vendredi 16 novembre 2012

Une enfance afrikaner en BD ("Ma mère était une très belle femme")


Karlien de Villiers est née en 1975 en Afrique du Sud, à une époque où le régime d'apartheid est de plus en plus contesté. C'est une Afrikaner, fille cadette d'un couple appartenant à la classe moyenne de la banlieue du Cap.
Son père lui a toujours dit que sa mère était une très belle femme, ce que confirment les quelques photos qui restent d'elle.



Petronella est partie trop tôt, en 1987.
En 2003, Karlien est illustratrice free-lance tout en terminant ses études en design à l'université de Pretoria.
Elle commence à dessiner des croquis de ce qui sera plus tard la base de Ma mère était une très belle femme.
Une sorte de thérapie personnelle et une envie de graver ce qu'était sa mère, avant de tout oublier.
C'est l'occasion d'un travail de mémoire qui l'amène à voir sa mère sous un autre jour, différente de la personne qu'elle avait idéalisée depuis sa mort.
Avec le recul, avec sa vision d'adulte, elle a découvert une femme avec des défauts et avec une vision politique différente de celle qui est la sienne aujourd'hui.

Aujourd'hui, Karlien est professeur de dessin à l'université de Stellenbosch, près du Cap, et "connaît un succès critique et public pour son travail en peinture contemporaine. Ses œuvres sont présentées par de nombreuses galeries en Afrique du Sud ainsi qu'en Italie".
Dans cette bande-dessinée, Karlien retrace son enfance, entre l'âge de 5 et 12 ans, âge auquel elle a perdu sa mère. Elle dessine son quotidien et celui de sa sœur Natalie avec leurs parents, une vie normale en plein milieu d'un conflit politique amorçant la lente disparition du régime d'apartheid. Puis les disputes, le divorce et le remariage de son père Johan avec Anna, une belle-mère qui ne veut pas et n'aime pas les enfants.
L'histoire n'est donc pas centrée exclusivement sur la mère.
Tout cela sur fond d'apartheid décadent.
Ce contexte politique étant forcément présent dans l'histoire mais sans militantisme aucun. Il est évoqué du point de vue spectateur de celui de l'enfant.

L'ouvrage n'est pas très long. Les chapitres sur l'enfance de Karlien et de sa sœur sont entourés de deux chapitres plus contemporains. Le retour de Karlien en Afrique du Sud en 2000 et les retrouvailles avec sa grande sœur, après 2 ans en Angleterre, ouvre le bal et, à la toute fin, on peut voir notre amie à la même époque, étudiante installée à Pretoria, renouant tant bien que mal les liens avec son père, juste avant qu'elle ne commence à jeter les bases de ce futur livre.

J'ai aimé les couleurs et les lignes douces et rondes. Un dessin un peu enfantin qui d'ailleurs n'a pas manqué d'attiré les regards de ma fille de 7 ans.
- "Maman, tu pourras me le prêter ton livre qui s'appelle Ma mère était une très belle femme ?"
Pas de problème, il n'y a rien d'interdit aux moins de 12 ans dedans. Tout est soft. Elle s'est donc plongée dedans et vous savez quoi ? Elle l'adôôôre !



J'ai aimé le titre du livre, un peu moins la couverture de l'édition française. Celle de l'édition originale suisse est tellement plus gaie !

Couverture de l'édition originale en allemand
éditions Arrache Cœur (Suisse), 2006

Mais non, les éditions çà et là ont demandé à Karlien de leur faire une couverture inédite.
Mais pourquoi ?
Quel dommage...

Une bande-dessinée qu'il ne faut surtout pas hésiter à lire. Le témoignage sur la vie quotidienne d'une famille moyenne blanche, dans sa banlieue blanche, même s'il est sommaire, vaut ce qu'il vaut et on imagine bien que les bandes-dessinées sud-africaines sont suffisamment rares chez nous pour être remarquées.
Un seul regret : que la BD ne soit pas plus longue (qu'on arrête de la comparer à Persepolis de Marjane Satrapi qui est une fresque gigantesque à côté).

À noter que la dernière édition qui date de 2010 (2007 pour la première édition en français) a été augmentée d'un chapitre d'une dizaine de pages, intitulé Histoire d'un livre, dont est tirée la photo ci-dessus, dans lequel l'auteure explique la genèse du livre, photos de famille, croquis et ébauches de planches à l'appui.

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