mercredi 25 avril 2012

"Extrêmement fort & incroyablement près", le livre

Un titre enchanteur, à l'image du livre,
qui intrigue et qui donne envie de découvrir cette histoire

Oskar a perdu son papa dans les attentats du World Trade Center.
Depuis, ce petit garçon d'une dizaine d'années, surdoué, hypersensible et hypercréatif, traîne des semelles de plomb, plus ou moins lourdes selon les jours et se fait des bleus sur le corps, plus ou moins selon les jours.
Sa mère semble s'être réfugiée dans le travail.
Oskar se débrouille souvent seul et passe aussi beaucoup de temps avec sa grand-mère paternelle, une dame qui semble un peu "allumée".

la carte de visite d'Oskar

Un jour, Oskar trouve une clé dans la penderie de son père, dans une enveloppe avec le mot "Black" inscrit dessus.
A quoi peut-elle bien servir ? Que veut dire ce "Black" ?

C'est le début d'une quête à travers tout New-York, pour retrouver la provenance de cette clé, la serrure qu'elle ouvrira.
Et peut-être tout simplement trouver l'apaisement...

Le livre déroule en parallèle l'histoire des grands-parents paternels d'Oskar, une histoire d'amour à trois (je vais dire ça comme ça parce que l'histoire est vraiment belle et je ne veux rien dévoiler), assez douloureuse, sur fond de guerre en Allemagne. 

C'est donc un récit à 3 voix.
Celle d'Oskar, le narrateur principal, le fil conducteur qui trace l'histoire au présent, dans le New-York post 11septembre.
Celle de sa grand-mère et celle de son grand-père s'entrelacent alternativement au récit de leur petit-fils, sous forme de lettres, adressées à son fils pour le grand-père, et adressées à son petit-fils pour la grand-mère. Ils déroulent l'histoire de leur vie, qui a commencé bien des années avant, à Dresde, au temps des bombardements de 1945.


Difficile de parler du style... pas du tout académique, extrêmement original !
Tout comme il jongle avec différents points de vue, l'auteur jongle avec les styles d'écriture et les tons en fonction du narrateur.
Il joue aussi avec la mise en page et les espaces entre les mots, conférant à son livre un aspect visuel très important, à la manière de Mark Z. Danielewski dans La Maison des feuilles.


Des pages de photos et une mise en page souvent surprenante ! 

L'édition chez Points comporte plusieurs pages de photos noir et blanc, celles prises par Oskar (?). Sont-ce les mêmes qui figuraient dans l'édition originale de l'Olivier ? Il est certain que les couleurs manquent dans cette version poche. Une note au début du livre précise que "dans l'édition première de ce livre, les noms de couleurs étaient imprimés dans leur couleur correspondante et chaque nom propre avait une couleur déterminée."
Un charme particulier supplémentaire au livre.

Les mots, parlés ou écrits sont presque un personnage à part entière de ce roman.
Le grand-père d'Oskar ne parle plus suite à un traumatisme. Il ne s'exprime plus qu'en écrivant sur des cahiers ou en montrant la paume de ses mains. Sur l'une, le moi OUI, sur l'autre, le NON.
Et dans les chapitres consacrés à son récit, on trouve régulièrement des pages ne comportant qu'une seule phrase, symbolisant les pages du cahier dans lequel il s'exprime.



C'est spécial comme style !
Salman Rushdie l'a qualifié de "pyrotechnique" et c'est vrai que ça part un peu dans tous les sens (visuellement) par moment !

Pour ma part, j'ai trouvé quelques longueurs dans les parties centrées sur Oskar, dans sa quête de la serrure, dans le catalogue des personnes croisées sur son chemin. Je n'ai pas compris ce que ça apportait au récit.
J'ai également été un saturée par le mode d'expression écrit du grand-père qui menait parfois à des échanges un peu lourdingues.
Je n'ai aussi pas compris certaines choses dans sa relation avec la grand-mère (les histoires de mains sur le visage, je me suis demandée si la grand-mère était sourde), la faute à des allusions peut-être un peu trop évasives. Ou bien c'est moi qui manque d'imagination, qui ne suis pas trop réceptive à ce style.

Il n'empêche que j'attendais avec une certaine impatience la suite de l'histoire d'amour, que j'ai trouvée nettement plus intéressante que les états d'âme d'Oskar.
Et c'est devenu presque captivant quand les deux récits parallèles se sont rejoints !

Salman Rushdie a aussi qualifié ce livre d'"extrêmement émouvant" mais là, personnellement, je trouve que c'est un peu excessif.
L'histoire d'amour des grands-parents est belle certes, et c'est d'ailleurs elle qui tient tout le livre mais pour ce qui est de la vie d'Oskar, son traumatisme post 11 septembre (peur des hauts buildings, peur des ascenseurs, etc.), sa gouaille d'enfant surdoué aux répliques surprenantes, sa relation avec sa mère quasi inexistante pendant tout le livre et leur rapprochement à la fin, comme "par hasard", ça dégouline un peu d'américanisme et de bons sentiments. Et je crains que ce soit surtout cet aspect qui ait été mis en avant dans  l'adaptation au cinéma, avec Tom Hanks et Sandra Bullock, qui est sortie en France récemment.
Mais je peux me tromper car je ne l'ai pas vue. Juste lu quelques critiques dans ce sens.

Quant au titre, certains le trouveront pompeux mais j'ai envie d'être positive et de vous dire qu'il est enchanteur, à l'image du ton général de l'histoire. Il a le mérite d'intriguer et de donner envie de découvrir le livre.

Malgré quelques réserves sur le style (trop d'originalité peut tourner à l'esbroufe), je serais curieuse de lire le premier livre de l'auteur, Tout est illuminé, un récit autobiographique qui a l'air encore plus barré !
Et qui a lui aussi été adapté au cinéma en 2005 avec Elijah Wood dans le rôle principal.

Jonathan Safran Foer est un jeune auteur juif-américain qui vit à Brooklyn. Au cours de ses études littéraires à Princeton, il a suivi les cours de Joyce Carol Oates, qui n'a pas manqué de remarquer son talent et l'a poussé à continuer dans la voie de l'écriture.

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