mercredi 26 octobre 2011

Tout, tout de suite

L'écrivain Morgan Sportès, passionné par les faits divers - il est l'auteur de L'Appât, adapté au cinéma par Bertrand Tavernier -, a pris l'affaire dite du Gang des Barbares comme nouveau sujet d'étude.
Je dis sujet d'étude car c'est bien de cela qu'il s'agit.



L'auteur nous relate pas à pas, de manière très détaillée, en s'appuyant sur les procès-verbaux d'auditions policières, sur les comptes-rendus d'audience, et sur ses propres enquêtes sur le terrain, poussant même le "vice" jusqu'à adopter la façon de parler des protagonistes (les "cailleras"), cette tragique histoire qui a vu l'enlèvement et la séquestration dans un appartement vide et une cave (sans chauffage en plein hiver) d'un jeune homme juif par une bande de petits caïds d'une cité tranquille de Bagneux, mené par un illuminé pathétique (Youssouf Fofana), dans le but d'obtenir une rançon.
Toute cette affaire n'a été rendue publique que vingt-quatre jours après, une fois découvert le corps agonisant d'Ilan Halimi, au bord d'une voie ferrée. Celui-ci décèdera lors de son transfert à l'hôpital.

Pour plus de détails sur l'histoire, je vous renvoie à l'article de Beeshop 
et à cette interview de Morgan Sportès.

La force de ce livre est de nous envoyer en pleine face les vingt-quatre jours de calvaire vécus par la victime, dans tout ce qu'ils ont de plus sordide et de plus effarant.

Effarant, je crois que c'est bien le mot qui qualifie le mieux toute cette histoire.

Effarant le nombre de jeunes qui se sont trouvés embringués dans ce kidnapping, de très près ou de plus loin, n'osant pas dire un mot plus haut que l'autre, sous l'influence de Youssouf Fofana, qui a le don pour mettre la main sur les personnes un peu faibles de caractère et influençables.

Effarant justement que ces jeunes se soient retrouvés sous la coupe de cet individu précisément, qui n'est en réalité rien d'autre qu'une petite frappe sans envergure, mais que l'on respecte et que l'on craint d'office parce qu'il a déjà fait de la prison, alors qu'il tremble devant les "grands" de Bobigny (ceux qu'il a chargés d'enlever Ilan), qu'il se met à bégayer pitoyablement quand il est en situation de stress et qu'il n'a vraiment rien d'un chef de gang.

Effarant que les policiers n'aient pas su déceler qu'ils avaient affaire à un criminel incompétent, et qu'ils n'aient pas su trouver la bonne tactique à adopter. Ils n'ont fait que lui courir après, localisant systématiquement les cybercafés d'où étaient émis les nombreux mails envoyés à la famille d'Ilan mais arrivant toujours quelques minutes trop tard.

Effarant que pas une seule personne n'ait passé un coup de fil anonyme à la police pour donner le lieu où le jeune homme été séquestré. Parce que beaucoup de personnes étaient au courant, que ce soit celles directement impliquées ou les autres, les femmes, les ami(e)s, petites amies et parents. Un seul appel et la vie d'Ilan aurait été certainement sauvée.

Je pense que ce livre devait être écrit, afin que tout le monde soit au courant de ce qui s'est passé, vu le peu d'informations qui a été donné dans les médias à ce sujet. De plus, les parents d'Ilan Halami doivent être satisfaits que cette histoire soit enfin rendue publique, sachant que les procès (première instance et appel) n'ont pu être eux publics, par le choix des deux accusés qui étaient encore mineurs à l'époque des faits.

Il a beaucoup été dit sur le caractère antisémite de ce crime et je ne veux pas entrer dans la polémique. Certes, Youssouf Fofana et deux ou trois autres gars de sa bande, ne portaient pas les juifs dans leur coeur mais le crime commis est bien bassement crapuleux à l'origine.
Youssouf Fofana n'a pas trouvé meilleure idée que de faire un kidnapping et de demander une rançon, pour obtenir un maximum d'argent très vite, sans trop se fatiguer physiquement.
Obtenir tout, tout de suite.
Le choix a fini par se porter sur une personne de confession juive, tout bonnement parce que ces gens-là, selon une légende tenace, sont les rois du commerce et sont donc automatiquement plein aux as. Après, Fofana ne s'est évidemment pas privé de balancer des déclarations antisémites, à mon avis, en grande partie par pure provocation, de même qu'il a continué à harceler la famille d'Ilan du fond de sa cellule, histoire de continuer à faire parler de lui.

Mon seul bémol à ce livre est l'absence d'analyse de la part de l'auteur, mis à part quelques pointes d'ironie que l'on peut déceler de temps en temps. Je sais que c'est un parti pris et l'on peut très bien comprendre que les faits se suffisent à eux-mêmes dans cette affaire-là, mais c'est justement ce que j'avais reproché au livre de Florence Aubenas.
Je n'ai donc pas pu m'empêcher de faire le rapprochement entre les deux ouvrages (juste sur ce point).
Cependant, je vous avoue avoir été plus choquée par celui de Morgan Sportès.
Même s'il est une "simple" relation de faits, il fournit certainement une manne d'informations pour l'analyse sociologique.

Parce qu'il est important de savoir ce qui s'est passé, je vous recommande la lecture de ce livre.

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