mardi 27 septembre 2011

Emmanuel Carrère, la Russie et Kotelnitch

Je viens de terminer la lecture d'Un roman russe et c'est confirmé : j'aime Emmanuel Carrère.

J'aime l'homme qu'il est, parce qu'il est sincère - même si je ne partage pas toutes ses idées - et son écriture me charme et m'enchante au plus haut point.

Cette écriture et les méandres de ses pensées tortueuses qu'il livre aux lecteurs, sans aucune pudeur et en toute sincérité.
Même si c'est parfois déroutant, même si j'ai parfois eu du mal à apprécier les quelques passages pseudo érotiques (des termes crus dont je ne vois pas trop l'intérêt pour le texte, mais il me semble que cet aspect  est récurrent dans ses livres), son récit est toujours dense et prenant.
Emmanuel Carrère n'écrit pas pour ne rien dire. Il ne brode pas. Tout a sa place.
Il se livre au point que le lecteur arrive à se mettre dans sa tête et du coup, ses pensées, même les plus ingrates parfois, nous semblent naturelles.



Dans Un roman russe, Emmanuel Carrère relate une tranche de sa vie.
Sa passion amoureuse avec Sophie, ses voyages à Kotelnitch en Russie, d'abord pour tourner un reportage initialement promis à Envoyé Spécial sur un Hongrois, "dernier prisonnier de la seconde guerre mondiale", retrouvé après des décennies au fin fond d'un asile psychiatrique, puis, plus largement, pour tenter d'y trouver un réponse à ses propres interrogations personnelles sur son passé familial.

Pour faire simple, ce livre est une plongée dans la tête de l'écrivain, que l'on suit avec très grand intérêt (passion ne me semble pas un terme approprié).
Je n'ai pas été bouleversée comme lors de la lecture d'Autres vie que la mienne, mais c'est bien normal, le sujet étant tout de même moins douloureux.
Néanmoins, j'ai eu le plaisir de retrouver le même homme à travers les pages, en plus narcissique, forcément (si vous avez lu d'Autres vies... vous comprenez), mais tout son art tient dans la facilité et l'audace qu'il a de nous livrer ses pensées les plus intimes.
C'est ce qui fait sa "touch", sa marque de fabrique, le fait que tout nous ramène à lui.

Sans être chamboulée par ce récit, j'ai tout de même gardé un pied dedans plusieurs jours après. Comme une enfant émerveillée qui garde des étoiles qui brillent dans les yeux après avoir assisté à un spectacle hors du commun. Bon, la comparaison est peut-être un peu forte, mais c'est dans l'idée. ;-)

Ça m'arrive rarement et ça me conforte dans l'idée que cet Emmanuel Carrère est décidément un de nos grands écrivains contemporains, à n'en pas douter. 

Si  vous avez envie de vous laisser tenter par ce livre, sachez aussi que Retour à  Kotelnitch, le reportage réalisé par Emmanuel Carrère en 2003 suite à ses voyages à Kotelnitch est disponible en VOD.
C'est un excellent complément à la lecture, ou un prélude, pourquoi pas, dans lequel je me suis immergée, retrouvant avec une certaine émotion des ambiances du récit écrit.

"Documentaire intime sur la Russie d'aujourd'hui, à la rencontre de ses laissés pour compte,Retour à Kotelnitch est également un bouleversant film d'auteur : Emmanuel Carrère, souvent à l'image, ou voix off en demi-teinte, apparaît tour à tour ivre, embarrassé, triste, ou seul dans sa chambre d'hôtel, en proie à l'angoisse de la pellicule blanche. [...]
"[...] les strates du documentaire aboutissent à une vérité autobiographique. "Kotelnitch, c'est là où on va quand on a disparu" : entre ses fantasmes de fiction et ses propres fantômes personnels, Emmanuel Carrère va se perdre à Kotelnitch, s'y échouer le temps de ces trois tournages initiatiques."



Le prochain challenge sera pour moi de trouver autant d'intérêt dans les autres livres d'Emmanuel Carrère, ceux qui ne sont pas autobiographiques.
Mais je n'ai pas vraiment de doute. ;-)

Rendez-vous sur Hellocoton !