mardi 10 septembre 2013

"Le divan de Staline" de Jean-Daniel Baltassat


Borjomi, en Géorgie. 1950.
Le vieux Staline se retire dans le palais Likani, dans sa région natale. À la demande de sa maîtresse de longue date, La Vodieva, il reçoit le jeune peintre Danilov, chargé de concevoir un monument dédié à la gloire du Petit Père des Peuples. Un monument capable de rivaliser, et même plus, avec le mausolée de Lénine, sur la place Rouge.

Le roman se déroule lentement, dans une légère ambiance de huis clos. Autour des 3 personnages principaux que sont Staline, sa maîtresse et le peintre, gravitent des officiels du gouvernement, la garde rapprochée du maître du Kremlin, une gouvernante et des soubrettes et autres camarades soviétiques.

Danilov, le peintre, est installé dans une remise attenante au palais. Ça sera son lieu de vie et de travail. Il lui tarde de pouvoir enfin rencontrer le grand homme. Avant, il doit subir les interrogatoires des Proskrebychev et Vlassik, "simples" vérifications de la bio !
De son côté, Staline, outre fumer sa légendaire pipe et regarder des films américains dans une salle de cinéma improvisée, se prend au jeu de vouloir tester la méthode Freud d'interprétation des rêves.
L'homme est hanté par certains rêves, mêlant sa femme adorée, morte suicidée, son enfance, Lénine, ses années d'exil.
Il s'installe sur un divan, le même que celui du Charlatan viennois, comme il l'appelle, et la Vodieva, sa maîtresse, dans un fauteuil, tient  le rôle de Freud.

J'ai été très agréablement surprise par le sujet.
Je rassure immédiatement tous les réfractaires à l'Histoire : point besoin d'être calé sur l'URSS période post-2ème guerre mondiale ni même d'aller se taper la fiche wikipedia de Staline ! Non, ce n'est pas du tout nécessaire à la compréhension. Ce roman, peuplé de personnages fictifs et réels, se lit vraiment comme un roman. Et - chose suffisamment rare chez moi pour que je le souligne - pour une fois, je n'ai pas cherché à démêler ce qui était véridiquement historique de ce qui ne l'était pas. Je n'ai pas eu envie de me renseigner pour savoir si telle ou telle personne avait réellement existé, si la Vodieva ou le peintre Danilov avaient vraiment existé. 
Non. Je me suis tout simplement laissée porter par la très belle écriture de Jean-Daniel Baltassat. Une écriture très riche, aux phrases longues, peuplées de digressions. Une écriture qui prend le temps de poser les décors et les ambiances.
La longue attente de Danilov pour rencontrer Staline, l'ambiance suspicieuse qui règne autour de ce dernier, avec les gardes qui surveillent tout, l'admiration, la crainte et la soumission de tous ceux qui l'entourent, sa relation d'amour (?) avec sa maîtresse, faite de tendresse toute retenue, à défaut de ne plus être très sensuelle (l'homme est vieux, hé, hé)...
Une écriture qui demande donc une grande concentration de lecture (j'avoue avoir sauté quelques paragraphes, et 3 pages à un endroit, totalement inintéressantes, sur des considérations stratégiques sur la Guerre en Corée - au secours !!! -) mais pour contrebalancer, les chapitres sont très courts. 4 ou 5 pages maximum en moyenne.

Une histoire qui avance à tous petits pas. L'interprétation des rêves façon Freud ne commence pas avant le milieu du roman !

Et c'est là que se place la petite déception que pourront ressentir certains lecteurs. Freud et son divan n'ont finalement pas tant d'importance que cela dans cette histoire, contrairement à ce que la lecture du résumé de l'éditeur pourrait le laisser penser. La pseudo séance d'analyse n'a lieu qu'une seule fois.
Pour ma part, cela ne m'a pas dérangé du tout. J'avais d'ailleurs un peu peur de me retrouver avec des chapitres entiers de psy-chose, mais non, ouf !
J'étais par contre impatiente de voir le face à face Staline/Danilov, et quand il est arrivé dans le dernier tiers du récit (oui, quand même, faut être patient !), je l'ai trouvé sans surprise. On avait déjà deviné en grande partie ce que découvre le peintre.

Au final, c'est une histoire qui est donc... sans surprise mais dont l'intérêt réside dans l'audace romanesque de l'auteur (non mais sérieux, comment il a eu cette idée ???) et dans l'art de l'écriture qu'il manie à merveille.

Je remercie babelio et les éditions Seuil qui m'ont fait parvenir ce roman.
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