lundi 16 juillet 2012

Un livre pour ne pas oublier un triste anniversaire...

J'en avais déjà parlé après l'avoir lu, il y a un an et demi, mais j'en reparle aujourd'hui car nous fêtons en  ce 16 juillet, le 70ème (triste) anniversaire de la Rafle du Vel' d'Hiv.
Cet évènement, j'en avais certainement entendu parler rapidement en classe, mais il m'était sorti de la tête depuis.
Je peux donc dire que c'est ce livre de Tatiana de Rosnay qui me l'a vraiment fait connaître.


Je vous propose donc de relire l'article que j'avais édité en novembre 2010...
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Encore un article sur CE livre. Pfff...
Pas très original, je vous l'accorde. D'ailleurs, je ne voulais pas en parler pour cette raison mais j'ai quand même décidé de le faire, non pas pour montrer que moi aussi je l'ai lu mais parce que j'ai vraiment eu envie de vous faire part de la forte émotion qui m'a traversée en le lisant.
Et c'est bien en ce sens que ce livre est un très bon livre. Nous sommes bien d'accord que ce n'est pas de la "grande littérature", au sens où on l'entend habituellement, mais c'est un livre qui fait l'unanimité à travers le monde, à juste titre, rien que pour le témoignage historique très vivant qu'il véhicule sur cet événement douloureux et honteux pour la France (la rafle du Vélodrome d'Hiver).

Je m'attarderai donc sur ce point, tout en vous épargnant le énième résumé de la trame narrative, dont vous trouverez aisément la teneur sur de nombreux sites et blogs.



Tout d'abord, comment ne pas aimer ce livre ? C'est strictement impossible, à moins d'avoir une pierre à la place du coeur. Je précise juste, à ce stade, que les personnages sont fictifs, que c'est un roman, mais que tout ce qui est relaté repose hélas sur des faits bien réels.

Comme tout le monde - enfin j'espère - j'avais déjà entendu parlé de la rafle du Vel' d'Hiv en cours d'histoire. Une phrase ou deux,  dans la bouche du professeur et au milieu d'un paragraphe de mon livre de cours. 

Des milliers de Juifs parqués au Vélodrome d'Hiver, juillet 1942

Ce que je ne savais pas, ou que j'avais oublié, c'est l'implication et le zèle de la police française (policiers et gendarmes), qui ont géré l'opération de A à Z. Les Juifs ont été arrachés de leur domicile, adultes et enfants, sans aucun avertissement préalable, par des Français, parqués par des Français, emprisonnés dans des camps de transit (les tristement célèbres antichambres de la mort) autour de Paris par des Français, et entassés dans les wagons à bestiaux des trains de la mort par des Français.
Oui, j'ai dû apprendre tout ça, mais je ne l'avais pas retenu. Quand on nous parle de camps de concentration, on pense immédiatement à Dachau, Auschwitz, etc. Quel choc d'imaginer qu'il y en a eu en France ! C'est bizarre, mais on a tendance à l'oublier...

Camp d'internement de Beaune-la-Rolande, juillet 1942
C'est dans ce camp qu'a été déportée la Sarah du livre


Mieux qu'un livre d'histoire, le livre de Tatiana de Rosnay est une vision bien réelle de ce qui a pû se passer dans ce funeste vélodrome et dans l'un de ces camps. Je ne vous cache pas que j'ai été plusieurs fois prise par l'émotion et que j'ai dû faire des pauses dans ma lecture, afin de pouvoir encaisser tous ces faits tellement ce que je pouvais visualiser était douloureux. C'est le mot.
Le pire de ce que l'on puisse concevoir étant la froideur - c'est un euphémisme - face aux milliers d'enfants, dont l'arrestation et la déportation des plus jeunes n'avait même pas été demandée par les Allemands, puisqu'ils étaient logiquement trop petits pour aller travailler dans les camps.

Je crois que c'est une des premières fois que je ressens, par la lecture, ce sentiment de "communion" - en toute humilité - et de partage de la douleur qu'ont pu ressentir tous ces gens que l'on a mis irrémédiablement au ban de la société, sans aucune raison valable.

Il me semble avoir ressenti ce sentiment de honte d'être française, tout comme certains Allemands doivent encore avoir beaucoup de mal à porter le fardeau des fautes commises par leurs grands-parents. Quand on sait, et qu'on a réellement conscience de ce qui s'est passé, je ne vois pas comment il peut en être autrement.

Le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac, lors des cérémonies commémoratives du 53ème anniversaire de la rafle du Vel' d'Hiv, a reconnu officiellement la responsabilité de la France dans la rafle et dans la Shoah. Il a notamment déclaré :
«  Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français. Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 4 500 policiers et gendarmes français, sous l'autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis.
Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police.
(…)

La France, patrie des Lumières et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux.  »

Alors oui, je sais que c'était la guerre, que notre pays était occupé, qu'il fallait obéir aux volontés du plus fort parce que nous avions perdu mais comment comprendre ces Français, policiers et autres, qui ne se sont pas contentés d'obéir aux ordres mais qui les ont devancés et qui les ont exécutés d'une manière aussi inhumaine, et dans le sens vraiment premier du terme ? Là, je me dis que certaines personnes ont une pierre à la place du coeur.
Comment peut-on objectivement arriver à penser qu'une "race" puisse être inférieure à une autre ? Je ne comprends pas. A force de "matraquage" informatif des autorités, je crois que c'est ce qui s'est passé.

J'avoue que ce livre m'a ouvert les yeux, alors que j'avais été insensible au soixantième "anniversaire" de la rafle du Vel'd'Hiv en 2002, pourtant ponctué de nombreuses cérémonies commémoratives, et à l'inauguration du Mur des Noms en 2005 par Chirac. L'événement est passé sur moi, à l'époque, comme une information lambda parmi tant d'autres. C'était il y a 8 ans et je n'étais pas encore bien mâture humainement parlant.

Et vous, vous souvenez-vous de cette commémoration ? Y aviez-vous réellement prêté attention ? Aviez-vous vraiment saisi la dimension des horreurs commises par des Français, en France, ce pays si fier de sa belle déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ?
Si ce n'est pas le cas, et que vous ne l'avez pas encore fait, je vous invite à lire le livre de Tatiana de Rosnay, l'un des meilleurs manuels contre l'oubli.

Je rappelle que "Elle s'appelait Sarah" est un roman et que l'intérêt historique est essentiellement concentré dans la première moitié du livre, qui nous permet de suivre en parallèle, la tragédie vécue par la petite Sarah et l'enquête actuelle de la journaliste "héroïne" sur la rafle du Vel' d'Hiv'. En ce qui me concerne, j'ai trouvé la seconde partie moins intéressante. Elle n'échappe pas notamment au happy end, yeux dans les yeux, trémolos et violons !
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