lundi 8 avril 2013

Légère surconsommation de Laurence Tardieu...


Les livres de Laurence Tardieu ont cela en commun qu'ils sont généralement courts, écrits simplement mais ils frappent juste. Ils vont à l'essentiel et pointent avec précision les émotions, les sentiments.
On note aussi une récurrence de thèmes qui semblent chers à cette auteure : la mort, souvent du père et de la mère, les relations amoureuses passionnées et cachées.

J'ai découvert cette auteure en lisant son roman le plus connu, Puisque rien ne dure, bouleversant de justesse. Puis j'ai continué en lisant ensuite Rêve d'amour. Toujours cette impression d'une écriture simple mais si juste.
C'est donc pleine de bons souvenirs de lecture que j'ai eu envie de goûter de nouveau à Laurence Tardieu.

Comme un père, paru en 2002, est très court. Presque une nouvelle. C'est son premier roman.
Louise, son héroïne a 25 ans. Sa mère vient de mourir, percutée par une voiture. Quelques jours plus tard, elle apprend que son père, en prison depuis 20 ans et avec qui elle n'a plus de contact, va être libéré. Il lui demande l'hospitalité pour quelques jours.
Un thème qui n'est pas complètement anodin puisqu'il me semble inspiré de ce qu'a personnellement vécu Laurence Tardieu (un père emprisonné et le décès de sa mère), et qu'elle reprend notamment dans son dernier roman paru en 2011, La confusion des peines, d'une manière beaucoup plus autobiographique.
Une première tentative pour se libérer d'un poids familial ?

Un premier livre pas mal du tout, déjà porteur de l'écriture si délicate de l'auteure, avec une fin coup de poing.
Un style un peu fouilli parfois, partagé entre la narration à la troisième personne et des passages abrupts à la première personne.
Mais court, bien trop court... 
C'est donc avec enthousiasme que j'ai enchaîné avec Un temps fou...

Presque deux fois plus long... wahou, Laurence Tardieu nous gâte !
Une femme écrivain d'une trentaine d'années, la narratrice, est toujours obsédée par le souvenir d'une nuit qu'elle a vécu 6 ans auparavant. Une nuit pendant laquelle elle n'a fait "que" discuter avec un homme. Ils ne se sont pas touchés mais les regards ont parlé pour eux. Depuis, pas de nouvelle. Il n'a jamais cherché à la revoir mais elle a gardé intact au fond d'elle toutes les sensations.
Or, l'homme reprend maintenant contact avec elle. Il est réalisateur et a une adaptation de scénario pour le cinéma à lui proposer.
Ils sont tous les deux en couple, chacun de leur côté, avec des enfants mais la nouvelle rencontre suffit à leur faire comprendre que l'attirance est toujours autant réciproque.

J'ai tout d'abord été emballée par cette lecture, par ce style si sensible, par ces phrases qui saisissent si bien les sentiments. Comme d'habitude avec Laurence Tardieu. Des pages que j'ai eu envie de lire à haute voix, c'est vous dire combien l'écriture de l'auteure est mélodieuse.
Celle-ci mêle l'attente de la nouvelle rencontre entre la femme et l'homme aux souvenirs de la fameuse nuit d'il y a 6 ans.
Jusqu'à ce que les deux cèdent à l'appel de leur corps...
On arrive alors dans le dernier tiers du livre, et là, malheureusement, le récit perd en cohérence. On est catapulté 10 ans plus tard. De nombreux retours en arrière, un peu posés au hasard des chapitres nous permettent tout de même d'arriver à comprendre que les deux amants se sont aimés, se sont séparés mais sont toujours en contact. Que la femme a un nouveau compagnon, qui est comédien.
Des prénoms nous arrivent subitement, alors que jusqu'alors, nous avions seulement appris celui de la femme, Maud, après plusieurs dizaines de pages, tandis que nous ne connaissions pas ceux de son amant, de son mari et de sa fille. Étrange...
Bref, ça devient un peu longuet et j'ai même commencé à avoir un peu la nausée avec le style de l'auteure, ballottée entre le passé et le présent, noyée au milieu des mêmes sentiments qui sont ressassés du début jusqu'à la fin du livre. Même si c'est écrit avec justesse, au bout d'un moment, on tourne en rond.
Et c'est tellement dommage ! Oui, carrément dommage car, arrivée à la fin, j'ai compris où Laurence Tardieu voulait en venir et qu'elle avait su encore une fois très finement décrire l'aveuglement dans lequel la passion peut nous mener. Plus de linéarité et moins de redondance aurait beaucoup mieux servi le propos. Quitte à faire plus court. (un comble !)

Du coup, je ressors de cette double lecture de Laurence Tardieu avec un sentiment mitigé. Certes, je suis touchée par son écriture mais j'ai envie de m'arrêter là. L'impression d'avoir fait le tour de ce qu'elle a à proposer.
J'ai peut-être aussi tenté le diable en voulant abuser de choses que je pensais très bonnes et je n'aurais certainement pas dû lire deux Laurence Tardieu l'un à la suite de l'autre...


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