vendredi 10 mai 2013

Le bleu est une couleur chaude en BD mais aussi au cinéma !

J'ai découvert cette bande dessinée qui traite de l'homosexualité féminine, sur fond d'histoire d'amour initiatique, sur le blog de My little discoveries (clic).
Par la même occasion, j'ai appris que l'ouvrage a été adapté au cinéma par Abdellatif  Kechiche (sortie prévue en octobre) sous le titre de La vie d'Adèle. Le réalisateur montera  prochainement les marches de Cannes avec ce nouveau film qui est en compétition dans la sélection officielle (projection le jeudi 23 mai).
Vivement le Festival qu'on en sache un peu plus car pour l'instant, à part une possible affiche (officielle ? cf photo ci-dessous) et deux photos, la surprise est bien préservée !
En attendant, plongeons-nous dans l'œuvre originale de la jeune Julie Maroh...

Clémentine est une jeune lycéenne de 15 ans quand elle croise pour la première fois, en 1994, sur la Grand'place de Lille, le regard de la fille aux cheveux bleus. Depuis, ce bleu la hante, jusqu'à ses nuits.


Elle refoule ses sentiments tout au fond d'elle. Elle ne peut pas être attirée par une fille car les filles ont envie des garçons. C'est comme ça. Point.
Dans un premier temps, elle nie la réalité, tente de sortir avec des garçons. L'échec est total.
Elle se confie à Valentin, un camarade de classe homosexuel.
Un an et demi après, alors qu'ils passent la soirée tous les deux dans les bars gays de Lille, elle recroise les cheveux bleus...


La fille s'appelle Emma, est étudiante en quatrième année aux Beaux-Arts, sort avec sa copine depuis plusieurs années et elle, assume complètement sa sexualité. Elles discutent. Clémentine est sur un petit nuage.
Quelques jours plus tard, surprise, Emma vient l'attendre à la sortie du lycée. Clém part sous les regards goguenards et interrogateurs de ses camarades.
C'est le début d'une relation complice, cachée, platonique au début puis de plus en plus ambiguë.


Jusqu'à ce que Clémentine soit sûre de ses sentiments, que le désir soit trop fort et qu'elle impose finalement son amour à une Emma tiraillée entre ce qu'elle ressent pour la jeune fille et son attachement pour sa copine. Le début d'une vie commune pour elles deux quelques temps après, à la suite une rupture douloureuse entre Clém et ses parents...


J'avoue avoir été un peu déboussolée par la fin de la bande dessinée. Plus de dix années de vie de couple de Clém et d'Emma résumées en une seule page. Le lecteur est comme catapulté dans un autre univers, dans lequel on retrouve notre petite héroïne à l'âge adulte, dans une toute autre ambiance.
Même si l'histoire d'amour entre Clémentine et Emma ne s'est pas mise en place sans difficulté et sans pleurs, le ton dominant dans toute cette première et principale partie est résolument optimiste. Tout amour est beau à vivre. C'est un appel à la tolérance. Des années après, en 2008, les personnages semblent minés...


Clémentine est en pleine confusion des sentiments et assez mal dans sa peau. Elle vient de tromper Emma avec un homme, et les différences entre Emma et elle dans la façon de vivre et de ressentir leur homosexualité la pèsent. On apprend aussi, à demi-mots, que la jeune femme vit très mal l'incompréhension de la part de ses parents...

"Depuis cette nuit de mes 17 ans où je me suis retrouvée à la porte de ma propre maison, cette nuit où mon père défiguré par la colère m'a déclaré "Si tu pars avec elle, tu n'es plus ma fille"... mon esprit est rarement en paix". (p. 132)

Tout cela en seulement quelques pages, j'ai trouvé le raccourci un peu trop facile.
Je suis restée avec des d'interrogations quant aux raisons de son mal-être et à son état dépressif... On la voit prendre des médicaments et en abuser... malheureusement... au moment où justement elle semblait avoir enfin trouvé la sérénité. Quand le "pas de chance" se mêle à cette belle histoire d'amour, elle ne peut que se terminer douloureusement.

Au cinéma, c'est Léa Seydoux qui tient le rôle d'Emma et celui de Clémentine, qui s'appelle Adèle dans le film, est joué par une toute jeune actrice, Adèle Exarchopoulos, qui a joué dans La Rafle.. Je suis très curieuse de voir ce que peut donner la transposition sur grand écran. Il faut encore patienter, je sais, je sais...

Dans cette bande dessinée, j'ai été plus touchée par le traitement graphique que par l'histoire en elle-même.
L'histoire des deux jeunes femmes nous est délivrée à travers la lecture du journal intime de Clémentine par Emma. Les pages correspondant à ces souvenirs sont monochromes, juste teintées de bleu pour les cheveux d'Emma et pour tout ce qui peut symboliser le désir et l'amour aux yeux de Clémentine.


Les pages contemporaines sont plus colorées, mais toujours dans des teintes assez neutres.


Sur le blog de Julie Maroh, vous trouverez ici une interview qu'elle a donnée pour l'émission Un monde de bulles sur Public Sénat, en 2010 (aux environs de 10'10'').
Le bleu est une couleur chaude est sa première bande dessinée publiée et elle a déjà remporté plusieurs prix. Son adaptation au cinéma par un réalisateur de renom contribuera certainement à la longévité de ce succès.


Edit du 29/05/2013 :
À lire sur le blog de Julie Maroh, ici (clic) ses récents mots sur son ressenti par rapport au film et à tout ce qui se passe autour d'elle depuis la révélation du film de Kechiche au public de Cannes et la Palme d'Or qu'il a remporté.
Je fais partie de ceux qui ont été très étonnés - je ne sais pas si choqués est le mot approprié - de ne pas entendre parler de l'auteure à l'origine de la naissance du film (ou si peu).

Bravo Julie et longue vie à ta bande dessinée !


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