jeudi 28 janvier 2016

Dis Madame Henrionnet, vous pourriez pas les faire un peu plus longs vos romans ? :-)

C'est ce que je dirais pour plagier un mignon petit garçon trop gourmand qui n'en avait pas assez...


Trop court, oui, trop court ce roman... je voyais la fin se profiler à vitesse grand V !
Heureusement, il y avait tout ce que je préfère...
Un roman choral et un huis clos, trop de bonheur pour moi !

Les membres de la famille Labarre, grands-parents, enfants, petits et arrières-petits-enfants, sont réunis dans un chalet de montagne, pour fêter Noël et les quatre-vingt-dix du grand-père, Louis.

Cette famille est assez cliché en apparence : des industriels de province qui ont bâti leur fortune au fil des années mais dont l'entreprise, dirigée actuellement par l'aîné des fils, bat de l'aile. L'autre fils est un peu comme le vilain petit canard, qui n'a pas été choisi par papa pour lui succéder, et qui s'est démené pour réussir par lui-même. Quant aux deux filles, l'aînée, qui a failli virer vieille fille, a hérité de la froideur et du manque d'amour maternel de sa mère. La petite dernière est la "gentille" du lot. La seule des quatre à être heureuse dans son couple.
Leurs enfants présentent aussi quelques spécimens de cas pathologiques, parmi lesquels une jumelle déjà mère de trois enfants à 26 ans, au bord du burnout, ou bien un gamin d'une dizaine d'années, la gentillesse incarné, qui ne comprend pas pourquoi il est une source d'agacement perpétuel plus pour sa mère...
Un bon terreau pour donner vie à des petites misères, des rancœurs, etc, etc, avec un secret de famille en final pour couronner le tout.

Le roman fait environ 180 pages et est découpé en une dizaine de chapitres, où à chaque fois un personnage différent prend la parole.
À la lecture du résumé au dos du livre, je m'attendais à ce que les événements se déroulent sur 2 ou 3 jours mais en réalité, vu la vitesse à laquelle les pages défilent, on comprend que tout tient dans la soirée d'arrivée des personnages au chalet. Je ne sais pas pourquoi je me suis mise cette idée en tête car après tout, en relisant le résumé plus attentivement, il est bien écrit "ils racontent tour à tour le huis clos dans lequel ils se retrouvent, le temps d'une soirée".

Ce sont les personnages eux-même qui décrivent le mieux l'ambiance de cette soirée :
Louise, l'une des petites-filles, trouve que le chalet serait "le cadre idéal pour un crime à la sauce Agatha Christie" (p. 104). Et Louis, le patriarche, a "l'impression de se rendre à une pièce de théâtre, la comédie humaine à l'échelle d'une famille." (p. 133)

L'éditeur présente le roman comme un Festen, à la fois cruel, acide et drôle.
Festen, un film danois de 1998, que je ne connaissais pas, mais qui parle également d'une fête de famille, à l'occasion d'un anniversaire, où apparemment quelques langues vont se délier.
Peut-être ce Vous prendrez bien un dessert fera-t-il l'objet d'une adaptation cinématographique ?

La fin est inattendue, et réserve deux surprises/coups de théâtre. C'est subtilement amené, par le biais de la narration "choral", petit suspense à la clé.

Petit bémol pour le coup de théâtre des dernières lignes. Tellement énorme (comme par hasard...)
Dans la série des petites choses qui m'ont fait tiquer... j'ai trouvé que faire parler Abibatou, la copine de fac d'une des petites-filles Labarre, ne servait à rien du tout. Sa voix n'apporte rien. Certes, le chapitre est le plus court de tous, mais raison de plus alors pour s'en passer.
Et d'autant plus, si je peux me permettre, que Lucile, la petite dernière des quatre enfants de papy Louis et mamie Jeanne, n'a pas la parole elle. Pourquoi ?
Je me pose sans doute trop de questions.

Mis à part ces petits chipotages, je recommande chaudement la lecture de ce roman ! 
Divertissant et de qualité. J'ai passé un excellent moment.

Vous prendrez bien un dessert ? est le deuxième roman de Sophie Henrionnet, après Drôle de Karma.

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