mercredi 17 avril 2013

"This is not a love song" de Jean-Philippe Blondel, quoi que...


Un titre qui m'a flanqué dans la tête le vieux duo de Madonna avec Prince... Don't try to tell me what your enemies taught you, I'm gone, but I just want you to know... that this is not a love song that I want to sing... Terrible, je n'arrive pas à m'en défaire. Pourtant, aucun rapport particulier avec l'histoire.
Ce n'est donc pas une chanson d'amour, pas une histoire d'amour. Quoi que...

Le sibyllin et long extrait choisi par l'éditeur pour la quatrième de couverture ne donne pas forcément envie de se plonger corps et âme dans cette lecture.
C'est juste le chiche résumé de 4 lignes qui m'a harponnée.

L'auteur, Jean-Philippe Blondel, je le connaissais déjà un peu. Découvert chez Jack, j'avais d'abord lu son Blog, un roman destiné à la jeunesse, qui m'avait laissé une excellente impression. 
J'étais donc bien décidée à lire un histoire "plus adulte".
Mon choix s'est porté sur This is not a love song.

Le narrateur, Vincent - dont on n'apprendra le prénom qu'au cours du roman - revient passer une semaine chez ses parents, en France, dans la ville de son enfance, qu'il a quittée il y a dix ans. Il a 37 ans, est marié et père de deux petites-filles. Il vit en Angleterre où il a  superbement réussi professionnellement dans le domaine de la restauration rapide. Avant de partir, il vivotait. Des petits boulots pour pouvoir manger, un appartement en colocation avec Étienne, son meilleur ami, tout autant looser que lui. Vincent était le vilain petit canard de la famille, le bon à rien.

Extrait p. 106 :
"Je me félicitais de n'être pas resté dans ce pays confit dans ses traditions et ses croyances, dans ce pays encore persuadé d'un rayonnement mondial dont les touristes visitaient les vestiges, dans ce pays roi de l'immobilisme social et économique. J'avais fait le bon choix. Tourner le dos à l'échec programmé, une volte-face - et embrasser l'avenir au risque de s'empaler dessus."

Depuis son départ, il n'est jamais revenu aussi longtemps dans sa famille. Un peu forcé par sa femme Susan - qui de son côté est partie se reposer chez ses parents avec les enfants -, dans l'Eurostar qui le ramène "vers sa taule", il appréhende d'avance la corvée de ces retrouvailles avec ses parents à qui il n'a rien à dire. Avec son frère Jérôme et sa petite vie étriquée, ce petit frère modèle sur qui les parents ont reporté tous leurs espoirs de réussite professionnelle, à l'époque où Vincent végétait. Avec aussi sa belle-sœur Céline, qui manifestement le méprise et l'a toujours considéré comme faisant partie de la lie de la société.
Il compte également revoir Olivier, un ancien copain, et Fanny, un ex petite amie. Et puis Étienne, bien sûr. Son meilleur ami, celui qu'il considérait comme un frère, celui qu'il admirait pour son assurance et dans l'ombre duquel il avait l'impression de vivre.
Il se doute bien qu'ils ne seront peut-être pas enchantés de le voir réapparaître, lui qui est parti depuis 10 ans et qui ne leur a jamais donné de nouvelles, mais la curiosité l'emporte finalement. La "curiosité, le voyeurisme - le besoin de m'assurer que j'étais plus heureux que tous ceux que j'avais laissés là-bas". (p. 15)

J'arrêterai là mon résumé. Vous vous doutez bien que les retrouvailles de Vincent avec son passé vont être chargées d'émotions inattendues et j'ai tellement pris un plaisir immense à les découvrir, au fil des pages, que je n'ai aucune envie de vous les dévoiler ici.
Surtout, ne cherchez pas à en savoir plus.
Contentez-vous de vous plonger dans cette histoire, dans les pas de Vincent, qui a l'arrogance de ceux qui ont réussi en partant de rien, qui revient avec la ferme attention d'en mettre un peu plein la vue à tous ceux qui le regardaient de haut naguère mais qui va finalement découvrir que l'on ne part impunément aussi longtemps sans se retourner. Il repartira changé.

Extrait p. 71 :
  Le lundi matin, dans la ville de mes parents, seuls les hypermarchés sont ouverts. Je me suis retrouvé à Carrefour - un peu perdu avec mon Caddie. Il n'y avait aucune des marques auxquelles j'étais maintenant habitué. J'étais en arrêt devant le rayon des condiments lorsque je l'ai vue. Elle venait vers moi, tout sourire, extrêmement détendue. Elle n'avait pas du tout l'air étonnée de me trouver là. Son chariot est rentré dans le mien avec un petit bruit métallique. J'étais médusé. J'avais oublié que les hypermarchés provinciaux sont les lieux de rencontres fortuites les plus prisés. Là où se nouent les alliances et où se dénouent les couples. Le rendez-vous idéal des amants illégaux.

   Fanny a changé - j'ai évidemment prétendu le contraire.

   Ses hanches se sont élargies, sa poitrine s'affaisse un peu, des rides sont apparues autour des yeux et l'ensemble de la silhouette s'est alourdi. Cela ne fait pas d'elle une femme moins belle. Je n'ai jamais vraiment aimé les jeunes filles, de toute façon. Les femmes enfants malingres ou les proportions parfaites ne m'attirent pas outre mesure. J'aime qu'une femme ait son histoire ancrée dans le corps et qu'en la déshabillant se dévoilent les sièges de ses douleurs et de ses passions. Des cicatrices d'accouchement. Des signes d'inquiétude. Un reste de varicelle. Un renflement révélant la tentation du chocolat face à la déprime passagère."

Alors, qu'en dites-vous de cet extrait ?
Comment ne pas aimer un personnage (et un auteur) qui parle si bien des femmes ?

Je n'ai pas aimé, j'ai adoré. Tout. Cet homme, son histoire, son passé retrouvé, les gens retrouvés. Je n'ai rien vu venir et j'ai dévoré les pages, sans pouvoir m'arrêter. Une fois ce livre terminé, je me suis dépêchée d'aller fureter dans les rayonnages de ma bibliothèque pour découvrir, à mon grand bonheur, que Jean-Philippe Blondel est un auteur qui y est bien référencé. Chic alors !
Celui-là, je l'ai acheté, et je ne le regrette pas. Je vais même m'empresser de le prêter à ma mère, c'est vous dire mon enthousiasme !

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