lundi 13 janvier 2014

"Le cas Sneijder", une fantaisie littéraire aussi souriante que désespérée...


Paul Sneijder, 60 ans, français d'origine, vit à Montréal avec son épouse.
Le 4 janvier 2011, il est victime d'un terrible accident d'ascenseur, dont il est le seul à ressortir vivant.
Parmi les personnes décédées... sa fille de 36 ans, chérie et adorée, née d'un premier mariage...


Comment survivre après cela ? Comment trouver un sens à sa vie auprès d'une femme carriériste, "à haut potentiel", détestable, odieuse, égoïste, tyrannique au possible quand on a perdu l'unique être qui mettait du bonheur dans votre vie ?
Tout reprendre à zéro... Respirer le grand air en acceptant un travail de dogwalker.
Promeneur de chiens.
Mais aussi s'enfermer dans sa bulle, dans son bureau auprès des cendres de sa fille, en se documentant désormais sur tout ce qui touche de loin et de très près aux ascenseurs, des accidents recensés aux détails techniques les plus pointus.
Une manière comme une autre d'essayer de comprendre ce qui a pu se passer ce 4 janvier 2011... et qui donne à lire au lecteur des pages que j'ai trouvées personnellement extrêmement instructives sur le rôle et l'importance primordiale des ascenseurs dans la civilisation.

L'écriture de Jean-Paul Dubois est d'une grande qualité, simple mais délicieuse et contribue fortement au plaisir de la lecture.
On suit avec bonheur les errements de Paul dans sa "vie d'après", les petits moments de plaisir quotidien qu'il arrive à retrouver auprès des chiens...
 Extrait p. 144 :
   "La vie, ce sport individuel qui mériterait, pour peu que l'on considère l'absurdité de ses règles, d'avoir été inventé par un Anglais bipolaire, avait assez d'humour pour laisser à des chiens, dont je ramassais ce que l'on sait, le soin de me redonner une petit part de la confiance et de la douceur dont la plupart des miens m'avaient depuis longtemps privé."
 ...ou bien de l'avocat "des ascenseurs" (la partie adverse), un homme qui a des points communs avec lui et dont il apprécie la conversation reposante.

On déteste avec Paul cette épouse monstrueuse qui ne pense qu'à elle, qu'à sa réputation, qui traite son mari comme de la merde, n'ayons pas peur des mots et dont les deux jumeaux, avocats en France, nés de son mariage avec Paul sont les dignes héritiers de leur mère et ne présentent aucune once d'humanité envers leur géniteur. La détestation semble réciproque...
Extrait p. 48 : quand Paul est encore à l'hôpital, suite à l'accident...
  "Si je suis, bien sûr, dans l'incapacité d'expliquer les raisons neurologiques qui ont provoqué ma première longue absence, je crois pouvoir, en revanche, cerner les causes et le facteur déclenchant de ma rechute. Il s'avère que par le plus grand des hasards mes fils étaient arrivés à Montréal le 26 janvier au soir pour visiteur leur mère et, accessoirement, jeter un oeil sur la momie enturbannée qui leur tenait lieu de père. Donc, le 27, en début d'après-midi, ce que j'avais encore de famille se transporta avenue des Pins, au Royal Victoria Hospital et s'aligna au bout de mon lit dans cette posture que l'on se croit obligé d'adopter en présence d'un gisant. Or, ce qui était hautement improbable se produisit : j'ouvris les yeux et ma conscience que l'on eût dite alimentée par une vieille batterie, se ralluma peu à peu. Passé le premier éblouissement, je découvris les trois Keller, quasi interchangeables, la dynastie au grand complet, les jumeaux dévoués et leur sainte matrice. Je le dis avec le plus grand sérieux, je suis certain que cette vision cauchemardesque de mes fils et de leur génitrice, s'ajoutant au pressentiment de ce que l'on allait m'apprendre [la mort de sa fille], me fit reculer d'un pas et m'incita d'emblée à repartir là d'où je venais."

Il essaie de se reconstruire, à sa manière, mais les trois autres le prennent pour un fou, avec sa nouvelle lubie des ascenseurs, son nouvel emploi on ne peut plus dévalorisant à leurs yeux et sa volonté de ne pas porter plainte contre le fabricant de l'ascenseur afin de récupérer des millions de dommages et intérêts.

Le ton fait beaucoup sourire (rire, pour ma part, non), est souvent sarcastique et finalement léger malgré cette vie horrible à laquelle Paul est désormais voué.
Sourire... jusqu'aux dernières pages... désespérément tristes... où le titre prend tout son sens...

Le bémol ? Car il y en a souvent dans tous les romans... Comment croire possible que cet homme, Paul Sneijder, a accepté sans broncher pendant tant d'années cette vie insipide auprès de cette épouse réellement immonde qui porte en elle tous les défauts de la Terre ???
Bordel, le divorce, ça existe !!! :-)

L'auteur, Jean-Paul Dubois, n'en est pas à son premier roman. On lui doit entre autres Kennedy et moi, adapté au cinéma par Sam Karmann. On le dit discret.


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