lundi 10 décembre 2012

Amour, aventure et science-fiction !

C'est le trio gagnant de ce roman d'aventure de René Barjavel, qui date de 1968 mais qui est universel et intemporel.


En Antarctique, une mission scientifique française fore le sol.
Un jour, les appareils détectent un étrange et improbable signal.
À plus de 900 mètres au-dessous, quelque-chose appelle.

Une équipe internationale, composée de savants de tous horizons et de toutes nationalités se met en place.
On creuse, et on trouve.

Je n'en dirai volontairement pas plus car je veux garder intact les surprises que recèle ce livre pour celles et ceux qui auront envie de se plonger au cœur de la nuit des temps.

Sachez juste que ce que les hommes vont découvrir tout au fond de la terre, ce sont des vestiges d'une autre Terre, d'une autre civilisation extrêmement glorieuse puisqu'elle avait percé le secret de la fabrication de la matière.
Quand ? Comment ?
Je n'ai jamais lu Jules Verne, mais ça m'y a fait penser.
Laissez place à la lecture si vous voulez en savoir plus !

Je découperais l'histoire en deux parties, qui m'ont inégalement intéressée.
J'ai été tenue en haleine par la première phase du récit, qui va de l'exploration du sol, de la mise en place de l'expédition internationale scientifique jusqu'aux premières découvertes sur le monde perdu, en passant par l'évocation des différents enjeux internationaux et des potentielles rivalités impérialistes qui découleraient des nouvelles connaissances... L'espoir fou de se voir enfin révéler la clé de la fabrication de la matière à partir de l'énergie, la solution à la misère, la pauvreté et la fin dans le monde.
"Plus de conflits atroces pour les matières premières, plus de guerre du pétrole, plus de bataille pour les plaines fertiles." (p. 175)

Par contre, j'ai été moins emballée par la suite, la longue description du monde défunt, très manichéen, avec ses deux nations rivales, dont une fait figure de "gentille" car elle a su profiter intelligemment de la connaissance suprême (la fabrication de la matière) pour créer un monde de vie harmonieux tandis que l'autre, la "méchante", s'est servie de son savoir pour toujours étendre sa domination.
Le récit souffre surtout de plusieurs longueurs, notamment dans la narration de l'ultime course contre la montre de l'héroïne pour échapper à son sort, qui est l'occasion pour l'auteur de nous présenter toute l'architecture d'une ville sortie de son imagination.
C'est de la science-fiction pure et dure, celle qui ne me captive pas, celle à laquelle je ne m'attendais pas. C'est loin d'être inintéressant car c'est plutôt bien ficelé mais c'était trop long pour moi et j'avais hâte d'en finir.

Paradoxalement, j'ai tout de même été séduite par les aspects les plus grandioses et les plus farfelus de la théorie imaginaire de Barjavel, sur le conflit lunaire et sur l'ultime catastrophe planétaire qui a abouti à donner à notre Terre et à son satellite l'aspect géophysique que nous leur connaissons.
Pourquoi pas, après tout ! (vous n'avez pas tout compris, c'est normal, il faut lire l'histoire !)

J'ai été moins réceptive au caractère moralisateur du récit, les scientifiques qui jurent de protéger les connaissances, le savoir, dans une belle utopie philosophique, contre les visées impérialistes des politiques et des militaires.
Extrait p. 181 :
"Nous avons quelque chose en commun qui est plus fort que nos différences : c'est le besoin de connaître. Les littérateurs appellent ça l'amour de la science. Moi, j'appelle ça la curiosité. Quand elle est servie par l'intelligence, c'est la plus grande qualité de l'homme. Nous appartenons à toutes les disciplines scientifiques, à toutes les nations, à toutes les idéologies. [...] Nous voulons connaître l'Univers dans tous ses secrets, les plus grands et les plus petits. Et nous savons déjà au moins une chose, c'est que l'homme est merveilleux, et que les hommes sont pitoyables, et que chacun de notre côté, dans notre morceau de connaissance et dans notre nationalisme misérable, c'est pour les hommes que nous travaillons. Ce qu'il y a à connaître ici est fantastique. Et ce que nous pouvons en tirer pour le bien des hommes est inimaginable. Mais si nous laissons intervenir nos nations, avec leur idiotie séculaire, leurs généraux, leurs ministres et leurs espions, tout est foutu !"

Et je ne serais pas complète si j'oubliais de vous dire qu'il y a une histoire d'amour mêlée à cette grande aventure, qui occupe une place assez importante dans la deuxième partie de l'histoire. Une histoire d'amour avec un grand A, un amour absolu comme il pouvait en exister dans le monde d'avant. Là aussi, c'est très utopique, très idéalisé. C'est gentil, comme on dit.

Bien, j'arrête de médire car l'ensemble se tient plutôt bien et si j'en crois les critiques élogieuses sur Babelio,  ce livre semble remporter presque tous les suffrages.

Un roman qui a un peu vieilli à mon goût mais qui plaira, et qui marquera certainement un public adolescent, le style étant très accessible.

C'est la très belle couverture dessinée par Joann Sfar (Le chat du Rabbin) qui m'a attirée vers ce livre.

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