vendredi 8 février 2013

Quand Picasso avait 20 ans (biographie romancée en BD)


En épluchant la sélection officielle du 40ème Festival BD d'Angoulême, le tome 2 de la série Pablo, consacrée aux jeunes années de Picasso, m'a rappelé son existence. Je l'avais bien déjà vu, avec cette couverture très particulière, cette femme "rouge", mais le sujet, Pablo Picasso, ne m'avait pas séduite dans l'immédiat.
Allez savoir pourquoi, je me suis décidée tout de même à faire deux, trois recherches sur le net, afin de voir de plus près à quoi ressemblaient les dessins. J'ai été suffisamment attirée pour me laisser tenter par les deux premiers volumes de cette fresque artistique du début du XXème siècle.

Bien m'en a pris : j'ai été plus qu'emballée par le travail de Clément Oubrerie, pour les images, sur une idée de départ de la scénariste Julie Birmant, qui a écrit cette histoire sous forme de roman. Jul, dessinateur de presse, l'a adaptée pour la BD. Et Sandra Desmazières l'a mise en couleur. Et les couleurs ont une importance ici.

Ambiance chaude bouillante pour cette histoire de Pablo, racontée par Fernande Olivier, sa première compagne, qu'il a peinte sur de nombreuses toiles et avec qui il a vécu plus de dix ans. Julie Birmant s'est notamment inspirée des mémoires de Fernande, publiées en 1988.
La série, qui comptera 4 volumes en tout, couvre donc cette période "avec Fernande", la période bleue de Picasso jusqu'aux débuts du cubisme.

Dans le premier tome, Max Jacob, Fernande raconte l'arrivée de Picasso, alors âgé de 19 ans, à Paris lors de l'Exposition universelle de 1900, avec son ami Casamegas, qui se suicidera quelques temps après. Ils fréquentent les autres artistes espagnols et vivent ensemble dans un atelier, avec leurs maîtresses.
Ambiance bohème...
Quelques mois plus tard, Pablo expose des toiles dans la galerie réputée de Vollard. C'est le succès. Picasso peint des choses "faciles", gaies, académiques (Le Moulin de la Galette, un Paris coloré, un Paris de carte postale). C'est un peintre de salon et ce n'est pas encore l'artiste torturé qui mettra sur ses toiles ses heures sombres et fera basculer l'art dans la modernité. À cette occasion, Max Jacob, un poète et critique d'art, entre autres "dons", tombe amoureux du travail de celui qui deviendra dès lors son ami.
En parallèle, Fernande raconte son propre parcours.


Mariée très jeune, elle finit par fuir une vie conjugale difficile. Elle débarque à Paris, rencontre un peintre, Laurent Debienne, qui l'héberge, et plus, en échange de ses poses. Tous deux s'installent un jour au Bateau-Lavoir (un immeuble regroupant plusieurs ateliers d'artistes) au sommet de la butte Montmartre.


Max Jacob vit lui aussi pas très loin, dans le quartier, où il tire les cartes, et Pablo vient également s'installer au Bateau-Lavoir quelques temps après. Il flashe immédiatement sur Fernande.
Ce premier volume se termine sur leur première nuit ensemble.


Dans le second volume, Apollinaire, Fernande reprend l'histoire exactement là où elle s'était arrêtée. Les deux amants se réveillent ensemble. Pablo déclare à Fernand une flamme passionnée, ce qui a pour effet de faire fuir la demoiselle.


Dans ce tome, en 1904, Pablo rencontre Apollinaire, qui tient le crachoir dans une brasserie du côté de la Gare Saint-Lazarre. Comme avec Max Jacob, l'amitié est immédiate et les deux se consolent de leurs amours perdus.


Mais Pablo finit par retrouver sa Fernande. Les temps sont un peu durs pour eux, jusqu'à ce que les richissimes marchands américains, le frère et la sœur Stein, Leo et Gertrude, tombent en admiration devant les œuvres de Picasso.


Pablo est fascinée par le charisme de Gertrude, que Fernande qualifie jalousement de "Bouddha replet" . De longues séances de pose commencent.


Pour ce qui est de l'œuvre de Picasso et de ses évolutions, ce n'est pas sur cette BD qu'il faut compter. Les périodes sombres et plus heureuses du futur maître sont évoquées mais Clément Oubrerie ne montre pas vraiment la traduction en peinture. Et pour cause : il est interdit de reproduire, et même de représenter les œuvres de Picasso, qui sont particulièrement bien défendues. Un regret pour le dessinateur qui "aurait beaucoup aimé redessiner des Picasso, par simple plaisir sensuel".
Son travail d'artiste, sur cette série-là, n'en est pas moins époustouflant.
Voilà ce qu'il en dit : “Je me suis amusé à utiliser les outils qu’on utilise dans les académies, pour rester assez proche de mon sujet. Il y a donc du fusain, du charbon, du crayon, de l’encre, de l’aquarelle... On ne peut pas raconter Picasso avec la ligne claire, il faut un modèle un peu explosé. J’ai aussi travaillé en grand : chaque case est un format A4, ça permet un rapport plus physique au dessin, qu’on perd en BD, qui est plutôt un travail de miniaturiste. Là, l’idée était un peu de se battre avec la matière.” (source)

Son travail a été remarquablement mis en couleur par Sandra Desmazières. Les teintes chaudes côtoient des tons plus bleutés, variant subtilement en fonction du temps, de la période de la journée ou des humeurs des personnages.
Un exemple, très particulier, avec cette double page : à gauche, le noir domine. Atmosphère feutrée, Fernande rend visite à Max Jacob, le tireur de cartes, et lui confie son inquiétude face au rapprochement de Pablo et Gertrude. Elle se sent exclue de la relation . À droite, dans l'atelier de Pablo, atmosphère de travail. Le blanc, la clarté, domine.



Résultat : chaque page, chaque case est un régal.
Je vous conseille d'ores et déjà ces deux premiers volumes, et sans aucune modération !

Le tome 3 de Pablo, consacré plus particulièrement à Matisse, sortira en avril 2013, pour le plus grand bonheur des fans dont je fais désormais partie.

Clément Oubrerie est également le dessinateur de la BD Jeangot, Le renard manouche, une adaptation animalière de la vie de Django Reinhardt, réalisée avec le célèbre Joann Sfar. 3 volumes sont prévus pour cette série et nul doute que le premier sera un jour entre mes mains.
Pour le moment, je suis plongée dans une autre série (6 volumes) dont il est également le dessinateur, celle qui l'a révélé : Aya de Yopougon.

Pour approfondir :
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