jeudi 17 avril 2014

"Juste une ombre" de Karine Giébel... oppressante, effrayante, terrorisante...


Cloé a tout pour être heureuse... elle est belle, a un petit ami charmant, brigue la place de directrice générale d'une agence de pub. Elle s'est construit une vie de rêve où tout lui réussit mais aussi une carapace de froideur masquant une profonde blessure.

Jusqu'à cette nuit où, après une sortie, un homme vêtu d'un sweat à capuche la suit alors qu'elle regagne sa voiture, garée dans une rue... Il ne la touche pas, aucune menace proférée mais cette présence lui procure la frayeur de sa vie.
L'ombre s'installe dès lors dans sa vie... faisant régulièrement des petites apparitions terrorisantes, distillant une peur qui s'insinue sournoisement dans la tête de Cloé.
Sa meilleure amie, son amant, ne la prennent pas au sérieux, mettant ces "visions" sur le contre-coup de la première agression, pensent que leur amie souffre tout simplement de paranoïa.
La police ne la croit pas non plus.
Cloé, ambitieuse et irréprochable au travail, perd pied peu à peu, commettant des fautes.
Elle se met même à soupçonner un collègue, concurrent pour le poste de directeur général, qui chercherait à la déstabiliser.
Ou bien peut-être son ex-mari qui a fait de la prison pour violence conjugale et qui voudrait se venger ?

Qui lui en veut ? Quelqu'un de son entourage ? Un psychopathe qui l'a prise pour cible ?
Cloé s'enfonce mais elle sait qu'elle n'est pas folle. Quelqu'un veut sa mort, ou seulement la terroriser mais elle entend bien ne pas se laisser faire comme cela. Elle est une battante oui ou non ??!!
Qui sera la plus forte ? Cloé ou l'ombre ?

Extrait p. 13 : là où, dès le départ, on comprend que Cloé va morfler... :-)
   Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable.
   Tu sembles avoir réussi, au moins sur le plan professionnel, peut-être même sur le plan personnel. Question de point de vue.
   Tu as su t'imposer dans ce monde, y trouver ta place.
   Et puis un jour...
   Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi.
   Juste une ombre.
   À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche.
   Le jour, la nuit, elle est là. Tenace. Déterminée. Implacable.
   Tu ne la vois pas vraiment. Tu la devines, tu la sens. Là, juste dans ton dos.
   Elle frôle parfois ta nuque. Un souffle tiède, fétide. 
   On te suit dans la rue, on éteint la lumière derrière toi.
   On ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres.
   On feuillette tes livres, on froisse tes draps, on pille tes albums secrets.
   On t'observe jusque dans les moments les plus intimes.
   Tu décides d'alerter les flics qui ne comprennent rien. Qui te conseillent d'aller consulter un psy.
   Tu te confies à tes amis ; ils te regardent d'abord bizarrement. S'écartent finalement de toi.
   Tu leur fais peur.
   Tu as peur.
   Elle est toujours là. Juste une ombre. Sans visage, sans nom. Sans mobile déclaré.
   Est-ce le diable ? Cette présence invisible qui te hante et pourrit ta vie jusqu'à la rendre insupportable, jusqu'à ce que tu aies envie d'en finir en te jetant sous un train ou dans le vide, en espérant qu'elle ne te suivra pas jusqu'en enfer.
   Personne ne te comprend. Personne ne peut t'aider.
   Tu es seule.
   Ou plutôt, tu aimerais tant être seule.
   Mais l'ombre est encore là, toujours là. Dans ton dos, dans ta vie.
   Ou seulement dans ta tête... ?
   Tu avales de plus en plus de médicaments. Somnifères pour pouvoir dormir alors que tu la sens penchée sur toi. Drogues pour affronter ces journées où tu ne penses qu'à elle.
   Plus qu'à elle et à rien d'autre.
   Ta vie si parfaite part en lambeaux. S'effrite, lentement mais sûrement.
   Et l'ombre ricane dans ton dos. Encore et toujours.
   Ou dans ta tête... ?
   Le temps que tu comprennes, il sera trop tard.

Dans le même temps, le commandant de police Alexandre Gomez, une tête brûlée, désagréable au possible avec son prochain, excellent élément mais adepte des méthodes peu orthodoxes qui finiront par lui jouer un mauvais tour, doit faire face à la maladie de sa femme qui se meurt à domicile d'une maladie incurable.

Deux personnes cabossées par la vie dont les chemins vont se rencontrer.
L'auteure a doté son flic d'un capital sympathie éminemment supérieur à celui de sa victime. Celui-ci, sous des abords peu avenants, ressort comme étant une belle personnalité et un vrai "héros". Cloé est nettement moins attachante, malgré ses réelles blessures, avec son caractère hautain et méprisant.

L'histoire se lit très bien, n'est jamais ennuyeuse car originale. Pourtant, les rebondissements ne s'enchaînent pas à chaque chapitre et j'ai même trouvé certaines situations répétitives. Les fausses pistes sont grosses comme des camions mais ce bouquin est tellement bien écrit, l'atmosphère oppressante tellement bien mise en place que cela rattrape amplement la "simplicité" de l'enquête.
Et puis l'action se précipite à la fin, avec deux surprises qui s'enchaînent coup sur coup dans les dernières pages... chapeau !
De quoi me donner largement envie de me plonger dans d'autres romans de Karine Giébel !

Comme Meurtres pour rédemption qui est, paraît-il, "un chef-d'œuvre du roman noir"... Je m'en vais vérifier sous peu... :-)
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