mardi 29 novembre 2011

"Purge" de Sofi Oksanen

Pas trop le temps de poster en ce moment. Pas trop la tête à cela plus précisément.
Elle était entièrement accaparée par Sofi Oksanen et sa Purge.



Vous me direz, depuis le temps qu'on en parle de ce livre, il était temps de le lire !
D'autant plus qu'il est sorti en version poche maintenant.
Mais non, c'est le beau livre que j'ai lu, le rose, emprunté à ma mère, avec les cartes au début pour mieux situer les lieux de l'action. Rien que ce détail, j'ai apprécié.
Vous sauriez, vous, où situer exactement l'Estonie ou Vladivostok ?



"En 1992, l'Union soviétique s'effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, quand elle trouve la jeune Zara dans son jardin, qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Mais finalement ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille se révélera, en lien avec le temps de l'occupation soviétique. Aliide a en effet aimé un homme, Hans, un résistant. Quarante ans plus tard, c'est au tour de Zara de venir chercher protection, et la vieille dame va décider de la lui accorder jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix."

C'est donc la première fois que je lis un roman scandinave. Jusqu'ici, j'ai été rétive aux policiers du grand nord, très insensible aux Stieg Larsson, Camilla Läckberg et autres. Peut-être à tort.
Mais là, j'avoue que bien mal m'en a pris de me plonger dans la  destinée de ces deux femmes. Le récit de leur vie est séparé par des décennies mais elles sont réunies dès les premières pages et on devine que des liens intimes les unissent.

Le style n'a rien d'exceptionnel mais l'histoire est plutôt bien ficelée.
Des chapitres regroupés en quatre parties qui nous baladent entre les années, et une dernière partie composée uniquement de lettres qui éclairent d'un coup tout ce qui a été évoqué avant.
Une unité de lieu - une ferme en Estonie - dont les intérieurs sont parfois abondamment décrits, et deux protagonistes principales et quasi uniques, dont les mouvements sont tout autant imagés. Le tout donnant une impression de huis-clos (et j'adore les huis-clos), ce qui n'a rien de surprenant quand on sait que Purge a d'abord été conçu comme une pièce de théâtre.

J'ai été prise par l'histoire de ces deux femmes, n'ayant pas envie de lâcher le livre mais le lâchant quand même, afin d'en garder un peu pour faire durer le plaisir.
Et puis l'Estonie, dites-moi, c'est carrément dépaysant !
Sofi Oksanen nous plonge dans une Histoire - par le biais de la petite histoire - qui est pour la grande majorité d'entre nous totalement inconnue, celle des républiques soviétiques, satellites de la grande URSS, asservies par le joug communiste.

Le seul petit bémol que je pourrais donner est la tendance un peu trash qu'a l'auteure à nous servir des descriptions de scènes de sexe brutales et crues (prostitution et trafic de femmes oblige). Je ne trouve pas que ça apporte quelque-chose au récit, mais il semblerait que ce soit une tendance quelque peu commune dans la littérature actuelle.
Je partage assez sur ce point l'avis de Yves sur Livrogne.com :
"L’homme dans ce livre, qu’il soit estonien, russe, allemand ou finlandais… est la tête de turc. La femme subit toutes les violences. L’occasion est bonne pour  une démonstration d’actes médiocres et salaces, décrits sans ambiguïté. Il n’y a vraiment aucune nuance dans le livre d’Oksanen. En ce qui me concerne, ce discours de la femme brimée, je trouve qu’on l’a assez entendu ces derniers temps.

Je ne raffole pas trop des descriptions rectilignes d’actes sexuels. Oksanen a beau dénoncer le statut peu enviable de la femme, elle fait du racolage en nous servant dans le détail tout ce que notre cerveau de primate aime entendre. Violence, sexe, torture. Tout ce qui fait frémir un lectorat avide d’émotion directe et rectiligne. On s’identifie, ressent de la compassion pour ses semblables.

Il reste que le procédé est usé et assez racoleur."


Sofi Oksanen est née en 1977 en Finlande, d'un père finlandais et d'une mère estonienne. Avec son look plutôt baroque - dreads pourpres et bleus, maquillage pas forcément discret -, elle ne passe pas inaperçue.

Petites lunettes rondes, ou pas
très belle photo piquée sur le site de l'auteure

Purge est son troisième roman, paru en 2008, et son premier à être publié chez nous en 2010. Il a fait un tabac dans toute l'Europe du Nord "où il a obtenu tous les prix littéraires avant de conquérir le coeur d'une trentaine de pays, dont l'Estonie et les Etats-Unis".
Son premier roman, Les Vaches de Staline, qui date de 2003, vient d'être publié en France. Ne nous précipitons pas dessus, il semblerait qu'il soit nettement moins construit que Purge, et beaucoup de lecteurs et critiques ont été déçus.
Il n'y a donc plus qu'à attendre le nouveau Oksanen !!!

Et lisez donc Purge si vous ne l'avez pas encore fait, vous passerez un excellent moment !
Même si, à mon avis, gardons la tête froide, ce n'est pas LE chef-d'oeuvre qu'on a bien voulu nous vendre...


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