vendredi 11 mai 2012

Mon premier polar africain... pas convaincue !

Un roman policier africain... c'est avec une réelle curiosité et un grand enthousiasme que j'ai choisi, pour ma première participation au challenge "Le crime n'a pas de frontière", de visiter le continent africain.

Je n'allais pas commencer par lire un polar américain ou scandinave. Trop classique !
Non, je me suis dit, avec un auteur africain, je vais forcément être dépaysée.

Et en parlant d'Afrique, c'est en Afrique noire que je me suis embarquée, tant qu'à faire. 
Au Mali pour être précise, guidée par Moussa Konaté, écrivain et éditeur, ancien professeur de français et "le meilleur représentant de la littérature malienne" d'après l'éditeur Points.



La malédiction du Lamentin nous est donc vendu comme un livre policier.
Effectivement, il y a un commissaire, Habib et son adjoint, le jeune inspecteur Sosso qui enquêtent près de Bamako sur la mort de Kouata, le chef de l'ethnie des Bozos et son épouse, durant un orage diluvien. Tout le monde pense que c'est la divinité Maa, le génie des eaux et du fleuve Niger, qui a exercé sa vengeance. Mais Habib, qui a été éduqué et instruit à "l'école des Blancs" ne l'entend pas de cette oreille et a bien l'intention de trouver une cause rationnelle à cette affaire, malgré l'opposition manifeste de sa hiérarchie.

Voici donc pour les grandes lignes.
Le problème que j'ai rencontré est simple :  j'ai attendu pendant tout le livre que l'enquête s'emballe, que le suspens décolle.
Je suis au regret de vous dire que l'action est quasi inexistante. Non, pour être plus vraie, les actions sont présentes, mais tout est décrit sur le même ton monotone. C'est donc sans intérêt.
Si intérêt il y a, il réside dans le grand exposé sociologique que nous fait Moussa Konaté, expliquant la dualité malienne, partagé entre un monde moderne rationnel obéissant aux lois occidentales et un monde traditionnel ne jurant que par les croyances ancestrales, les mythes fondateurs et les anciens que l'on respecte.

Extrait p. 97 : "Cette nuit, le commissaire avait très mal dormi. Ses traits étaient tirés et ses yeux larmoyaient au moindre souffle de vent. Il avait eu beau tourner et retourner la situation, il n'était pas parvenu à entrevoir la moindre solution. De quel droit des gens n'ayant aucun lien avec la police pouvaient-ils se donner l'autorité d'imposer au chef de la brigade criminelle d'abandonner une enquête ordonnée par le procureur de la République ? Était-ce la république ou la gérontocratie ? Certes, on pouvait comprendre l'attachement des personnes âgées aux traditions ancestrales, mais elles n'étaient ni élues ni nommées. À supposer qu'on leur cédât une fois, ne faudrait-il pas céder toujours ? Ne deviendraient-elles pas les vrais maîtres du pays, qu'elles gouverneraient strictement selon les traditions millénaires ? À quoi cela pourrait-il mener, sinon au chaos ?"

Alors oui, c'est intéressant et instructif, et dépaysant (forcément) mais le but de cette lecture était de découvrir comment le roman policier, est traité en Afrique. Je n'avais pas vraiment envie de lire un essai ethnologique.
D'ailleurs, l'auteur dit lui même : "L'intrigue policière est un prétexte, explique-t-il. Ce qui m'importe, c'est de montrer les différents visages du Mali. Certains qualifient parfois mes livres de "polars ethnologiques". (source)

J'ai trouvé le style de l'auteur assez plat et sans saveur.
Aucune analyse psychologique des personnages principaux du commissaire Habib et de son adjoint, ou des suspects, ce qui est, vous en conviendrez un aspect assez fondamental pour le genre du roman policier.

En fouillant un peu le net, à la recherche d'avis d'autres lecteurs, je suis tombée sur cette critique qui est le reflet exact de mon ressenti après avoir terminé cette lecture.
Je cite : "...Cette immersion en milieu Bozo et au Mali souffre de nombreux défauts. D'abord le ton didactique de Moussa Konaté. Si on peut s'en accommoder étant donné qu'il explique une autre culture, force est de reconnaître qu'il donne un côté un peu professoral et peu seyant au polar. Plus généralement, c'est le ton même des conversations entre certains personnages qui donne au livre une certaine lourdeur ou un aspect factice. "

C'est tout à fait cela. J'aurais été devant un film au lieu d'avoir un livre entre les mains, j'aurais pensé : "Qu'est-ce que c'est mal joué, ce n'est vraiment pas naturel !"

Je suis donc très déçue par ce livre, à la hauteur des espoirs que j'y avais placé. Je n'y ai pas trouvé ce que j'attendais d'un roman policier.

Ça ne m'arrive pas souvent de faire chou blanc à ce point aussi, je trouve très instructif d'en parler et de chercher pourquoi une lecture a été un échec (à deux doigts d'aller m'allonger sur le divan !)

Voilà Delp.
Ceci était ma participation à ton challenge, dans la catégorie "L'internationale du crime".
J'aurais aimé être plus enthousiaste mais je n'ai pas dit mon dernier mot avec le polar en Afrique. Je ne compte pas m'en tenir à cette seule lecture et espère bien trouver plus de plaisir avec un autre auteur.
Je me vengeraiii !!!

Les règles du challenge : ici
La liste des participations : ici

D'habitude, je ne participe pas aux différents challenge, littéraires ou autres de la blogosphère, car je n'ai pas envie de me poser des contraintes dans des temps impartis, aussi larges soit-il. Mais pour celui-ci, je n'ai pas hésité longtemps. L'occasion était trop bonne pour découvrir le genre du roman policier vers lequel je reconnais avoir du mal à me tourner spontanément.
Alors si vous êtes comme moi ou si vous êtes calés en polars également, je vous invite à participer aussi à ce challenge (cf liens ci-dessus) pour nous faire partager vos découvertes en la matière !

Le prochain continent que je vais explorer sera l'Asie je pense.

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