vendredi 24 mai 2013

La captivante "Terrienne" de Mourlevat


Il était temps que je découvre ce Jean-Claude Mourlevat dont mon amie bibliothécaire bénévole, quelques parts dans les monts de la Loire, me conte grand bien à chaque fois que je la vois !
Un gars du coin en plus !

Sur ses conseils, j'ai donc emprunté Terrienne... une lecture typée "ado", le truc qui me fait reculer instinctivement, tant j'ai peur à chaque fois de ne pas y trouver mon compte. Un sujet, qui plus est, fantastique... vraiment tout ce qu'il faut pour ne pas m'emballer d'office.
Comme je me méfie de plus en plus de mes satanés préjugés, j'ai donc écouté cette amie et je ne l'ai pas regretté.


J'ai découvert une histoire formidablement bien imaginée. Un monde parallèle, dont l'existence n'est pas particulièrement possible et probable, mais tellement bien construit que le lecteur croit à ce qu'il lit.
On est aussi porté par une certaine poésie qui se dégage des personnages inventés par l'auteur. Principaux comme secondaires, tous ont des caractères et une histoire personnelle bien dessinés.
Et ce sont eux qui font la force de ce roman parce qu'on ne peut pas dire que le suspense est à couper le souffle. Il y a un ou deux événements que l'on ne voit pas venir mais à part ça... Pour autant, j'ai dévoré ce livre !

Je me contenterai de vous donner le sujet principal, sans en dire plus, sinon, ce serait vous raconter l'histoire, et ce n'est pas le but.

Anne, une jeune fille de 17 ans, part à la recherche de sa grande sœur, disparue un an plus tôt avec son fiancé, le lendemain de leur mariage. Elle a découvert un passage, quelque-part dans la campagne, qui conduit tout droit vers un autre monde, dans lequel sa sœur est vraisemblablement retenue prisonnière.
Dans son aventure, Anne entraîne avec elle, Etienne Virgil, un papy écrivain, qu'elle a rencontré en faisant du stop.
Dit comme cela, l'histoire pourrait vous sembler assez farfelue. Je vous rassure tout de suite, il n'en est rien.
Le sujet est d'ailleurs plus grave que comique et les habitants de l'autre monde n'ont rien à voir avec des petits hommes verts rigolos. Ils ont la même apparence que les humains mais grande différence, ils ne respirent pas. Leur monde est aseptisé, il n'y fait pas froid, pas chaud et le ciel est tout le temps gris. Ils ne connaissent pas les maladies et leurs femmes n'enfantent pas (mon dieu quelle horreur pour eux !) Leur destinée est quasiment toute tracée depuis leur naissance, de leur futur métier à leur "mariage" avec leur "compatible". Quant à leur fin de vie, elle est désespérante de tristesse.
Somme toute, un monde plus évolué que le nôtre, technologiquement parlant, mais qui est comme robotisé.

J'ai beaucoup aimé me positionner du côté desdits habitants, qui, pour la plupart, à l'exception de quelques "initiés", ne croit pas à l'existence des Terriens et les considèrent comme faisant partie des légendes de leur monde. Comme nous par rapport à d'hypothétiques extra-terrestres ! Excellent point de vue.

Extrait p. 67 : Anne discute avec une femme de l'autre monde...
"- Dites-moi, madame Stormiwell, où sommes-nous ici ?
- Nous sommes à Campagne.
- Oui, je sais, c'est le nom de cette ville, mais je voulais dire : dans quel monde ?
- Et bien, je ne sais pas comment vous répondre, il n'y a pas de nom. C'est... le monde. Nous sommes... dans le monde. C'est vous qui n'y êtes pas vraiment. Les gens ici ne croient pas en vous, d'ailleurs, et c'est très mal considéré d'y croire. Si j'en parlais, je passerais pour folle et on me soignerait. Comme ceux qui prétendent voir des fantômes ou des extraterrestres chez vous. En fait, vous êtes un fantôme pour moi. N'empêche que je crois en vous."

Extrait . 69 : plus loin dans le dialogue...
"- Dites-moi, madame Stormiwell, comment savez-vous toutes ces choses sur nous ?
- Je les ai lues. Ça me passionne.
- Dans des livres ?
- Bien sûr. Des livres électroniques. Pas des livres de... comment appelez-vous ça ?
- De papier ?
- C'est ça. Nous n'avons pas de papier. C'est sale.
- Et que disent les livres électroniques sur nous ?
- Ils parlent de vous, ils racontent des histoires sur vous, mais ils précisent bien que vous n'existez pas.
J'ai pensé aux contes que j'avais lus, enfant, à tous ces romans lus plus tard, à toutes ces fictions comme celles qu'écrivait sans doute le vieux monsieur qui m'avait prise en auto-stop. On y trouve des fées, des géants, des ogres, des fantômes, mais pas plus les auteurs que les lecteurs n'y croient, bien entendu. On les invente juste pour se sentir moins seuls dans notre univers. Et voilà que dans cet autre monde que le mien, je devenais moi-même une de ces créatures."

À mes yeux, toujours très critiques, quelques points restent énigmatiques. J'aurais notamment aimer connaître la manière dont Anne a découvert le passage qui mène dans l'autre monde.
J'ai été aussi surprise par la disparition un peu prématurée d'un personnage important de l'histoire (hum, hum, impossible d'en dire plus sous peine de tuer le suspense, déjà que je suis limite là) et tout le long du reste du livre, je me suis dit que non, ce n'était pas possible, il allait bien finir par réapparaître par je ne sais quel tour de magie (un peu comme dans les films). Et bien non !
Notez que ce n'est pas un mauvais point en soi, loin de là, mais je me suis un peu fait la réflexion que c'était dommage de construire si bien un personnage pour le zigouiller en cours de route.

Le style de l'auteur n'a rien de remarquable à mes yeux. C'est écrit simplement. Peut-être parce que le public visé est un jeune public et que l'auteur adapte son écriture ?
On appréciera, ou pas, au passage, la fin de vie des habitants de l'autre monde, qui est une référence grosse comme une maison (vraiment grosse) aux chambres à gaz.

Quoi qu'il en soit, le conte est beau, la morale est noble (sachons apprécier notre monde humain, tout imparfait soit-il), j'ai eu envie d'y croire et je n'ai pas lâché le livre du début jusqu'à la fin.
Je comprends donc parfaitement que les jeunes apprécient Mourlevat. C'est un auteur reconnu et sa Terrienne a été récompensée par plusieurs prix littéraires.

À mettre entre toutes les mains de nos ados !

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