents albums. C'est son petit délire à lui !


Dans Ursula, d'autres délires, que je n'ai pas forcément compris et qui doivent être très personnels à l'auteur.
L'ensemble est assez surréaliste mais je suis tout de même arrivée à comprendre l'histoire au milieu de tout ça. Ouf !

Et puis, cette Ursula, elle existe vraiment. Fred Bernard l'a rencontrée. D'ailleurs, il se met lui-même en scène dans l'histoire, dans le bar où Ursula travaille et fait son show.


Oui, il paraît que c'est lui, là, avec le pif rouge et la veste verte, qui dialogue avec le fou du roi ! (quand je vous parlais de délires très personnels...)


Dès le départ, on comprend qu'Ursula a été internée dans une maison de repos et on la voit, très à l'aise, raconter son passé à un interlocuteur, dont on ne voit que le stylo en train de griffonner sur un cachier et que l'on devine être son psy en train de prendre des notes.
On la voit aussi parler avec deux chevaliers servants du Moyen-Age, des sortes d'anges gardiens, dont le langage est d'époque, et que l'on imagine tout droit sortis de son imagination.


De même, au cours du récit, un homme habillé en fou du roi (cf au-dessus), mais qui parle le français actuel lui, fait son apparition. Un gars un peu paumé lui aussi, qui tisse une relation purement platonique avec Ursula, et dont la justification de la présence ne m'a pas sauté aux yeux.
Une sorte d'alter ego d'Ursula au masculin, un confident qu'elle s'est inventée ou bien une "vraie" personne ? J'avoue que je ne suis pas arrivée à comprendre et l'épilogue m'a encore plus laissée dubitative...

Les dessins sont tendres et enfantins, même si l'histoire racontée ne peut pas être qualifiée elle de mignonette.
Fred Bernard se fait plaisir à dessiner son Ursula sous toutes les coutures, en petit comme en grand et on sent que cet ouvrage est très personnel, je me répète.
D'où peut-être la difficulté à entrer dans son monde bien particulier... on aime, on aime pas, tout dépend si on est réceptif aux délires et à la poésie de l'auteur.
En ce qui me concerne, pas énormément, mais j'ai admiré les dessins, allant de la page entière à la petite vignette démultipliée, insufflant un effet tourbillon au récit, comme ci-dessous quand Ursula fait son show...


et la couleur, oui, la couleur ! Grande nouveauté dans les BD de Fred Bernard !
Façon enfant avec ses crayons...



Une ambiance aux côtés un peu extraordinaires, peuplée de petites bêtes, celles qui parlent, celles qui vivent avec Ursula, et de personnages extravagants, une enfance pas très gaie jusqu'à ce que des gentils parents adoptifs l'embarquent, une vie semée d'embûches et une fin pas avec un prince charmant mais bien rose bonbon... tout comme dans un conte... mais pour adultes !

Juste au secours le sous-titre... Vers l'amour et au-delà... Plus gnangnan, tu meurs. Je sais, ce n'est pas gentil ce que je dis là mais je me permets car si je m'étais arrêtée définitivement à celui-ci (comme j'en ai bien eu envie), je n'aurais jamais ouvert cet album.
En espérant que tous les lecteurs potentiels de Fred Bernard ne raisonnent pas comme moi, ça serait dommage...

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