mercredi 30 mai 2012

Parfois, c'est plus beau lu tout haut (Le Général Solitude)

Même si un livre bien écrit n'est pas systématiquement synonyme de bon livre, un bon livre est rarement réussi si le style ne suit pas.
Et à quoi reconnait-on un livre qui a du style ? Existe-t-il des indicateurs ?
Je pense en avoir trouvé un, qui m'est peut-être propre, mais qui me semble de plus en plus infaillible : l'envie irrépressible de lire à haute voix certains ouvrages.

En commençant Le Général solitude d'Éric Faye, la magie des mots a opéré dès le départ. J'ai tout de suite eu envie, dès les premières lignes, de dire tout haut les phrases qui défilaient sous mes yeux. Et ce, tout au long du livre.



Et même plus qu'une envie, c'était comme un besoin, certes, pas vital, mais l'impression certaine que faire sonner les mots rendrait la lecture plus belle et plus intense.

Avec ce court roman, cette évidence s'est imposée tout le long. Évidemment, je n'étais pas à chaque fois en position de pouvoir élever la voix et j'étais alors un peu frustrée de ne pouvoir le faire. Je sentais qu'il manquait quelque-chose à ma lecture, que dire le livre était tout aussi important que le lire.
Oui, je suis de plus en plus persuadée que certains livres sont plus beaux lus tout haut.

J'avais déjà ressenti cette envie avec Le dossier H. de Kadaré, La grammaire est une chanson douce d'Orsenna, ou  Nagasaki, du même auteur, que j'ai lu il y a peu de temps.
Je l'avais bien aimé et c'est pour cette raison que j'ai eu envie de lire un autre titre de lui. Mon choix s'est porté sur Le Général Solitude, son premier roman qui date de 1995, initialement publié sous forme d'une nouvelle.. En voici le résumé :

"D'étranges feux brûlent sur les hauts-plateaux, quelque part dans la forêt tropicale d'Amérique latine. Hypnotisé, le général Soledad se lance à leur recherche et se perd inexpliquablement avec sa troupe sur la route d'Iquita, où il devait retrouver le reste de l'armée espagnole. Son meilleur ami, le général San Martinez, s'interroge : Soledad a-t-il déserté ? L'ennemi a-t-il frappé ? Et pourquoi l'ombre de la fascinante Maria-Elena del Tesco, dont tous deux se sont disputés les faveurs, semble-t-elle planer sur cette disparition ?
Des années plus tard, le général San Martinez découvre avec stupeur le cahier de route de Soledad, et le rêve qui conduisit une armée à sa perte."

L'histoire se passe au début du XIXème siècle, à l'époque où les colonies espagnoles prennent leur indépendance, menées par Simon Bolivar et ses insurgés. Éric Faye nous fait naviguer entre la forêt tropicale, les terres vierges d'Amérique latine et la ville d'Iquita, ville de garnison espagnole.
Comme pour Nagasaki, je n'en dirai pas plus sur l'histoire car le récit, même s'il a dépassé le stade de la nouvelle, reste tout de même assez court, et en dire plus serait déflorer un certain suspense.

Dès les premières lignes, j'ai senti que ce livre était un grand livre.
Pas de démonstration de vocabulaire à toutes les pages, mais une rythmique parfaite des mots et de la ponctuation qui font que les phrases semblent chanter.
Oui, monsieur Éric Faye écrit bien, très bien. Il sait trouver la juste dose et des livres de ce style-là, je veux bien en lire tous les jours !

La lecture à voix haute est un exercice que l'on oublie avec les années. On le pratique à l'école primaire, parce qu'il permet d'améliorer l'écoute, l'attention et la compréhension mais après ? On considère que l'enfant maîtrise la lecture, que ce n'est plus un sujet à travailler et elle devient exclusivement silencieuse. On perd alors l'habitude de dire les livres.
Quel dommage !
Car la lecture à voix haute n'est pas seulement un exercice scolaire, c'est aussi un plaisir pour l'oreille quand le texte est aussi beau.

Vous aussi, ça vous arrive d'avoir envie 
de lire tout haut le livre dans lequel vous êtes plongés ?
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