vendredi 26 octobre 2012

Ma virée littéraire en Birmanie avec Guy Delisle

Et bien, ça y est !
J'ai lu toutes les chroniques de voyage du dessinateur Guy Delisle, toutes dans le désordre (mais ce n'est pas gênant), et avec autant de plaisir à chaque fois.


Les Chroniques birmanes, sorties en 2007, relatent l'année qu'il a passée en Birmanie, en 2005, pas pour son travail d'animateur (en dessin animé) cette fois-ci, mais pour suivre sa compagne, administratrice à MSF.

Égal à lui-même, Guy Delisle est toujours aussi bon pour évoquer tout ce qui l'étonne.
Avec son petit Louis dans la poussette, il arpente ce nouveau monde qui l'entoure avec son regard d'Occidental aux préoccupations qui peuvent paraître dérisoires en comparaison de ce que vivent les Birmans sous la dictature militaire.
J'ai beaucoup rigolé, et de bon cœur. Surtout dans la première partie du livre.
Oh la la, la fois où il s'est rendu directement dans les locaux du fournisseur d'accès à internet pour régler un problème d'emails bloqués sur l'ordinateur de MSF ! Inimaginable chez nous.

Il se rend compte qu'il habite presque à côté de la maison d'Aung San Suu Kyi, l'opposante au pouvoir, encore assignée à résidence à l'époque. En bon touriste qu'il est tout de même un peu, il tente d'approcher, d'aller voir la prison de Dame de Rangoun. En vain, il ne passera pas devant. La route qui y mène est fermée, gardée par les militaires, et ils ne laissent pas passer par les étrangers.
Quelques mois plus tard, elle sera ouverte et il pourra y passer en voiture mais sera très déçu de constater qu'on ne voit rien car la maison est entourée de hauts murs de pierre.
Non mais il pensait quoi ? Qu'elle allait lui faire coucou et lui accorder une interview ?
Bon, je le soupçonne d'avoir voulu caser son petit quart d'heure historico-politique, histoire de dire qu'il a parlé de Aung San Suu Kyi  parce qu'autrement, son quotidien est tout de même bien loin de celui du Birman lambda et je ne crois pas qu'il ait vraiment souffert du régime.

Dans cet opus, il parle plus souvent du travail de sa compagne qu'il ne le fait dans Chroniques de Jérusalem (son voyage suivant). Il la suit sur certaines missions et nous explique le travail de MSF dans le coin.
Très très intéressant.
J'ai notamment été stupéfaite de découvrir cette région au nord du pays, le Kachin, où plus de 3/4 des habitants se droguent à longueur de journée.

Extrait p.241, une française qui travaille dans une autre ONG explique à Guy Delisle et sa compagne :
"Dans le village où nous nous rendons, on estime à 86% le nombre de gens qui s'injectent, au moins une fois par jour, une dose d'héroïne"
Dans certaines familles, c'est carrément tout le monde qui se shoote !"
Et rien n'est mis en place par le gouvernement pour tenter de venir en aide à ces personnes.
L'analyse de Guy Delisle est sans appel :
"À mon humble avis, le gouvernement ça l'arrange bien comme c'est là. Il doit préférer voir les jeunes kachins se droguer jusqu'à l'os plutôt que de les voir prendre les armes et grossir les rangs de la résistance."

Y a-t-il eu du changement depuis 2005 ?
On peut en douter si on lit cet article (clic): certains politiques et militaires sont toujours impliqués dans la production des narcotiques et le pays reste donc un des plus gros producteurs d'opium et d'amphétamines. Youpi...

Par rapport à Shenzen et Pyongyang, on sent une nette évolution du dessin. C'est plus net, plus propre, moins brouillon.


Si vous ne connaissez pas encore les bandes-dessinées de cet auteur, vous ratez quelque-chose !
Vous ne pourrez pas dire que je ne vous en avais pas parlé. ;-)


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