vendredi 19 octobre 2012

"Exil intermédiaire" de Céline Curiol (pour les courageux !)


Céline Curiol nous entraîne dans le sillage de deux femmes françaises, qui ne se connaissent pas et qui vont se trouver toutes les deux à New-York, le temps d'un week-end, histoire de faire un bilan sur leur vie amoureuse.

Toutes deux s'interrogent sur leur couple et vont s'imposer un break dans leur relation.
M'aime-t'il encore ? Y-a-t'il quelqu'un d'autre ? deux question parmi d'autres.

Un exil intermédiaire qu'elles s'imposent pour faire le point, revenir sur dix ans de vie passée, pour essayer de repartir d'un autre pied.
L'une, Miléna, vit à Manhattan depuis une dizaine d'années. Elle s'est installée ici pour faire sa vie avec Peter, un architecte, qu'elle a épousé. Elle a travaillé dans la restauration un temps, avant de se consacrer à sa passion, l'écriture, pour essayer d'en vivre. La passion amoureuse entre elle et son mari s'est éteinte. Elle a décidé de ne pas le suivre pour ce week-end du 4 juillet qu'il passe en famille.
L'autre, Eléna, vit à Paris. Elle est traductrice et est mariée à Martin, qui est un journaliste militant, enquêtant, entre autre, sur des trafics d'armes en Afrique. Très pris par son travail, il est régulièrement absent de la maison pour plusieurs jours et Eléna vit mal ces séparations. Elle le soupçonne d'avoir rencontré quelqu'un d'autre.
Deux semaines après qu'il ait été victime d'une crise cardiaque qui l'a laissé inconscient sur son lit d'hôpital, elle s'enfuit à New-York, espérant trouver une réponse auprès d'un mystérieux ami de Martin.

Voilà pour le fond.

La forme, quant à elle, a de quoi rebute les moins courageux des lecteurs.
L'écriture est très dense. Les retours à la ligne se font très rares, ainsi que les dialogues. Ceux que l'on trouve ne sont jamais marqués mais sont noyés au milieu de la narration.
Les phrases sont généralement longues, au point d'avoir besoin de relire le début quand on arrive à la fin car Céline Curiol use d'un français soutenu, très riche, très littéraire. Pas systématiquement, je vous rassure un peu (!), mais régulièrement.
La lecture nécessite une concentration constante, sous peine de perdre le fil de l'histoire.

Vous l'avez compris, ce n'est pas un livre à lire, juste pour se détendre (mince, je suis mal barrée pour vous le vendre là).

Quant à la construction du récit, j'ai mis plusieurs dizaines de pages à la comprendre.
J'étais un peu perdue. 
Les groupes de paragraphes, d'un nombre de pages variable, se rapportent à l'une ou l'autre des deux femmes, et l'on arrive assez bien à naviguer entre elles.
Par contre, j'ai été un moment perplexe face aux différents passages de la narration entre le "je" et le "elle".
Ce n'est qu'après réflexion que j'ai enfin compris que les passages à la première personne se rapportaient au présent de Miléna et d'Eléna, en ce début de mois de juillet 2008, tandis que ceux à la troisième personne étaient des récits de leur passé.
D'autant plus déroutant, au début, que dans les passages concernant le présent, les héroïnes parlent aussi régulièrement du passé.

L'action se déroule lentement. 427 pages pour deux jours de la vie de ces femmes, autant vous dire que le lecteur est collé aux personnages et à leurs pensées profondes à longueur de texte.

Bref, il faut un certain temps pour rentrer dans ce livre, pour être à l'aise.
J'ai mis presque une semaine pour en venir à bout.

Ai-je aimé, n'ai-je pas aimé ?
Je suis entre les deux.
Le livre est bon, et je ne vois pas comment on pourrait dire le contraire. Il est excellemment bien écrit et très bien construit, une fois que l'on a saisi sa structure.
Je me suis plus attachée au personnage de d'Eléna, la Parisienne, qui vient chercher à New-York une réponse sur tout un pan énigmatique de la vie de son mari. On sait qu'elle doit rencontrer un certain Sam Hoft, un inconnu pour elle et l'attente de cette rencontre et des révélations que l'on suppose ne nous tient certes pas en haleine (c'est très lent) mais nous pousse à vouloir connaître la suite.
Va-t-elle enfin avoir sa réponse ?
De plus, Les deux femmes vont-elles se rencontrer ? Y a-t-il un lien entre elles ?

Je vous laisse le découvrir...

Céline Curiol est née en 1975. Deux points communs avec moi (la date et le prénom) qui m'ont poussée à m'intéresser à ce livre. Je lui trouve une certaine ressemblance avec la comédienne Florence Thomassin (clic).
Comme l'un de ses personnages, elle a vécu une dizaine d'années à New-York.
Exil intermédiaire est paru en 2009 et est son troisième roman.
Son premier roman, Voix sans issue, en 2005, a rencontré un grand succès et a suscité l'admiration de Paul Auster (clic), et son dernier roman, L'ardeur des pierres, vient de sortir pour cette rentrée
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