lundi 19 août 2013

"Les vieilles" de Pascale Gautier


Le Trou est une ville du sud où il fait bon vivre. 365 jours de soleil par an !
De quoi attirer tous les retraités de France.
Nicole, la petite soixantaine, quitte donc le nord pluvieux de Moisy où elle a travaillé et vécu et débarque au Trou.
Elle se rend vite compte qu'elle est une jeunesse parmi cette population dont la moyenne d'âge avoisine les 80 ans.

Pascale Gautier, écrivain et directrice littéraire littéraire aux éditions Buchet/Chastel croque ici la vie d'une palette de petites vieilles, les Mme Chiffe, Rouby, Rousse et d'autres encore. Sans oublier Pierre Martin, 90 ans, marathonien et séducteur invétéré de ces dames.

"Il y en a une qui prie, une autre qui parle à son chat, et certaines qui regardent les voisines de haut en buvant leur thé infect. Leurs maris ont tous disparu. Elles sont vieilles, certes, mais savent qu'elles pourraient bien rester en vie une ou deux décennies encore, dans ce pays où il n'est plus rare de devenir centenaire. Alors elles passent leur temps chez le coiffeur, à boire [du porto] et à jouer au Scrabble, à essayer de comprendre comment fonctionne un téléphone [pauvre Lucette !], à s'offusquer de l'évolution des mœurs..."

Sur fond de catastrophe annoncée (réelle ou pas ?) à l'approche imminente d'une météorite qui doit percuter la Terre, tout ce petit monde voit son quotidien perturbé.
C'est souvent drôle et impertinent.
Mention spéciale à l'abominable mère de ce pauvre Paul qui est une vraie Tatie Danielle en puissance !

Extrait p.33 : Paul amène sa mère chez lui pour le dimanche
"[...] C'est à croire que la tribu n'attendait que ça. Aussitôt sa femme sa fille l'ami de sa fille son fils apparaissent. On dirait ces marionnettes qui, mues par un ressort, bondissent hors de leur boîte et vous sautent au visage. Leur visage à eux, par contre, semble bloqué sur un rictus qui veut peut-être dire bienvenue. Elle soupire. On dirait des lapins.
   « Que dis-tu maman ? demande Paul.
   - Des lapins, on dirait des lapins.
   - Écoute, essaie d'être aimable ! Ça commence à bien faire ! Les lapins, comme tu dis, te reçoivent et sont souriants, eux !
   - Si tu le dis.
   - Je le dis ! Effectivement !
   - Je ferais mieux de me taire.
   - Ça serait une très bonne idée ! »
   Elle le regarde soudain et il sent deux balles noires heurter son front, fracasser l'os, traverser le cerveau, sortir de l'autre côté de son crâne.
   « Bon, on y va.
   - Allons-y. »
   Françoise ouvre la portière côté belle-mère.
   « Bonjour, Mamoune ! Comment allez-vous ?
   - Bonjour, Mamoune ! » s'exclame le chœur des lapins au fond de la scène.
   Elle tend son sac, on le lui prend, elle tend son foulard, on le lui prend, elle s'extirpe péniblement et manque perdre l'équilibre. Les lapins, alertes, se précipitent. Elle les repousse.
   « Je ne suis pas encore handicapée !
   - On voulait juste vous aider, réplique Françoise.
   - Je n'ai besoin de personne », dit-elle en se dirigeant vers la porte d'entrée.
   Françoise regarde Paul qui regarde sa tribu. Les plus jeunes soupirent et se disent qu'ils en ont marre de se taper l'antique. Ça va être encore fun !"

Et le Pierre Martin... le fringant sportif, vieux beau qui saute sur tout ce qui tient encore la route et qui va affoler le petit cœur, et pas que, de Nicole ? Bien gratiné également !
Rassurez-vous, il y aussi des petites vieilles attendrissantes !

Un petit bémol pour moi en ce qui concerne la fin, qui n'en est pas vraiment une à mon goût. Et puis ça part un peu en cacahuète avec cette histoire de météorite qui sème la panique chez les vieux !
Fallait bien que je trouve un point négatif.
Il n'empêche que je trouve ce roman très réussi et rafraîchissant. À lire !

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