mardi 8 octobre 2013

"Cent portes battant aux quatre vents", une mise au point amoureuse


Jeune étudiante à Paris, l'Islandaise Brynhildur a mûri pendant 3 ans un amour passionné pour son professeur de grec. Elle a eu l'occasion, une fois, de déclarer sa flamme, mais l'homme,bien que visiblement attiré aussi par la personne, a réduit tous ses espoirs à néant d'un laconique "L'accès à l'amour physique m'est interdit".
Vingt-cinq plus tard, une mise au point s'impose.

Ce petit roman de l'Islandaise Steinunn Sigurdardottir est découpé en 3 parties. C'est Brynhildur qui parle.
Dans la première, elle relate une aventure sexuelle vécue, lors d'une venue à Paris. On imagine qu'elle a entre 40 et 50 ans car ses filles sont grandes. Elle est toujours marquée par l'amour impossible de sa jeunesse, rêve secrètement de revoir l'homme dont elle a été éperdument amoureuse, en cette même ville. Ses sens se réveillent et elle et ressent le besoin pressant de prendre un amant.
Elle va vivre une jolie rencontre sensuelle, dans une boutique de paravents à l'ambiance feutrée. Le grincement des gonds de la porte d'entrée et le bruit de sa fermeture semblent se répercuter à l'infini, comme cent portes battant aux quatre vents, et c'est comme les prémices d'une liberté, d'un souffle nouveau...
"J'entendais toujours l'écho de l'instant où j'avais ouvert et refermé la porte, et c'était comme si me parvenait le son étouffé du vantail de cent portes qui s'ouvraient et se refermaient doucement dans la brise." (p. 20)
Cette première partie est tout simplement intitulée Cent portes battant aux quatre vents.

Dans la seconde, La quête désespérée, Brynhildur se remémore la période étudiante durant laquelle elle a été amoureuse secrète de son professeur. Elle a eu une fois l'occasion de lui en parler, de dévoiler ses sentiments mais la suite de la rencontre n'a pas tourné comme elle l'aurait espéré dans ses rêves les plus fous. Et ce, même si l'homme l'a invitée à aller chez lui. Ça a été le début d'une grande souffrance.
"mon intolérable et débile amour qui s'était mué en chagrin d'amour avant de pouvoir être un amour pour de vrai" (p. 66)

Enfin, la dernière partie, se place dans la suite directe de la deuxième et a pour titre le nom de Bardur Stephensen, compatriote islandais de Brynhildur (et futur mari). Il fait son apparition et, en quelques sortes, recueille la jeune femme, complètement perdue, en pleine dépression amoureuse. On ne comprend pas trop pourquoi il est là mais il est là, présent, discret, à l'écoute.
En repensant à cette époque et à leurs années de vie commune par la suite, Brynhildur semble alors (et enfin) réaliser la chance qu'elle a eu de tomber sur cet homme pansement.

Dans ce livre, j'ai aimé le sujet mais je n'ai pas été convaincue par son traitement.
Oui j'aime cette idée, pour l'avoir moi-même vécu, qu'on peut être marqué pendant de nombreuses années par un amour impossible ou trop court, qu'on puisse rêver longtemps encore de revoir la personne qui était l'objet de toutes nos pensées... On vit avec cela dans un coin de la tête, ce qui n'empêche en rien, heureusement, de construire sa vie après et de vivre de belles histoires. C'est ce qui est arrivé à Brynhildur.
J'ai donc apprécié la deuxième partie du roman, celle qui évoque précisément cet amour impossible avec le professeur de grec.
J'avoue ne pas trop avoir bien compris l'intérêt de la première partie relatant l'épisode de l'aventure sexuelle avec le marchand de paravent. D'accord, c'est bien écrit et décrit mais l'enchaînement direct, et sans lien aucun, sur la relation quasi platonique 25 ans plus tôt m'a déboussolée. Je m'attendais à lire après la suite de la liaison surprise avec le marchand mais il n'en est rien et on n'en entendra plus parler.
Quant à la dernière partie, je l'ai trouvée tout simplement décousue, sans réelle ligne de conduite. Des belles phrases, certes, comme partout dans ce texte, mais sans grand intérêt scénaristique.

En relisant le résumé au dos de la couverture, j'ai bien compris où l'auteure a voulu en venir mais pour moi, ce qui est annoncé, comme la "vie sans chair, désolée et blanche", la perte de l'érotisme, n'est pas complètement développé.

"Pourquoi avoir ressassé pendant vingt-cinq ans un amour impossible ? Et pourquoi, tout ce temps durant, s'être imposé une désespérante vie sans chair, désolée et blanche ? De retour à Paris, Brynhildur se remémore ses années de jeunesse, les eaux froides où l'irrésistible Islandaise a perdu son professeur de grec, et son érotisme avec. Sur le ton d'une confession indécente, un esprit libre et narquois fait le bilan d'une vie dont l'amour est la clé. L'amour et son manque."

Quant à la "confession indécente", je ne vois pas du tout ce qu'il y a d'indécent dans le récit d'une femme qui fait le point sur sa vie amoureuse, tout simplement et en toute honnêteté.

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