vendredi 28 décembre 2012

"Le Nao de Brown", œuvre de génie ou légère escroquerie ?


Une femme à tête de machine à laver (???), impossible de passer à côté de cette bande-dessinée en ce moment !
Beaucoup crient au génie, Pénélope Bagieu a adoré, les spécialistes BD aussi, il fallait donc que je me procure d'urgence cette Nao de Brown !

Assez conquise par les dessins à l'aquarelle sur les extraits de planches que j'avais déjà pu voir sur le net, il n'y avait "que" l'histoire pour me laisser quelques craintes.
Une jeune femme londonienne, Nao Brown - c'est son nom -, métisse anglo-nippone est atteinte d'un TOC très très particulier : elle ne peut réfréner des pensées extrêmement morbides, qui la poussent à imaginer des scènes de meurtre quand elle se trouve face à certaines personnes, notamment quand des stylos, des ciseaux ou des couteaux traînent dans le coin. Elle part alors très loin dans sa tête et doit prendre sur elle pendant de longues minutes, voire dizaines de minutes avant de pouvoir refaire surface.
Le TOC dont elle ne peut parler à personne, si ce n'est à sa meilleure amie, qui se trouve être aussi sa colocataire.
Glyn Dillon se serait inspiré des symptômes dont souffrait son épouse étant petite (source).
Je ne sais pas, mais moi, ça ne m'emballait pas plus que cela ce sujet.


"Ils ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale."

A mon grand bonheur, en lisant, je me suis rendue compte que cette maladie obsessionnelle n'est pas tout dans l'histoire et qu'en réalité, ce TOC zarbi dont tout le monde est loin d'être le sujet principal du livre.
J'ai eu tout de même un peu de mal à rentrer dedans. Quand Nao débarque dans la boutique d'art toys de l'ami pour lequel elle va travailler, j'étais assez perdue par les dialogues spécialisés sur les termes manga et art toys, justement. Je commençais à me dire que hou la la, si c'est tout le long comme ça...
Et là-dessus, 2 pages complètement incongrues, au traitement graphique différent des belles aquarelles de tout le reste, une histoire de "Rien" et d'enfant-arbre qui débarque de nulle part... Au secours, je n'y comprends rien !
J'étais de plus en plus inquiète...

Page de droite, l'enfant-arbre...

Heureusement (ah oui, ouf !), tout s'est éclairé un peu plus loin. J'ai compris que la fille était dingue d'un dessin animé fantastique japonais intitulé Ichi (pouvait pas le dire plus tôt ?!), une pure invention de l'auteur, et que ces pages atypiques qui sont éparpillées tout au long du récit racontent cette fiction dont Nao est complètement gaga.
Je suis assez hermétique à ce type de récit fantastique, et je trouve que ça n'apporte rien du tout dans l'histoire de Nao Brown, mais je reconnais avoir été épatée que Glyn Dillon pousse le vice à créer tout un monde imaginaire autour de dessin animé, qui prend vie hors de sa BD.
Le dessinateur imaginaire de Ichi, Gil Ichiyama, un franco-japonais, a un vrai compte twitter, et il existe un site web dédié à son film d'animation : clic
Même si j'aime moyen, je trouve ça fort ! (et pourquoi personne n'en parle ?)

Et finalement, c'est ce que je retiens de cette BD, ainsi que les dessins magnifiques, "à tomber par terre" selon Pénélope Bagieu. La couleur, dans un roman graphique, ce n'est pas la norme du moment et quand c'est aussi beau, c'est forcément remarquable. Il y a un travail de fou sur ces pages !
Et un travail subtil dans les nuances de couleurs, qui varient en fonction de l'humeur de l'héroïne.


Quant à l'histoire d'amour, car il y a une histoire d'amour, Pénélope l'a trouvée "mortelle". 
Moi je dis "calmos, n'exagérons rien, ne nous emballons pas".
C'est pas mal, certes, mais c'est une histoire d'amour comme tout le monde peut en vivre.
Non, ce qui est prenant, c'est tout simplement la petite vie de cette nana, Nao Brown, avec sa coloc', son petit boulot, le dessin dans lequel elle essaie de percer, sa maladie de dingue qu'elle essaie de contrôler, le mec sur qui elle fantasme parce qu'il a la tête d'un des héros du dessin animé, limite elle est plus atteinte par son addiction à Ichi qu'à son TOC...

Mais autour de tout ça, pas mal de flou... J'ai eu du mal à digérer aux nombreuses pages consacrées aux séances de méditation auxquelles se rend Nao pour tenter de trouver l'apaisement, avec tout un blabla ésotérique et des références qui me sont complètement passés à côté de la tête. 
Encore une fois, ça n'apporte strictement rien à l'histoire.

À cause de ces bémols dont je vous ai fait part, je comprends tout à fait le commentaire de cette personne, laissé ici, qui parle de "belle escroquerie" qui est "plus une compilation d'aquarelles reliées par un texte plat et des dialogues creux qu'un vrai récit". Ça casse mais j'y vois du vrai.
J'ai envie de dire "heureusement qu'il y a les dessins, ça sauve tout !".

Pour résumer : un très bel ouvrage, aux dessins magnifiques, avec une histoire originale, mais qui est un peu difficile d'accès, comme l'ont souligné plusieurs critiques que j'ai lues, et qui en rebutera plus d'un.
Une BD qui gagne à être relue pour pouvoir appréhender toutes les petites choses qui n'ont pas été comprises à la première lecture.

Et pour terminer... question bonus...
Pourquoi ce titre ?
ok, la fille s'appelle Nao Brown mais pourquoi Le Nao de Brown ?

Que celui ou celle qui a compris se manifeste immédiatement !



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